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Arthwys, fils de Mar, était-il le véritable roi Arthur ?

Par Caleb Howells

Selon une théorie concernant le roi Arthur, celui-ci pourrait être identifié à Arthwys, fils de Mar, un personnage historique probable de la période arthurienne. Bien qu’elle ne soit pas très populaire, cette théorie présente plus de mérites que la plupart des autres. Arthwys peut être situé dans la période traditionnellement attribuée à la vie du roi Arthur, et il était associé à plusieurs personnages qui apparaissent dans les légendes comme des compagnons du roi Arthur. Dans cet article, nous examinerons en détail les preuves supposées de cette théorie.

Yr Hen Ogledd (le Vieux Nord) v. 550 – v. 650
Yr Hen Ogledd (le Vieux Nord) v. 550 – v. 650, myself, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Qui était Arthwys, fils de Mar ?

Arthwys, fils de Mar, est souvent appelé « Arthwys ap Mar » dans les sources modernes, car c’est sous cette forme qu’il apparaît dans les généalogies galloises médiévales, « ap » étant la désignation galloise de « fils de » dans ces documents. Le plus ancien témoignage dans lequel il figure est un texte connu sous le nom de Descent of the Men of the North (Généalogie des hommes du Nord).

A-t-il réellement existé ?

Ce document date du XIIIe siècle, mais la généalogie qu’il contient est censée avoir été composée un peu plus tôt, au XIIe siècle par exemple. Comme il est loin d’être une source contemporaine, nous ne pouvons pas affirmer avec certitude qu’Arthwys ait même existé.

Le doute quant à son historicité est renforcé par le fait que certains documents généalogiques l’omettent. Par exemple, dans le Descent of the Men of the North, Arthwys reçoit un fils nommé Eliffer. Or, dans un manuscrit antérieur, le Harleian MS 3859, Arthwys n’apparaît pas dans l’ascendance d’Eliffer.

Néanmoins, l’historicité d’Arthwys est généralement acceptée. Après tout, la comparaison des divers documents généalogiques concernant cette dynastie montre que nombre d’entre eux sont corrompus, avec de nombreux individus omis selon les versions.

La dynastie d’Arthwys

Que savons-nous donc d’Arthwys ? Le simple titre du premier document dans lequel il apparaît nous donne une indication sur son royaume. Il était originaire d’une région appelée le Vieux Nord dans les textes gallois médiévaux. Celle-ci correspond globalement au nord de l’Angleterre et au sud de l’Écosse.

Arthwys était un descendant d’un célèbre personnage fondateur de cette région nommé Coel Hen. Celui-ci apparaît comme le fondateur de nombreuses dynasties du pays de Galles médiéval et du Vieux Nord. La ligne de descendance exacte de Coel à Arthwys n’est pas entièrement claire d’après les documents.

En comparant les diverses informations généalogiques contenues dans les sources, on constate que les personnages Gwrwst, Mar, Maeswig et Ceneu sont tous présentés comme des ancêtres d’Arthwys avant Coel. En général, Arthwys est considéré comme un fils de Mar, lui-même identifié à Maeswig. Gwrwst, quant à lui, est écarté comme oncle, et Ceneu est fait un ancêtre plus ancien et fils direct de Coel.

À l’exception de ce dernier point, le reste de ces conclusions est discutable. Il existe en réalité des preuves claires que les documents généalogiques de cette dynastie ont parfois été fortement abrégés, et il se peut bien que Gwrwst ait en réalité été le père d’Arthwys, comme le présentent les sources, et non un oncle. Mar et Maeswig, quant à eux, pourraient bien représenter des générations distinctes.

Néanmoins, nous suivrons la convention qui désigne Arthwys comme « ap Mar », c’est-à-dire fils de Mar. Cela respecte la convention et emploie le sens étendu acceptable de « fils », au sens de « descendant ».

Les autres membres de la famille

Autant que nous puissions en juger, les frères d’Arthwys comprenaient soi-disant Lleenog et Einion. Ses fils étaient Cynfelyn, Pabo Post Prydain (c’est contesté pour des raisons chronologiques, mais c’est probablement exact), Eliffer et Ceidio.

Quand vivait Arthwys, fils de Mar ?

