Gauvain, neveu du roi Arthur
Par Caleb Howells
Dans les légendes arthuriennes, Gauvain est le jeune neveu du roi Arthur qui sert parmi ses chevaliers. Bien qu’il meure peu après être parvenu à l’âge adulte dans l’un des plus anciens récits arthuriens, il occupe une place assez importante dans nombre de légendes. Il apparaît également abondamment dans la tradition galloise, ce qui nous fournit de nombreuses informations à son sujet et sur le contexte historique dans lequel il vécut. Qui était-il ? D’où venait sa famille ? Où se trouve la dernière demeure de Gauvain ? Cet article examinera les réponses à ces questions et à d’autres encore.

Qui était Gauvain ?
Gauvain était le neveu du roi Arthur et l’un de ses chevaliers. Il fut entièrement loyal envers Arthur, le servant littéralement les armes à la main jusqu’à la mort. Il fut d’ailleurs peut-être le plus loyal des chevaliers d’Arthur. En tant que neveu du roi, il est fréquemment dépeint comme un jeune homme dans les légendes arthuriennes.
En partie en raison de sa jeunesse, il est dépeint comme innocent et même saint. De plus, on disait de lui qu’il avait été éduqué par le pape. Il était donc considéré comme moralement et religieusement droit, ainsi que comme un guerrier excellent et fidèle.
On raconte que Gauvain accompagna son oncle dans de nombreuses aventures. Dans le plus ancien récit de sa vie, il meurt pendant la guerre civile qu’Arthur livra contre Mordred, un autre neveu d’Arthur. Il ne mourut pas à la bataille de Camlann, mais lors du premier affrontement entre les forces d’Arthur et celles de Mordred, alors que le premier tentait de regagner la Bretagne.
Dans certaines versions ultérieures des légendes arthuriennes, Gauvain n’est pas dépeint comme étant aussi jeune comparé à Arthur. Il y est plutôt présenté comme ayant déjà des enfants adultes avant sa mort.
Sans aucun doute, l’histoire la plus célèbre mettant en scène Gauvain est celle de Gauvain et du Chevalier vert. Elle raconte le conflit de Gauvain avec le magique Chevalier vert, dont il trancha la tête à la cour d’Arthur, mais qui somma Gauvain de recevoir le même coup à la nuque un an et un jour plus tard.
Nom
Le nom de Gauvain apparaît sous de très nombreuses formes différentes dans les diverses sources médiévales. C’est le cas même sans tenir compte des sources galloises. Dans ces textes, son nom apparaît généralement :
Gwalchmai
Gwalchmei
Gualchmei
Gwall
Dans les sources non galloises, les variations sont bien plus nombreuses, et la plupart s’éloignent considérablement de l’orthographe galloise d’origine. La plus proche semble être la graphie bretonne attestée « Walcmoei ». On a suggéré que celle-ci était à l’origine de l’orthographe employée par les sources continentales. Ces sources, ainsi que les textes latins insulaires, utilisent les graphies suivantes :
Galvaginus
Gualguanus
Gualgwinus
Walwanus
Walwen
Gauvains
Gawain
Gavan
Galvano
Ce ne sont là que quelques-unes des très nombreuses variations de ce nom qui apparaissent dans les sources.
Famille
Que savons-nous de la famille de Gauvain ? Il s’agit en réalité de l’une des familles les mieux attestées des légendes arthuriennes, tant du point de vue des sources galloises que des sources non galloises. Nous savons qui étaient son père, sa mère et ses frères, et beaucoup d’entre eux sont attestés dans des sources non arthuriennes et furent probablement historiques.
Père
Le père de Gauvain était Lot de Lothian. C’est ce qu’affirme clairement l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, rédigé vers 1137. Dans les sources galloises, Lot est connu sous le nom de Llew ap Cynfarch. Il était le frère d’Arawn et d’Urien, lesquels étaient donc les oncles de Gauvain.
Sur la base de ces informations, il est évident que Lot peut être identifié à un personnage apparaissant dans des textes non arthuriens sous le nom de Lleuddun, ou Leudonus, roi de Leudonia. Puisque la Leudonia est le Lothian, il est alors évident que son roi, Leudonus, doit être identifié à Lot ou Llew, le roi du Lothian dans les sources arthuriennes.
