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Meurig de Gwent était-il le véritable roi Uther Pendragon ?

Par Caleb Howells

Uther Pendragon, le père légendaire du roi Arthur, a été rattaché à divers personnages historiques dans le but de l’identifier et d’établir son historicité. Une théorie notable l’identifie à Meurig, un roi historique du Gwent et des territoires environnants, dans le sud-est du pays de Galles. Sur quoi repose cette théorie ? Résiste-t-elle à un examen approfondi, ou n’est-elle que le fruit de souhaits pieux ? Dans cet article, nous examinerons les réponses à ces questions et à d’autres.

Jesus College MS 20, folio 35v, montrant le nom de Meurig au centre
Jesus College MS 20, folio 35v, montrant le nom de Meurig au centre

Qui était Meurig de Gwent ?

Meurig de Gwent était un roi historique qui régna sur l’angle sud-est du pays de Galles au haut Moyen Âge. Il semble avoir été un roi important de la région, régnant non seulement sur le Gwent, mais aussi sur le Glywysing (Glamorgan) à l’ouest et l’Ergyng à l’est.

Meurig régna sur ce vaste royaume à un moment de la première période post-romaine, mais la date exacte à laquelle il vécut fait débat. Nous examinerons cette question plus en détail un peu plus loin, car elle est cruciale pour une éventuelle identification avec Uther Pendragon.

Ce roi du sud-est du pays de Galles était le fils d’un roi nommé Tewdrig. Celui-ci fut un roi exceptionnellement puissant, engagé dans des batailles dans tout le sud du pays de Galles, allant même jusqu’en Bretagne pour y déposer un roi et en installer un autre. Tewdrig était lui-même le fils de Teithfallt, qui était censé être un descendant de l’empereur Magnus Maximus.

La principale raison pour laquelle Meurig a été proposé comme l’Uther Pendragon historique est que son fils aîné, Athrwys, est un candidat populaire au titre de roi Arthur historique. Cependant, les partisans de l’identification de Meurig à Athrwys affirment qu’il existe des preuves supplémentaires venant étayer cette identification.

Quand Meurig de Gwent vécut-il réellement ?

Pour évaluer correctement si Meurig a pu raisonnablement être le personnage historique derrière les légendes du roi Arthur, il est essentiel d’établir à quelle époque il vécut. Cela nous aidera à déterminer s’il a réellement vécu à l’époque où Uther était censé être actif, et si l’on peut raisonnablement lui attribuer les activités légendaires d’Uther.

Les preuves tirées des Annales Cambriae

Par le passé, le consensus général voulait que Meurig ait vécu au sixième siècle. Sa mort était située vers 575. Cependant, de nombreux chercheurs aujourd’hui privilégient une date bien plus tardive, plaçant sa mort largement au septième siècle. La principale raison de cette conclusion est une entrée des Annales Cambriae, une chronique du dixième siècle.

Dans cette chronique, l’entrée pour l’année 775 nous apprend que c’est l’année où mourut Ffernfael fils d’Ithel. Il est largement admis qu’il s’agit de Ffernfael ap Ithel ap Morgan ap Athrwys ap Meurig. En d’autres termes, le Ffernfael de cette entrée est généralement compris comme étant l’arrière-arrière-petit-fils de Meurig de Gwent.

Si nous supposons que Ffernfael est né vers 700 et que nous utilisons une moyenne d’environ vingt-cinq ans par génération, nous parvenons à une naissance de Meurig vers 600. Comme le reconnaît une autorité aussi renommée que Patrick Sims-Williams, c’est le principal point d’ancrage autour duquel s’articule toute la chronologie tardive de la dynastie de Meurig.

Les objections à cet argument

Cependant, ce témoignage chronologique soulève un problème important. Comme Sims-Williams lui-même le souligne, les noms de « Ffernfael » et d’« Ithel » étaient tous deux courants au sein de cette dynastie. Il est donc tout à fait possible qu’il y ait eu plus d’une succession « Ffernfael fils d’Ithel » au fil des siècles.

Par coïncidence, la généalogie conservée dans le manuscrit Harleian MS 3859 révèle qu’il y eut un autre Ithel plusieurs générations plus tard. Bien que ses enfants ne soient pas consignés, il a fort bien pu avoir un fils nommé Ffernfael.