La question de savoir si Arthwys était réellement le roi Arthur dépend étroitement de celle de l’époque à laquelle il vivait. Ce n’est pas une question facile à trancher, car elle dépend fortement de sa généalogie. Selon la généalogie standard qui lui est attribuée, il serait l’arrière-petit-fils de Coel.

Il existe un large consensus selon lequel Coel serait né dans la seconde moitié du IVe siècle, vers 360 en particulier d’après le A Welsh Classical Dictionary de Peter Bartrum. Cependant, il semble que Ceneu ait été un fils relativement tardif de Coel, sa naissance étant généralement placée vers 400 pour des raisons chronologiques.

En comptant deux générations à partir de Ceneu pour parvenir à Arthwys, on aboutit à environ 440 à 460, en utilisant une moyenne de 20 à 30 ans par génération.

Cependant, il est très évident que cette généalogie est déficiente. Lleenog était censé être le frère d’Arthwys, pourtant le fils de Lleenog, Gwallog, est attesté comme combattant contre le roi anglien Hussa tout à la fin du VIe siècle. Il est clair que Lleenog doit être né au cours du VIe siècle, et il en va de même pour Arthwys s’ils étaient réellement frères.

La généalogie et la chronologie les plus probables

Compte tenu des problèmes chronologiques en jeu, ainsi que des indices fournis par les divers documents généalogiques, la ligne de descendance la plus probable pour Arthwys se présente à peu près ainsi :

Coel (né v. 360)

Ceneu (né v. 400)

Mar (né v. 425)

Maeswic (né v. 450)

Gwrwst (né v. 475)

Arthwys (né v. 500)

Bien entendu, cette liste est spéculative, mais elle tient compte du poids des preuves concernant chacun de ces individus, leurs contemporains et leurs descendants, telles qu’elles ressortent des sources galloises conservées.

Où se trouvait le royaume d’Arthwys ?

La dynastie d’Arthwys était une dynastie du Nord. Comme nous l’avons vu, il apparaît dans le document appelé Descent of the Men of the North. Cependant, l’emplacement exact de son royaume n’est pas totalement clair. De nombreuses sources modernes en font un roi du royaume d’Elmet.

Selon plusieurs sources, l’Elmet englobait une grande partie du Yorkshire. Cela est confirmé par le fait que le père de Peredur, dans une source, est appelé « Efrog », le nom gallois d’York, plutôt que par son vrai nom, Eliffer (le fils d’Arthwys).

Vue sur Swaledale (vers le sud-est) depuis le Pennine Way le long de la colline de Kisdon
Vue sur Swaledale (vers le sud-est) depuis le Pennine Way le long de la colline de Kisdon, Kreuzschnabel, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Les preuves qu’Arthwys, fils de Mar, était le véritable roi Arthur

Ces faits fondamentaux étant établis, que pouvons-nous dire des preuves supposées qu’Arthwys ap Mar était le véritable roi Arthur ? Cette théorie repose essentiellement sur le nom de ce personnage, sa chronologie, ses membres familiaux et sa zone d’activité.

Le nom d’Arthwys

Commençons par examiner le nom d’Arthwys. Il présente une ressemblance évidente avec le nom « Arthur », mais il n’est pas identique. Pour cette raison, de nombreux chercheurs ont rejeté ce candidat d’emblée.

Cependant, selon les partisans de cette théorie, il existe de bonnes raisons d’associer le nom « Arthwys » à « Arthur ». Plusieurs possibilités permettent de relier les deux noms.

Un surnom

Une idée est qu’« Arthwys » était une sorte de surnom, dérivé de son véritable nom de naissance. Nous voyons quelque chose de similaire dans le cas d’un personnage religieux nommé Cadoc.

Selon son hagiographie, rédigée au XIe siècle, il se rendit en Bretagne. Pendant son séjour dans ce pays, les habitants lui donnèrent le nom de « Cadfoddw ». Ce surnom était manifestement dérivé de son nom réel, « Cadoc ». Il reprenait la première partie de son nom et lui donnait une terminaison différente.

De la même manière, il est possible qu’Arthur soit devenu connu sous un surnom reprenant la première partie de son nom et lui donnant une terminaison différente. Par coïncidence, « arth » est le mot gallois pour « ours ». L’élément « wys », quant à lui, est le mot gallois pour « convocation ».