Il apparaît donc clairement que « Lot » est l’abréviation et la simplification opérées par Geoffroy à partir de « Leudonus », tandis que « Llew » est une autre abréviation de ce même nom.
Mère
La mère de Gauvain est plus compliquée. Selon Geoffroy de Monmouth, il s’agissait d’Anna, la sœur d’Arthur. Dans des sources ultérieures, on lui donne divers noms, dont le plus célèbre est « Morgause ».
Cependant, les sources galloises lui donnent un nom entièrement différent. Le nom qu’elles lui attribuent est « Gwyar ». Celui-ci apparaît fréquemment dans les textes gallois comme matronyme de Gwalchmai (c’est-à-dire Gauvain). C’est donc la version qui bénéficie de très loin du meilleur appui.
Un autre texte gallois fait de Gwyar ferch Amlawdd Wledig l’épouse de Geraint de Dumnonia et la mère de Cador. Il y a des raisons de croire qu’il s’agit de la même Gwyar. D’abord, ce n’est pas un nom courant. En outre, la tradition galloise affirme que Cador était le neveu d’Arthur par sa mère. La mère de Cador était donc apparemment une sœur d’Arthur.
En rapprochant ces deux éléments de la tradition galloise, il est évident que Gwyar ferch Amlawdd Wledig est identique à Gwyar, la sœur d’Arthur et mère de Gauvain. Apparemment, l’emploi d’Amlawdd Wledig dans son patronyme renvoie donc en réalité à celui-ci comme à un ancêtre plus lointain, puisqu’on disait effectivement qu’Arthur descendait d’Amlawdd.
Ce que nous pouvons déduire de ces informations sur Gwyar, c’est qu’elle fut apparemment d’abord mariée à Geraint. Après avoir donné naissance à Cador et à quelques autres enfants, Geraint semble l’avoir répudiée. Plus tard, elle épousa Lot.
Frères
Que savons-nous des frères de Gauvain ? Son frère le plus célèbre fut, sans aucun doute, Mordred. Son nom apparaît aussi sous les formes Modred, Medrawd et Medraut. Au début, Mordred fut loyal envers Arthur. Cependant, il saisit ensuite l’occasion de s’emparer du trône pendant l’absence d’Arthur.
Cela conduisit à une guerre civile qui culmina avec la tristement célèbre bataille de Camlann. C’est à cette bataille que Mordred trouva la mort. Arthur fut blessé, mais il existe de bonnes raisons de croire qu’il survécut à la bataille.
Un autre frère de Gauvain dans la tradition galloise fut Gwalhafed. On sait très peu de choses sur lui. Il semble être à l’origine de Gaheris et Gareth, deux frères de Gauvain dans les romans non gallois qui semblent n’avoir été à l’origine qu’un seul et même personnage.
En plus de Gaheris et Gareth, les romans arthuriens donnent également à Gauvain un frère nommé Agravain. Ce dernier personnage se distingue par ses conflits avec les autres chevaliers au service d’Arthur, ainsi que par son rôle dans la révélation de la liaison de Lancelot avec Guenièvre.
Enfants
Comme mentionné plus haut, les légendes arthuriennes représentent généralement Gauvain comme un jeune chevalier au service d’Arthur. Cependant, certains textes lui donnent des enfants.
Henec l’Habile

Il semble que le premier texte à le faire soit l’Erec de Hartmann von Aue, rédigé vers 1185. Celui-ci donne à Gauvain un fils nommé Henec l’Habile.
Il est tentant d’identifier ce fils à un personnage historique du VIe siècle nommé Henoc. Il apparaît dans la Vie de saint Samson comme le cousin de la figure religieuse éponyme. Puisque Samson était le fils d’une certaine prestigieuse Anna du Gwent, il y a de bonnes raisons de considérer qu’il fut le neveu du roi Arthur, sa mère étant la sœur d’Arthur portant ce nom.
Par conséquent, tout fils de Gauvain aurait été le petit-cousin de Samson. Nous savons que les textes en latin médiéval pouvaient désigner simplement sous le terme de « cousin » ce type de parenté. Ainsi, Henec, le fils de Gauvain, pourrait avoir été le « cousin » Henoc de Samson.
Malheureusement, des considérations chronologiques rendent cette identification impossible. Néanmoins, « Henoc » était manifestement un nom employé par cette famille, si nous admettons que l’Anna, mère de Samson, est la même qu’Anna, la sœur d’Arthur.