Si tel était le cas, cela reporterait la naissance de Meurig de plusieurs générations.

Les preuves tirées de la Vie de saint Oudoceus

Néanmoins, le simple fait que cela puisse être le cas ne signifie pas que ce le fut effectivement. Heureusement, les diverses hagiographies racontant la vie de figures religieuses actives dans le sud-est du pays de Galles nous fournissent des informations utiles sur cette dynastie.

L’une de ces hagiographies est la Vie de saint Oudoceus. Elle raconte l’histoire d’Oudoceus, un évêque éminent du sud-est du pays de Galles qui aurait été évêque de Llandaff. Selon ce document, Oudoceus était le fils du roi Budic de Bretagne. Ce Budic peut être identifié au roi Bodic mentionné par Grégoire de Tours au sixième siècle. Il semble être né vers 500.

Selon ce récit, Oudoceus naquit de la seconde épouse de Budic, et il n’était même pas l’aîné de leurs enfants. Il est donc raisonnable de situer la naissance d’Oudoceus plus loin de celle de Budic qu’on ne s’y attendrait normalement.

Si nous supposons qu’Oudoceus naquit alors que Budic avait environ quarante ans, sa naissance aurait eu lieu vers 540. Selon la Vie, Oudoceus succéda à Teilo comme évêque immédiatement après son retour en Bretagne insulaire à la suite de la peste jaune. Cela s’est évidemment produit alors qu’Oudoceus était déjà adulte, mais comme Teilo était né vers 500, cela ne peut pas non plus s’être produit trop avant le septième siècle.

Une date autour de 570 est raisonnable pour la nomination d’Oudoceus comme évêque. Or, pourquoi cela est-il si important pour établir la date de naissance de Meurig ?

Ce que cela signifie pour Meurig

La raison pour laquelle cela est si important pour Meurig est qu’il apparaît comme le roi qui présida à la nomination d’Oudoceus comme évêque. De plus, deux des fils de Meurig, Athrwys et Idnerth, sont présentés comme étant également présents lors de sa nomination.

Cela indique que Meurig était déjà un roi mûr vers 570, ayant non pas un mais deux fils qui étaient manifestement déjà adultes.

Cela situerait sa naissance bien avant 570. Cela indiquerait qu’il était né au plus tard en 525. Cependant, Meurig pouvait potentiellement être bien plus âgé, étant un roi âgé au moment de la nomination d’Oudoceus. Y a-t-il d’autres preuves qui éclairent davantage cette question ?

Les preuves tirées de la Vie de saint Cadoc
Jesus College MS 20, folio 33r, montrant Gwladus comme fille de Brychan et mère de « Cattwc » (Cadoc) aux lignes trois et quatre
Jesus College MS 20, folio 33r, montrant Gwladus comme fille de Brychan et mère de « Cattwc » (Cadoc) aux lignes trois et quatre

Une autre hagiographie nous fournit davantage d’informations. Il s’agit de la Vie de saint Cadoc, rédigée au onzième siècle, un peu avant la Vie de saint Oudoceus. Selon ce document, Cadoc était le fils d’une femme nommée Gwladus, fille de Brychan, fils de Marchell, fille de Tewdrig.

Ce Tewdrig pourrait-il être le même que le père de Meurig ? Les deux Tewdrig sont situés dans la même région – le sud-est du pays de Galles. De plus, le Livre de Llandaff appelle le père de Meurig, Tewdrig, fils de Teithfallt. C’est le même nom que celui donné au père de Tewdrig, l’ancêtre de Cadoc.

Un arguments supplémentaire en faveur de la conclusion que les deux Tewdrig étaient une seule et même personne est la manière dont la Vie de saint Cadoc le décrit. Nous trouvons la description suivante :

« Teudiric, qui fut fait martyr dans le Gwent, à savoir Merthir Teudiric. »

Selon ce texte, Tewdrig, l’ancêtre de Cadoc, était associé au martyre dans le Gwent. C’est précisément ce qui est présenté comme l’origine du toponyme Merthyr Tewdrig. Dans le Livre de Llandaff, nous retrouvons exactement la même affirmation au sujet de Tewdrig, le père de Meurig.