Cette théorie propose donc qu’« Arthwys » signifie « l’ours convoque » et qu’il s’agit d’un surnom dérivé d’« Arthur », de la même façon que « Cadfoddw » était un surnom dérivé de « Cadoc ».

Une altération

Une autre explication est simplement qu’« Arthwys » est une forme altérée d’« Arthur ». Cette altération supposée a pu se produire de plusieurs manières différentes.

L’influence irlandaise

Une possibilité est que cette altération se soit produite par influence irlandaise. Par exemple, une forme de la version irlandaise du nom « Arthur » est « Artuir ». Nous le voyons, par exemple, dans les documents concernant Artuir mac Aedan.

Dans certains documents gallois, le groupe de lettres « wy » était utilisé là où l’on trouve « ui » dans les sources latines. Par exemple, le nom d’Athrwys ap Meurig apparaît sous la forme « Athruis » dans le Livre de Llandaff latin. Par conséquent, « Arthwys » pourrait être une orthographe alternative acceptable d’« Artuis ».

Ainsi, la seule véritable altération nécessaire pour passer d’« Artuir » à « Artuis » serait la transformation du « r » en « s ». C’est une altération attestée dans les documents médiévaux. Elle était en fait relativement courante, car ces deux lettres se ressemblaient assez fortement.

L’influence bretonne

D’un autre côté, l’influence bretonne pourrait être responsable de la forme « Arthwys ». Sur l’archivolte de Modène, nous voyons le nom d’Arthur orthographié « Artus », et cette forme se retrouve également dans un certain nombre d’autres documents. On la comprend généralement comme une forme bretonne du nom du roi légendaire.

Il se peut qu’« Arthuis » ne soit qu’une très légère altération d’« Artus », avec un « i » intrusif. Cette petite altération, à elle seule, suffirait à expliquer le nom d’Arthwys, si l’on comprend que celui-ci dérive de la forme bretonne du nom d’Arthur.

L’influence latine

Une autre possibilité est qu’« Arthwys » soit une forme altérée de l’une des formes latines du nom d’Arthur. Son nom apparaît sous de nombreuses orthographes différentes dans les sources, beaucoup d’entre elles se terminant par « us ». Toutefois, une forme attestée était « Arturis ».

La chute du second « r » produirait « Artuis », presque exactement la forme latine d’« Arthwys ». Il existe de nombreux exemples, dans les sources galloises médiévales, de consonnes tombant de noms où elles devraient pourtant figurer.

Par conséquent, il pourrait s’agir d’une légère altération de l’une des formes attestées du nom d’Arthur.

Le remplacement par un nom existant

Une autre possibilité est qu’« Arthwys » ait réellement été un nom légitime en soi. Cependant, ce nom étant manifestement très proche de certaines formes attestées du nom d’Arthur, comme « Artus » et « Arturis », un copiste ou un scribe a tout simplement pu le substituer par erreur.

Ce phénomène exact s’est produit dans le cas de Magnus Maximus. Il apparaît d’abord correctement dans la tradition galloise médiévale sous le nom de « Maxim », mais dans pratiquement toutes ses apparitions ultérieures, son nom prend la forme « Maxen ». Il s’agit en réalité de la version galloise du nom latin « Maxentius », et non de « Maximus ».

Quelle que soit la réponse, il est tout à fait plausible qu’Arthwys ap Mar ait été initialement connu sous le nom d’« Arthur ».

La concordance chronologique

L’un des attraits majeurs de cette théorie est le fait qu’Arthwys ap Mar correspond bien à la chronologie acceptée pour le roi Arthur. Il y correspond en réalité à deux égards.

La chronologie standard

Premièrement, il convient de noter que le principal défenseur de cette théorie est un chercheur nommé Simon Keegan. Son argumentation utilise la chronologie standard attribuée aussi bien à Arthwys qu’à Arthur.

Comme nous l’avons vu plus haut, Arthwys est généralement fait petit-fils de Ceneu. Les ouvrages de référence standard tendent à rendre chaque génération absurdement longue pour tenir compte de certains problèmes chronologiques (plutôt que d’ajouter des générations supplémentaires, ce qui semble bien plus probable), mais en raison du déficit de générations, cela ne fait toujours remonter Arthwys qu’à environ 470.