Il est plausible que Henec, le fils de Gauvain (tel que Hartmann l’orthographie, du moins), ait été nommé d’après le cousin de Samson, Henoc, qui aurait lui aussi été un cousin de Gauvain. Le fait que ce nom rare ait été employé par Hartmann dans un contexte cohérent avec les faits historiques disponibles conforte l’idée que Gauvain eut réellement un fils nommé Henec, ou Henoc, même en l’absence de confirmation directe de son existence.
Autres fils
D’autres sources donnent à Gauvain quelques autres fils qui ne semblent pas particulièrement plausibles sur le plan historique. Dans le Le Morte d’Arthur de Thomas Malory, rédigé au XVe siècle, Gauvain reçoit trois fils. Ils se nomment Sir Florence, Sir Lovell et Sir Gingalain.
Les deux derniers apparaissaient également dans des sources antérieures, telles que le Livre d’Artus. Cependant, Gingalain est le seul qui ait acquis une certaine notoriété dans les récits. Il est le protagoniste d’un récit français intitulé Le Bel Inconnu, rédigé vers 1200.
Dans cette histoire, Gingalain ignore sa filiation et même son nom. Il se rend à la cour d’Arthur dans l’espoir de devenir chevalier. On l’envoie dans une quête pour sauver la reine du pays de Galles, au cours de laquelle il vit de nombreuses aventures.
Un autre fils, non mentionné par Malory, est Beaudous. Il est mentionné par Robert de Blois au XIIIe siècle.
Gauvain dans les légendes arthuriennes
Gauvain apparaît dans d’innombrables récits arthuriens ; il nous est impossible de les examiner tous. Cependant, dans cette section, nous examinerons certaines des apparitions les plus importantes et les plus remarquables de Gauvain dans les légendes arthuriennes.
Culhwch and Olwen
La première apparition de Gauvain dans les légendes arthuriennes se trouve dans le récit en prose gallois Culhwch and Olwen. Celui-ci date probablement d’environ 1100. Ce roman raconte comment Arthur aide Culhwch à obtenir la main d’Olwen en accomplissant de nombreuses tâches en apparence impossibles.
À un moment donné, après une liste des nombreux alliés d’Arthur, Gwalchmai reçoit la mention suivante :
« Il appela Gwalchmai fils de Gwyar, car il ne rentrait jamais chez lui sans avoir accompli l’aventure qu’il était allé chercher. Il était le meilleur des fantassins et le meilleur des chevaliers. Il était le neveu d’Arthur, fils de sa sœur, et son cousin. »
D’après ce passage, Gauvain était célèbre pour accomplir toujours ce qu’il entreprenait. C’était aussi un guerrier très capable. En outre, cela nous fournit un détail intéressant : il n’était pas seulement le fils de la sœur d’Arthur, mais aussi son « cousin ».
On peut interpréter cela comme signifiant que Gauvain était le cousin d’Arthur, ou bien qu’il était le fils de « la sœur d’Arthur et de son cousin », le père de Gauvain étant le cousin d’Arthur.
Gauvain était-il le fils du cousin d’Arthur ?
Le chercheur Peter Bartrum comprenait ce passage dans le second sens – c’est-à-dire que Gauvain était le fils de la sœur d’Arthur et du cousin d’Arthur. Cela signifierait que Lot, ou Llew ap Cynfarch, était apparemment le cousin d’Arthur.
Pour qu’ils soient cousins germains, la mère ou le père d’Arthur aurait dû être le frère ou la sœur de la mère ou du père de Lot. Est-ce plausible ?
Le père de Lot était Cynfarch ap Meirchion, tandis que sa mère était Nyfain ferch Brychan. Ni l’un ni l’autre n’était le frère ou la sœur de la mère ou du père d’Arthur. Cependant, deux possibilités existent.
Premièrement, il convient de noter que beaucoup des « enfants » d’Amlawdd Wledig étaient en réalité ses descendants plus tardifs, comme nous l’avons vu plus haut dans le cas de Gwyar. Il semble qu’il en aille de même pour Eigr, la mère d’Arthur. Plusieurs des filles d’Amlawdd peuvent en réalité être identifiées comme des filles de Brychan, puisque celui-ci descendait d’Amlawdd.