Ce que cela signifie pour Meurig

Ces preuves signifient que nous pouvons identifier avec confiance Tewdrig, le père de Meurig, à Tewdrig, l’ancêtre de Cadoc. Qu’est-ce que cela implique pour la chronologie de Meurig ?

Il est largement admis que Cadoc naquit au début du sixième siècle. La date exacte fait débat. Puisqu’Arthur lui-même est décrit comme ayant pris part aux événements entourant sa naissance, il fut probablement né vers 520. Cela concorde avec le fait que l’ensemble des preuves situe la propre naissance d’Arthur vers 500, comme nous le verrons plus en détail plus loin.

Si Cadoc naquit vers 520, alors, en remontant les générations jusqu’à la naissance de Tewdrig, on situerait celle-ci aux alentours de 440.

Bien entendu, nous devons également concilier cela avec le fait que Meurig était encore présent lors de la nomination d’Oudoceus comme évêque vers 570. Cela suggérerait que Meurig fut un fils assez tardif de Tewdrig. Cela est corroboré par le fait que, dans l’un des documents décrivant la naissance de Brychan, sa mère Marchell y est décrite comme l’unique enfant de Tewdrig à l’époque.

Cela suggère que Meurig n’est pas né avant environ l’époque de la naissance de Brychan, vers 480. Cela permettrait à Meurig d’avoir été présent lors de la nomination d’Oudoceus, quoique comme un roi âgé.

Les preuves tirées de la Vie de saint Dubricius

Un appui supplémentaire à cette chronologie de Meurig provient de l’hagiographie d’une éminente figure religieuse nommée Dubricius. Il fut, selon les documents, évêque de Llandaff avant Teilo. Selon sa Vie, il était le petit-fils d’un roi d’Ergyng nommé Peibio.

La raison pour laquelle cela est si significatif est que le Livre de Llandaff révèle qu’un autre des petits-fils de Peibio fut un roi nommé Gwrgan. Sa fille était Onbrawst, et le Livre de Llandaff révèle qu’Onbrawst était l’épouse de Meurig.

Puisque Gwrgan et Dubricius étaient cousins germains, ils auraient logiquement dû naître à peu près à la même époque. Cela est significatif compte tenu du fait que le A Welsh Classical Dictionary de Peter Bartrum situe la naissance de Dubricius vers 465. D’autres autorités sur cette période s’accordent avec cette date générale.

Cette date approximative pour la naissance de Gwrgan, le cousin germain de Dubricius, concorde avec le fait de faire de la fille de Gwrgan l’épouse d’un homme né vers 480. Ainsi, cette preuve généalogique appuie la conclusion selon laquelle Meurig serait né vers 480, bien avant la date moderne populaire proche du septième siècle.

Soyons clairs : bien que situer sa naissance près du passage au septième siècle soit la chronologie la plus populaire aujourd’hui, de nombreux autres chercheurs défendent une chronologie bien plus ancienne. Citons notamment Brian Davies, David Farmer, Timothy Venning, Chris Barber, Michelle Ziegler, Terry Breverton, entre autres.

Les preuves que Meurig fut l’Uther Pendragon historique

Maintenant que nous avons établi qu’il existe un argument solide en faveur d’une naissance de Meurig vers 480, quel est le rapport avec la thèse selon laquelle il pourrait être identifié à l’Uther Pendragon historique ? Pour comprendre comment ils auraient pu être une seule et même personne, examinons les preuves concernant la date de naissance d’Arthur lui-même, afin de déterminer à quelle époque son père aurait pu être actif.

La chronologie d’Arthur

Traditionnellement, les dates du roi Arthur ont été largement définies par celles des Annales Cambriae. Cette chronique situe la bataille décisive d’Arthur contre les Saxons à Badon en 516, tandis que sa dernière bataille, à Camlann, est placée en 537.

Cependant, la thèse identifiant Meurig à l’Uther Pendragon historique s’appuie sur une chronologie arthurienne révisée. Elle soutient que les dates des Annales Cambriae devraient en réalité être avancées de trente-trois ans.

Cet argument repose sur le fait que les dates dans les manuscrits médiévaux étaient parfois antidatées d’environ ce nombre d’années, les scribes confondant la naissance et la mort de Jésus. Nous le voyons dans l’Historia Brittonum, par exemple.