Keegan propose qu’Arthwys soit mort vers 540, ce qui lui donnerait soixante-dix ans au moment de sa mort, un âge très raisonnable.

Ces dates correspondent exactement à celles attribuées à Arthur selon la chronologie arthurienne standard. La bataille du Mont Badon, victoire décisive d’Arthur sur les Anglo-Saxons, est généralement placée entre 500 et 516. Cela correspondrait à un Arthwys déjà chef de guerre expérimenté au moment de cet événement.

La bataille de Camlann, dernière bataille d’Arthur, au cours de laquelle il mourut, est placée en 537 par les Annales Cambriae. Là encore, cela concorde très bien avec les dates attribuées à Arthwys.

La chronologie révisée

Cependant, comme nous l’avons vu, il existe de bonnes raisons de placer Arthwys plus tard. Il est bien plus probable qu’il soit né vers 500. Sa mort serait plus vraisemblablement survenue en 570 plutôt qu’en 540, en l’absence de toute preuve d’une mort précoce.

Néanmoins, cela ne contredit pas son identification au roi Arthur. La raison en est qu’il existe de bonnes preuves que la chronologie arthurienne standard est elle aussi décalée de quelques décennies. Cela est confirmé par des travaux récents.

L’éminente chercheuse Rachel Bromwich a signalé, dans sa publication Trioedd Ynys Prydein, qu’il existe des preuves qu’un roi nommé Maelgwn Gwynedd régnait dans la seconde moitié du VIe siècle, soit plusieurs décennies plus tard qu’on ne le croit communément.

Cela aurait un effet d’entraînement sur une grande partie du reste de la chronologie arthurienne, puisque la bataille du Mont Badon eut lieu 43 ans avant que Gildas n’écrive le De Excidio, et que Maelgwn régnait lorsque Gildas écrivit.

Par conséquent, les preuves mises en évidence par Bromwich en faveur d’un règne de Maelgwn dans la seconde moitié du VIe siècle auraient pour effet d’entraîner le décalage de Badon vers l’avant, proche du milieu du VIe siècle.

Cela étant, la chronologie la plus probable pour Arthwys ap Mar s’accorderait toujours parfaitement avec la chronologie arthurienne.

Les membres de la famille

Cette théorie fait également un usage extensif des membres de la dynastie d’Arthwys, soutenant qu’ils correspondent à de nombreux personnages qui apparaissent comme des alliés d’Arthur dans les légendes.

Lancelot et Galaad

Commençons par Lancelot, l’une des figures les plus célèbres des légendes arthuriennes, ainsi que son fils Galaad. Selon cette théorie, ils peuvent être identifiés respectivement aux personnages historiques Lleenog et son fils Gwallog.

Comme nous l’avons vu plus haut, Lleenog était apparemment le frère d’Arthwys (et les considérations chronologiques le confirment). Cela en faisait à coup sûr des proches associés, pour le moins. Puisque Lancelot était l’un des chevaliers les plus proches et les plus importants d’Arthur, la correspondance est défendable.

Cependant, la principale raison de relier Lancelot à Lleenog tient à la ressemblance superficielle entre leurs noms, ainsi qu’à la ressemblance superficielle entre les noms de leurs fils respectifs, Galaad et Gwallog.

Mordred

Une autre figure clé des légendes d’Arthur est Mordred. Selon les légendes arthuriennes, il était le neveu d’Arthur et l’un de ses meilleurs alliés. C’est lui qui se retourna plus tard contre Arthur et le trahit, conduisant à la bataille de Camlann et, finalement, à la chute du royaume d’Arthur.

Mordred est explicitement présenté dans les légendes comme issu d’une dynastie du Nord, ce qui concorde globalement avec le fait que la famille d’Arthwys était établie dans le nord de l’actuelle Angleterre.

À l’origine, le nom de Mordred était en réalité orthographié « Medraut » dans les sources les plus anciennes. Il évolua ensuite en « Modred », puis plus tard en « Mordred », à mesure que les légendes arthuriennes évoluaient.

Selon un document tardif, l’un des fils de Mar se nommait Morydd. Simon Keegan propose qu’il s’agisse d’une forme du nom « Mordred ». Il soutient donc que Morydd, frère d’Arthwys, était le personnage historique derrière le Mordred légendaire, neveu d’Arthur.