Dans ces conditions, Nyfain ferch Brychan a pu parfois être désignée sous le nom de « ferch Amlawdd » dans certaines traditions. Puisque c’était aussi le patronyme d’Eigr, elles ont parfois pu être confondues avec des sœurs. Cela signifierait que Lot, le fils de Nyfain, a pu être décrit par erreur comme un cousin d’Arthur.
Autrement, l’explication pourrait résider dans l’identification du roi Arthur au Athrwys ap Meurig historique. Celui-ci était le cousin de Brychan. Lot aurait donc été son cousin au deuxième degré. La Vie de saint Samson prouve que le fils d’un cousin pouvait encore être désigné simplement comme « cousin ». Cependant, on ignore si une génération supplémentaire aurait fait excéder le sens de ce mot.
Tympan de Modène
Une source particulièrement ancienne et énigmatique concernant Gauvain est le tympan de Modène. Il fait partie de la cathédrale de Modène, en Italie. Le tympan contient une fascinante scène arthurienne, dont les personnages représentés sont clairement identifiés par des inscriptions. Par exemple, on y trouve « Artus de Bretania », manifestement le roi Arthur.
Un chevalier désigné sous le nom de Carrado y est représenté joutant contre un chevalier nommé Galvagin, ou Galvaginus. Ce dernier personnage est unanimement reconnu comme étant Gauvain.

Si cette source arthurienne est si intéressante, c’est qu’elle est antérieure à Geoffroy de Monmouth. Les preuves montrent que le tympan de Modène fut achevé avant 1126, une décennie entière avant que Geoffroy ne rédige l’Historia Regum Britanniae.
Il semble remarquable que des légendes sur le roi Arthur et Gauvain se soient diffusées jusqu’en Italie à une date si ancienne.
La meilleure explication de la scène représentée sur le tympan de Modène semble être qu’il s’agit d’une version de l’histoire du conflit de Gauvain avec le chevalier géant Carado de la Tour Douloureuse, qui apparaît dans le Lancelot en prose (Vulgate).
Geoffroy de Monmouth
L’une des sources les plus utiles concernant Gauvain est l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, du XIIe siècle. Bien que Geoffroy n’expose pas de manière exhaustive l’histoire de sa vie, il nous fournit néanmoins quelques détails importants.
La première mention de Gauvain (appelé Gualguanus par Geoffroy, bien que les traductions modernes rendent parfois le nom par « Walgan ») figure au livre IX. Il y est mentionné, avec son frère Mordred, comme fils de Lot.
Plus tard, après avoir présenté Arthur comme ayant régné douze années en paix sur son royaume, Geoffroy déclare ce qui suit :
« Walgan, fils de Lot, était alors un jeune homme de douze ans, et son oncle le confia au service du pape Supplicius, de qui il reçut les armes. »
La période de douze années de paix commence une ou deux années seulement après la bataille de Badon dans le récit de Geoffroy. Cela signifie que Gauvain, selon Geoffroy de Monmouth, naquit peu après la bataille de Badon.
Au service du pape Supplicius
Qui était ce « pape Supplicius » auprès duquel le jeune Gauvain fut envoyé selon l’Historia Regum Britanniae ? On a suggéré qu’il s’agissait du pape Simplice historique. Cependant, son pontificat eut lieu au Ve siècle, bien avant l’époque de Gauvain.
Quand on garde à l’esprit que Gauvain était le neveu d’Urien Rheged, un roi célèbre du milieu ou de la seconde moitié du VIe siècle, il est évident que Gauvain lui-même dut naître approximativement au milieu du VIe siècle.
Cela concorde avec la datation de la bataille de Badon qu’indiquent les plus anciennes preuves disponibles, qui la situent vers 549. Voir l’article Quand le roi Arthur a-t-il réellement vécu ? Cela indiquerait que l’évêque de Rome auprès duquel Gauvain fut envoyé était le pape Pélage Ier, dont le pontificat s’étendit de 556 à 561.
Le nom « Supplicius » employé par Geoffroy de Monmouth provient vraisemblablement d’une altération d’« Escob Pelagius ». Le nom « Pelagius » a pu facilement devenir « Plicius » sous l’effet des erreurs et variations orthographiques courantes dans les manuscrits médiévaux. Le préfixe « Sup » s’explique comme une altération d’« Escob », le mot gallois désignant « évêque ».