Occasionnellement, les événements étaient datés par rapport à la mort de Jésus plutôt qu’à sa naissance. Un scribe négligent pouvait aisément prendre une date pour relative à sa naissance, comme c’était le plus courant, et ainsi la placer environ trente-trois ans plus tôt qu’elle ne s’était réellement produite.

Sur cette base, la bataille de Badon eut lieu vers 549, tandis que la bataille de Camlann se déroula en 570.

Les preuves complémentaires de Gildas

Au sixième siècle, un moine nommé Gildas écrivit le De Excidio, dans lequel il faisait référence à la bataille de Badon comme ayant eu lieu quarante-trois ans avant le moment où il écrivait. Puisque Gildas adresse certains de ses commentaires à cinq rois régnants, nous pouvons dater le De Excidio – et, par extension, la bataille de Badon – en nous fondant sur les règnes de ces rois.

L’un de ces rois est Maelgwn Gwynedd. Comme l’a souligné la chercheuse Rachel Bromwich, le plus ancien témoignage chronologique sur son règne le situe en réalité à la fin du sixième siècle. Cette preuve provient de l’Historia Brittonum, qui précède les Annales Cambriae et a donc plus de valeur que celles-ci.

Un autre roi mentionné par Gildas est Vortipor. Son père, Aircol, est mentionné dans un ancien poème gallois attribué à Taliesin. Dans ce poème, Aircol aurait fui devant Cynan Garwyn. Ce Cynan était indéniablement un souverain du milieu ou de la fin du sixième siècle. S’il combattit contre le père de Vortipor, alors Vortipor lui-même ne peut pas avoir été un souverain du début du sixième siècle.

Livre de Taliesin, folio 22r, montrant le nom d'Aircol dans le texte du poème Trawsganu Kynan Garwyn mab Broch
Livre de Taliesin, folio 22r, montrant le nom d'Aircol dans le texte du poème Trawsganu Kynan Garwyn mab Broch

Cela est d’autant plus vrai que Gildas précise que Vortipor était alors vieillissant. En combinant cela avec la preuve qu’Aircol combattit contre Cynan Garwyn, il semble inévitable que Gildas ait écrit vers la fin du sixième siècle.

Des preuves similaires pourraient être mises en avant pour les autres rois, bien que les témoignages sur leur chronologie proviennent de sources plus tardives que celles utilisées pour Vortipor et Maelgwn. Dans tous les cas, étant donné que Gildas écrivait quarante-trois ans après la bataille de Badon, cela montre qu’un argument solide peut être avancé pour avancer de trente-trois ans les dates arthuriennes des Annales Cambriae, soit vers 549 et 570.

Ce que cela signifie pour l’identité historique d’Uther Pendragon

Si la dernière bataille d’Arthur fut livrée en 570, alors Arthur lui-même fut probablement né vers l’an 500. Cela concorde également avec les preuves indiquant qu’Arthur avait déjà un fils adulte, Gwydre, au moment de la bataille de Badon.

Cela est indiqué par les preuves selon lesquelles les événements de Culhwch and Olwen, un récit arthurien, se produisirent l’année suivant la bataille de Badon. Lors de cet événement, Gwydre, le fils d’Arthur, combattit et mourut.

Avec une naissance vers 500 pour le roi Arthur, son père a pu naître vers 480. Cela correspond parfaitement aux preuves concernant la naissance de Meurig.

La puissance de Meurig

Maintenant que nous avons vu que Meurig correspond arguablement à la date d’Uther Pendragon, qu’en est-il du fait qu’Uther fut un roi exceptionnellement puissant ? Dans le récit légendaire de sa carrière rédigé par Geoffroy de Monmouth vers 1137, il est présenté comme le haut roi de Bretagne avant Arthur.

Même si nous supposons que le récit de Geoffroy est entièrement fictif, le simple fait qu’Arthur lui-même fut puissant et mena les rois des Bretons au combat contre les Saxons suggère fortement que son père fut lui aussi très puissant et important.

Comme pour la chronologie, il s’agit d’un autre critère de base auquel Meurig doit correspondre pour que nous puissions le prendre au sérieux comme candidat au titre d’Uther Pendragon historique.