Uther Pendragon

Dans les légendes, le père du roi Arthur est un homme nommé Uther (aussi écrit « Uthyr » dans les sources galloises). Il portait le titre de « Pendragon », signifiant « chef guerrier ». Fait intéressant, le fils d’Arthwys nommé « Eliffer » apparaît pour la première fois dans les sources sous la forme « Eleuther ».

D’après cette orthographe, il semble hautement probable que ce nom dérive du latin « Eleutherius ». Cependant, certains chercheurs soutiennent qu’« Eliffer » est la forme plus correcte. En tout état de cause, le plus ancien témoignage de son existence, le Harleian MS 3859, montre qu’il était aussi connu sous le nom d’Eleuther.

Ce nom est très proche de celui du père légendaire d’Arthur, Uther. La seule différence se trouve au tout début : « Ele ». La perte de la première (ou de la dernière) partie d’un nom est une altération attestée dans les documents médiévaux. Ainsi, il ne serait pas déraisonnable de proposer qu’« Eleuther » ait pu être altéré en « Uther ».

Néanmoins, il s’agit du nom du père d’Arthur dans les légendes, et non de son fils. Comment cela pourrait-il correspondre à Eleuther, fils d’Arthwys ?

Une autre altération attestée est l’inversion des paires père-fils. Nous en voyons un exemple dans le cas d’Aedan et Gabrain, rois du Dal Riada, qui apparaissent dans les sources galloises avec Gabrain comme fils d’Aedan.

Il est donc tout à fait possible qu’« Eleuther ap Arthwys » ait pu être altéré en « Arthwys ap Uther », comme nous le voyons dans les légendes.

D’autres figures du Nord

Plus généralement, divers personnages des légendes arthuriennes peuvent être identifiés à des membres de la famille d’Arthwys ou à leurs associés.

Par exemple, le Peredur mentionné plus haut, petit-fils d’Arthwys, est généralement et de manière fiable identifié à Perceval, le personnage des légendes qui cherchait le Saint Graal.

Il y a aussi Einion. Il apparaît dans un récit gallois dans lequel il est l’amant d’une femme nommée Olwen. Pour cette raison, certains ont émis l’hypothèse qu’il s’agissait d’un autre nom de Culhwch, l’amant d’Olwen dans le récit arthurien Culhwch and Olwen. Keegan l’identifie à Einion, fils de Mar, frère apparent d’Arthwys.

Les arguments géographiques

Un autre volet de cette théorie repose sur le fait que de nombreux lieux associés au roi Arthur peuvent être reliés, certains de façon plus décisive que d’autres, au royaume d’Arthwys ap Mar.

Par exemple, l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, rédigé vers 1137, explique que le roi Arthur séjourna quelque temps à York. Il y célébra Noël et restaura la ville. Puisque York semble avoir été une ville importante du royaume d’Arthwys, cela soutient, selon certains, l’identification d’Arthwys à Arthur.

En outre, l’Historia Brittonum, rédigé vers 830, recense douze batailles en neuf lieux différents de la Grande-Bretagne. Keegan a soutenu que tous peuvent être identifiés à des localités situées dans le royaume d’Arthwys ou très proche de celui-ci.

Il faut admettre que la majorité de ces localisations sont purement spéculatives. Cependant, le seul site faisant l’objet d’un consensus général est le bois de Celidon. Celui-ci est presque universellement reconnu comme la forêt calédonienne, qui couvrait une grande partie du sud de l’Écosse et du nord de l’Angleterre.

Le Pennine Way montant vers Blackstone Edge
Le Pennine Way montant vers Blackstone Edge, Chris Heaton, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Les objections à cette théorie

Dans l’ensemble, il s’agit incontestablement d’une très bonne théorie concernant le roi Arthur historique. En l’absence d’une meilleure alternative, Arthwys ap Mar serait logiquement le meilleur candidat pour la figure réelle derrière les légendes. Elle n’est toutefois pas sans problèmes.

Les failles des preuves

Un problème général de cette théorie est qu’une grande partie des preuves est très spéculative et fragile. Par exemple, les rapprochements proposés entre les membres de la famille et les associés d’Arthur et ceux d’Arthwys ne sont pas des correspondances exactes.