Participation à la guerre de Rome
Gauvain apparaît ensuite comme un acteur clé de la guerre du roi Arthur contre les Romains. Sa première mention survient pendant la campagne d’Arthur en Gaule, lancée pour attaquer Rome elle-même. Au cours de la campagne, Walgan et quelques autres membres de l’armée d’Arthur entrent en conflit avec les Romains sous le commandement d’un certain Caius Quintilianus.
Dans un accès de rage, Walgan trancha la tête de ce chef romain, déclenchant ainsi une bataille entre les Bretons et les Romains.
Après cela, Walgan, c’est-à-dire Gauvain, apparaît ensuite comme cochef de l’une des principales divisions de l’armée d’Arthur. Il est rejoint par Hoël de Bretagne. Accessoirement, Hoël était lui aussi un neveu d’Arthur, ce qui faisait de lui le cousin germain de Gauvain.
Pendant les combats, Geoffroy dépeint Gauvain menant les Bretons de Bretagne aux côtés de Hoël dans la bataille contre les Romains. À un moment donné, Gauvain se fraya un chemin jusqu’à Lucius Tiberius en personne, le chef de l’armée romaine. Les deux hommes se battirent avec acharnement, jusqu’à ce que les Romains parviennent à porter secours à Lucius et lui donnent l’avantage sur Gauvain.
Mort lors de la rébellion de Mordred
Gauvain n’est plus mentionné avant le récit de la rébellion de Mordred. La nouvelle de cette rébellion est ce qui poussa Arthur à renoncer à atteindre Rome et à regagner précipitamment la Bretagne. En tentant de débarquer à Rutupi (Richborough), il se heurta à la vive opposition des forces de Mordred.
Lors de cette bataille, beaucoup d’alliés d’Arthur trouvèrent la mort. Geoffroy écrit :
« Car ce même jour tombèrent Augusel, roi d’Albanie, et Walgan, le neveu du roi, avec d’innombrables autres. »
D’après ce passage, Walgan – c’est-à-dire Gauvain – fut l’un des plus éminents des alliés d’Arthur à mourir lors de ce premier affrontement entre les forces d’Arthur et celles de Mordred.
Romans ultérieurs
Gauvain s’avéra être un personnage extrêmement populaire. Il est aisément l’une des figures les plus fréquemment mentionnées dans les romans arthuriens rédigés en Angleterre et sur le continent.
Certes, Geoffroy laissait entrevoir les vertus de Gauvain, le présentant comme courageux. Cependant, ce fut réellement Wace, dans son Roman de Brut de 1155, qui dépeignit Gauvain comme exceptionnellement courtois. Il en vint à être considéré comme la référence même de ce que devait être un chevalier courtois.
Cela était tel que certains récits présentaient Gauvain comme moralement surpassé par d’autres, simplement pour mettre en valeur la vertu de ceux qui le surpassaient. Un spécialiste de la matière arthurienne le décrivit comme la pierre de touche « à l’aune de laquelle est mesurée la prouesse du chevalier héros ».
Le grand respect accordé au personnage de Gauvain est illustré par le fait qu’un roman allemand, Diu Crône, rédigé au XIIIe siècle, fait de Gauvain le héros qui trouve avec succès le Saint Graal. Cet honneur était généralement réservé au plus saint de tous les chevaliers.
De Ortu Waluuanii Nepotis Arturi
Un récit particulièrement notable concernant Gauvain est le De Ortu Waluuanii Nepotis Arturi, qui se traduit par L’Ascension de Gauvain, neveu d’Arthur. Il est souvent connu simplement sous le nom de De Ortu Waluuanii. Il date de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle, et il est rédigé en latin.
Ce récit est entièrement consacré à l’histoire de la jeunesse de Gauvain, inspiré de la mention par Geoffroy de Monmouth du séjour de Gauvain au service du pape.

Le De Ortu Waluuanii présente la même vision fondamentale de son éducation, avec toutefois une différence essentielle : il précise que Gauvain ne connaissait en réalité ni sa filiation ni son lien de parenté avec le roi Arthur avant une époque ultérieure de sa vie. Il présente également Gauvain comme servant l’empereur romain d’Orient et défendant Jérusalem. Manifestement, cette partie du récit fut inspirée par les croisades contemporaines.
Après cela, Gauvain se rend en Bretagne et combat contre Arthur et Keu. Ce fait accompli, Arthur le récompense en lui révélant sa véritable identité : il est le neveu du roi.
Cycle de la Vulgate
Le portrait de Gauvain dans le Cycle de la Vulgate, datant d’environ 1215-1235, diffère à certains égards de nombreuses autres versions. Son caractère y est bien moins mesuré et courtois. Il y est montré orgueilleux et bien moins préoccupé par les questions religieuses.
Particulièrement notable est le rôle de Gauvain dans l’histoire de la guerre entre Arthur et Lancelot. En réalité, Gauvain est largement responsable de cette guerre, qui finit par disloquer entièrement les chevaliers de la Table Ronde et provoquer la chute de Camelot.
Au début, les actes de Gauvain servent la préservation de Camelot, car il tente d’empêcher ses frères Mordred et Agravain de révéler la liaison entre Lancelot et Guenièvre, la reine d’Arthur. Mais malgré tous ses efforts, la liaison est révélée tout de même.
Lorsque Guenièvre doit être exécutée, Lancelot et ses hommes arrivent pour la sauver, mais ce faisant, plusieurs des frères de Gauvain sont tués. Il en résulte une haine de Gauvain envers Lancelot. En retour, Gauvain contraint Arthur à faire la guerre à Lancelot, le poursuivant jusqu’en France. Cela offre à Mordred l’occasion parfaite de s’emparer du trône de Bretagne, ce qui conduit finalement à la tragique bataille de Camlann.
De même que Geoffroy de Monmouth présente Gauvain mourant peu avant la bataille de Camlann, le Cycle de la Vulgate présente Gauvain mourant au combat contre Lancelot à peu près à la même époque.
Gauvain et le Chevalier vert
De loin l’histoire la plus célèbre liée à Gauvain est le récit connu sous le nom de Gauvain et le Chevalier vert. Celui-ci est conservé dans seulement deux manuscrits médiévaux. La source principale est le manuscrit de Pearl, datant de la fin du XIVe siècle ou du début du XVe siècle. Cependant, une version simplifiée et légèrement modifiée, moins connue, se trouve dans le manuscrit Percy Folio.
Le défi du Chevalier vert
L’histoire commence à la cour d’Arthur, à Camelot, pendant un festin de Noël. Alors que les chevaliers s’échangent des cadeaux, le Chevalier vert entre à la cour. Il est entièrement vert de la tête aux pieds, même sa peau, et son cheval est vert lui aussi. Il ne porte pas d’armure et sa seule arme est une hache.
Le Chevalier vert lance un défi aux chevaliers. Il permettra à l’un d’eux de prendre sa hache et de frapper son cou avec afin de le décapiter. Cependant, ils devront ensuite se soumettre au même coup un an et un jour plus tard.
Gauvain est le seul chevalier assez brave pour accepter le défi. Il tranche la tête du Chevalier vert. Cependant, au lieu de tomber mort, le Chevalier vert ramasse sa propre tête et l’emporte avec lui en quittant la cour d’Arthur, non sans rappeler à Gauvain qu’il devra offrir sa propre nuque un an et un jour plus tard. Il devra le retrouver à la Chapelle verte.
Le pacte entre Gauvain et le seigneur Bertilak
À l’approche du terme, Gauvain rassemble le courage d’honorer sa parole. Il se dirige vers la Chapelle verte et arrive à un château proche quelques jours avant son rendez-vous avec le Chevalier vert. Le château est la demeure d’un seigneur et d’une dame.
Le seigneur, dont on apprendra plus tard qu’il s’agit du seigneur Bertilak, propose un marché à Gauvain. Il lui donnera tout ce qu’il aura chassé pendant la journée et, en retour, Gauvain donnera à Bertilak tout ce qu’il aura reçu pendant que Bertilak était à la chasse.
Au cours des jours suivants, l’épouse de Bertilak tente de séduire Gauvain. Si Gauvain repousse largement ses avances, il accepte toutefois un baiser. Chaque jour, Gauvain donne ces baisers à Bertilak en échange de ce qu’il a chassé, sans révéler d’où ils viennent.
Le dernier jour, l’épouse de Bertilak donne également à Gauvain une ceinture verte magique qui le protégera de tout mal physique. Gauvain l’accepte et ne la transmet pas à Bertilak, n’en faisant même pas mention. Il agit ainsi par crainte de ce qui lui adviendra lorsqu’il affrontera le Chevalier vert.