Ainsi, cette théorie relie Mordred à Morydd. En plus du fait que les noms ne concordent pas exactement, Morydd était apparemment un frère d’Arthwys, alors que Mordred n’est jamais présenté que comme le neveu – ou parfois le fils – d’Arthur.

De même, Lleenog était apparemment le frère d’Arthwys, alors que Lancelot n’est jamais présenté comme le frère d’Arthur. En réalité, Lancelot est explicitement présenté comme arrivant à la cour d’Arthur depuis un autre royaume. Il n’est jamais présenté comme le frère ou le parent d’Arthur, ni même comme un membre de son royaume. D’ailleurs, les preuves reliant Lleenog et Gwallog à Lancelot et Galaad respectivement sont extrêmement fragiles.

L’ incapacité à rendre compte des preuves méridionales

Un problème encore plus grave de cette théorie est qu’elle ne rend pas compte des preuves solides associant Arthur au sud du pays.

Diverses sources anciennes présentent Arthur non seulement comme actif, mais comme régnant activement dans le sud de la Grande-Bretagne. Un exemple est la Vie de saint Illtud. Ce document décrit la vie d’Illtud, expliquant qu’il voyagea de la Bretagne vers la Grande-Bretagne et entra à la cour d’Arthur. Il se rendit ensuite à la cour du roi Poulentus, explicitement décrit comme un roi du Glamorgan, dans le sud-est du pays de Galles. Cela suggère fortement que la cour royale d’Arthur se trouvait dans cette région.

Un autre exemple est Culhwch and Olwen. Ce récit situe la cour d’Arthur à Gelliwig, en Cerniw. La question de savoir s’il s’agit d’un lieu des Cornouailles ou du sud-est du pays de Galles fait débat, mais dans les deux cas, c’est très éloigné du territoire d’Arthwys.

Dans la Vie de saint Carannog, Arthur est explicitement décrit comme régnant aux côtés du roi Cadwy dans le West Country, dans une région généralement identifiée comme Dunster, dans le Somerset.

En revanche, il existe très peu de documents présentant réellement Arthur comme ayant une cour royale dans le Nord. S’il avait certes de nombreux alliés de cette région septentrionale, les sources médiévales attestent de forts liens dynastiques entre les familles du Nord et celles du Sud. Par conséquent, les alliés septentrionaux que l’on voit dans les légendes arthuriennes ne auraient rien d’étonnant pour un roi du Sud.

Ainsi, le scénario arthurien qui correspond le mieux aux preuves est celui d’un roi Arthur régnant dans le sud de la Grande-Bretagne tout en ayant de nombreux alliés dans le Nord. Cela concorde avec les sources qui situent ses cours royales dans le Sud, alors que la théorie d’Arthwys ne rend pas compte de ces preuves.

Conclusion

En conclusion, la théorie selon laquelle Arthwys ap Mar serait le roi Arthur est très raisonnable. Nous avons vu que, pour des raisons généalogiques et chronologiques, Arthwys semble être né vers 500 (étant en réalité le fils de Gwrwst, fils de Maeswic, fils de Mar). Cela ferait de lui un contemporain exact d’Arthur. Il vivait en outre dans une région qui présente de nombreux liens arthuriens. Son nom, bien qu’il ne soit pas exactement « Arthur », peut être plausiblement interprété comme une altération de ce nom.

Néanmoins, cette théorie n’est pas parfaite. En particulier, elle ne rend pas compte des fortes associations entre Arthur et le sud de la Grande-Bretagne. Malgré tout, en l’absence d’une identification supérieure, Arthwys serait assurément la meilleure option pour le véritable roi Arthur.

Sources

Keegan, Simon, Pennine Dragon, 2016

Bartrum, Peter, A Welsh Classical Dictionary, 1993

https://www.earlybritishkingdoms.com/bios/arthrpn.html

https://mythbank.com/king-arthur/

https://nightbringer.se/the-legend-of-king-arthur/arthurian-characters/e-arthurian-characters/einion/

https://clasmerdin.blogspot.com/2016/05/the-real-king-arthur-thrice-discovered.html

https://bearmanpendragon.wordpress.com/2017/07/13/182/

https://www.maryjones.us/ctexts/bonedd.html

Par Caleb Howells

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