La fin du défi du Chevalier vert
Enfin, un an et un jour après l’entrée du Chevalier vert à la cour d’Arthur, Gauvain se rend à la Chapelle verte et rencontre une fois encore le Chevalier vert. Celui-ci l’y attend, sa hache brandie.
Gauvain offre sa nuque au Chevalier vert, qui simule un coup sur lui. Gauvain tressaille, ce pour quoi le Chevalier vert le rabaisse. Une nouvelle feinte est portée, mais Gauvain ne tressaille pas cette fois. Il exige que le Chevalier vert cesse de feinter les coups et le frappe pour de bon.
À ces mots, le Chevalier vert frappe réellement le cou de Gauvain avec la hache. Cependant, grâce à la ceinture verte magique qu’il porte, il est essentiellement indemne. Il ne lui reste qu’une petite entaille, que l’on révèle être due à son manque d’honnêteté.
Le défi achevé, le Chevalier vert se révèle être le seigneur Bertilak du château, transformé par magie en son apparence verte et gigantesque. Il révèle que l’ensemble de l’événement fut orchestré par Morgan le Fay, la demi-sœur maléfique d’Arthur, afin d’effrayer Guenièvre à mort.
Bien que Gauvain soit plein de remords pour avoir manqué d’honnêteté, Bertilak l’assure qu’il est le plus vertueux de tous les chevaliers du royaume.

Mort et sépulture de Gauvain
L’une des choses les plus fascinantes à propos de Gauvain est l’histoire de sa mort. Comme nous l’avons vu, Geoffroy le présente mourant lors du premier conflit entre Arthur et Mordred, avant la bataille de Camlann. Le Cycle de la Vulgate le présente mourant au combat contre Lancelot dans la même période générale du règne d’Arthur, bien que quelque peu avant la place que lui assigne Geoffroy.
Bien entendu, puisque le récit de Geoffroy est de très loin le plus ancien des deux traditions, il a bien plus de poids. En outre, plusieurs romans ultérieurs situent de la même façon sa mort dans le contexte de la rébellion de Mordred.
Le tombeau de Gauvain dans le Dyfed
Cela étant posé, considérons ce qu’écrivit Guillaume de Malmesbury sur Gauvain dans le Gesta Regum Anglorum, rédigé vers 1125. Il fit mention d’un neveu du roi Arthur qui combattit également à son service, nommé Walwen. Il s’agit manifestement de Gauvain, le Gualguanus de Geoffroy. Guillaume écrivit :
« En ce temps-là fut découvert dans la province du pays de Galles appelée Ros le tombeau de Walwen, qui n’était pas le neveu indigne d’Arthur par sa sœur… [Le tombeau] fut trouvé du temps du roi Guillaume sur le rivage de la mer, long de quatorze pieds ; et ici certains disent qu’il fut blessé par ses ennemis et jeté dans un naufrage, mais selon d’autres il fut tué par ses concitoyens lors d’un banquet public. »
Il est largement admis que la province de Ros mentionnée ici par Guillaume de Malmesbury est la région de Rhos, dans le Dyfed, au sud-est du pays de Galles, et non le Rhos du nord du pays de Galles.
Une preuve à l’appui de la tradition selon laquelle Gauvain fut enterré dans cette région vient du fait qu’il existe là une paroisse appelée Castell Gwalchmai en gallois, tandis qu’en anglais on l’appelle Walwyn’s Castle. L’emplacement exact du tombeau de Gauvain est, malheureusement, inconnu.
Les Stances des tombes
Le tombeau de Gauvain est également mentionné dans une source galloise, les Stances des tombes. Il s’agit d’un long poème qui fait référence aux lieux de repos de nombreux personnages de l’histoire et de la légende galloises. L’un des vers concerne Gauvain, le désignant sous la forme galloise de son nom, Gwalchmai. Il dit :
« La tombe de Gwalchmai se trouve à Peryddon,
*Là où s’écoule la neuvième vague. »
D’après ce passage, Gauvain fut enterré dans un lieu appelé Peryddon. La graphie réellement employée dans le texte gallois est « Periton », mais « Peryddon » est considéré comme la forme du gallois moderne.
L’emplacement de Peryddon fait débat et continue d’être discuté. Dans le sud-est du pays de Galles, dans le Gwent, une rivière portant ce nom est attestée. Cependant, cela est incompatible avec l’emplacement dans le sud-ouest du pays de Galles revendiqué par Guillaume de Malmesbury.
Ce toponyme est également attesté comme un autre nom de la rivière Dee, qui traverse une grande partie du nord du pays de Galles. Comme pour l’identification précédente, cela est incompatible avec l’emplacement indiqué par Guillaume de Malmesbury.
Cependant, le poème du Xe siècle Armes Prydein mentionne un certain Aber Perydon, et le contexte du poème a été utilisé pour argumenter que celui-ci se trouvait dans le sud du pays de Galles, vraisemblablement à proximité de St David’s, au sud-ouest. Cela soutiendrait un emplacement tout à fait dans l’angle sud-ouest, proche de la région de Rhos.
En suivant ce filon de preuves, un chercheur a suggéré que Peryddon pourrait avoir été l’ancien nom du Sandyhaven Pill, qui descend vers la mer depuis Castell Gwalchmai.
Comprendre la mort de Gauvain
Cet emplacement probable du tombeau de Gauvain nous aide à comprendre sa relation avec les autres sources et événements arthuriens. Rappelons que Geoffroy de Monmouth situait sa mort lors du conflit initial entre Arthur et Mordred, censément à Rutupi. Pour des raisons historiques, il est évident que Geoffroy se trompait sur l’emplacement.
En réalité, les preuves suggèrent fortement que ce premier combat entre Arthur et Mordred peut être identifié à une bataille connue dans la tradition galloise sous le nom de bataille de Llongborth. Elle eut lieu presque certainement à la plage de Penbryn, où le nom subsiste dans le Llamborth actuel, à quelques kilomètres seulement de la côte au nord de Cardigan.
De manière significative, la bataille entre Arthur et Mordred survint lorsqu’Arthur tenta de regagner la Bretagne après un séjour en Gaule. Il serait donc arrivé à Llongborth par le sud, contournant le Dyfed par la mer et longeant la côte du pays de Galles jusqu’à la plage de Penbryn. Cette route l’aurait fait passer juste devant l’emplacement traditionnel de la tombe de Gauvain.
De façon notable, Geoffroy de Monmouth n’a pas réellement dit que Gauvain mourut après l’arrivée d’Arthur au port. Il dit plutôt que Gauvain fut l’un de ceux qui moururent ce même jour. Peut-être, alors, Arthur tenta-t-il de débarquer dans le Dyfed, ce qui entraîna un affrontement dont Gauvain sortit mort. Les forces d’auraient alors continué le long de la côte jusqu’à Llongborth.
La tradition consignée par Guillaume de Malmesbury selon laquelle Gauvain mourut dans un naufrage est potentiellement compatible avec ce scénario. Elle le serait toutefois encore davantage avec l’idée que le navire de Gauvain fut attaqué par les forces de Mordred pendant la traversée de la Gaule vers Llongborth, alors que les forces d’Arthur contournaient le Dyfed.
Conclusion
En conclusion, Gauvain fut l’un des chevaliers les plus loyaux d’Arthur, et aussi l’un des personnages les plus populaires de toute la littérature arthurienne. Il était le neveu du roi par sa sœur. Son père était le roi Lot de Lothian. Le nom de Gauvain est extrêmement variable dans les sources, la forme galloise d’origine étant « Gwalchmei », également connue sous la forme Gwalchmai.
Gauvain était réputé pour avoir été élevé à Rome au service du pape Supplicius. Historiquement, il s’agissait probablement du pape Pélage Ier. C’est en partie pour cette raison que Gauvain était célèbre pour sa droiture morale et sa sainteté exceptionnelles. Une histoire qui mit ses principes moraux à l’épreuve jusqu’à la limite est le célèbre récit de Gauvain et du Chevalier vert.
Gauvain semble être mort juste avant la bataille de Llongborth, au tout début du conflit d’Arthur avec son neveu, le frère de Gauvain, le traître Mordred. Il fut enterré près de Castell Gwalchmai, dans le Dyfed.
Sources
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Bromwich, Rachel, Trioedd Ynys Prydein: The Triads of the Island of Britain, 2014
Bromwich, Rachel; Jarman, A O H; Roberts, Brynley F, The Arthur of the Welsh: The Arthurian Legend in Medeival Welsh Literature (Second Edition), 2008
Howells, Caleb, King Arthur: The Man Who Conquered Europe, 2019
https://clasmerdin.blogspot.com/2011/05/modena-archivolt.html