Nous ne disposons pas de nombreuses sources narratives décrivant le règne et les activités de Meurig. Cependant, grâce au Livre de Llandaff, nous savons que Meurig régna sur un vaste royaume. Il englobait le Glywysing, le Gwent et l’Ergyng. Il s’étendait de la péninsule de Gower actuelle à l’ouest jusqu’à une grande partie du Herefordshire et du Gloucestershire à l’est.

Cela était au moins aussi vaste que le fameusement puissant royaume de Gwynedd, au nord-ouest du pays de Galles. Ainsi, au moins sur la base de la taille de son royaume, il a fort bien pu être un roi puissant, à l’image de ses contemporains, les rois de Gwynedd.

Les preuves tirées de Tewdrig

En ce qui concerne les sources narratives, nous disposons de davantage d’informations sur le père de Meurig, Tewdrig. Les informations disponibles à son sujet appuient fortement la conclusion qu’il fut un roi très puissant.

Par exemple, l’hagiographie racontant la vie de Gwinear, un saint actif en Cornouailles et en Bretagne, affirme que Tewdrig se rendit en Bretagne, déposa le roi Maxentius et installa un autre roi à sa place.

Cette même source présente également Tewdrig comme exerçant son pouvoir sur au moins une partie des Cornouailles. Par conséquent, sur la base de ces preuves, Tewdrig apparaît comme ayant été un monarque exceptionnellement puissant. Cela appuie la conclusion selon laquelle Meurig, le fils de Tewdrig, aurait lui aussi été puissant et important.

Le nom d’Uther Pendragon

Jusqu’ici, nous avons vu que Meurig vécut arguablement à la bonne époque pour être Uther Pendragon, et qu’il semble avoir été l’héritier d’une dynastie puissante. Qu’en est-il de la question de son nom ? Il est évident que « Meurig » ne présente aucune similitude avec « Uther ». Comment, dès lors, Meurig pourrait-il avoir été le véritable Uther Pendragon ?

L’explication est simple. Il est largement reconnu que « Pendragon » n’est qu’un titre, signifiant « chef guerrier ». Cependant, il existe des preuves que « Uther » fait en réalité partie de ce titre. Il est pour l’essentiel identique à un mot gallois, « uthr », signifiant « redoutable ». Cela a tout à fait sens conjugué à la signification de « Pendragon ».

De plus, les poèmes gallois Pa Gur et Marwnat Uthyr Pen suggèrent que « Uther Pendragon » était un titre porté par Arthur lui-même. Si l’on accepte ces preuves, cela signifierait qu’il s’agit effectivement entièrement d’un titre.

Par conséquent, le père d’Arthur a pu porter un nom sans aucun rapport avec « Uther ». Cela permet à Meurig d’avoir été Uther sans aucun problème.

Le lieu de vie d’Uther

Non seulement Meurig vécut arguablement à la même époque qu’Uther, mais on peut également soutenir qu’il vécut précisément là où les sources situent généralement Uther. Comme nous l’avons déjà mentionné, Meurig régna sur le Glywysing, le Gwent et l’Ergyng. Les légendes situent-elles Uther dans cette région ?

Premièrement, nous pouvons observer qu’il serait logique qu’Uther ait été établi essentiellement au même endroit que son fils, Arthur. Cela étant posé, il est notable que de nombreuses sources arthuriennes situent Arthur dans le sud-est du pays de Galles. Par exemple, de nombreuses Vies des saints situent Arthur dans cette région ou à proximité. Citons la Vie de saint Illtud et la Vie de saint Cadoc.

L’Historia Brittonum, une source encore plus ancienne que les hagiographies susmentionnées, situe Ambrosius dans le Glywysing. Selon la légende, Ambrosius était le frère aîné d’Uther. D’après le témoignage de Gildas dans le De Excidio, c’est impossible, mais ils ont plausiblement pu être père et fils.

La cour d’Uther à Winchester
Une partie des ruines romaines de Caerwent, Gwent. Photo de Michael Garlick, CC-BY 2.0
Une partie des ruines romaines de Caerwent, Gwent. Photo de Michael Garlick, CC-BY 2.0

Dans le récit d’Uther par Geoffroy, il suggère que sa cour principale se trouve à Winchester. Celle-ci est située dans le sud de l’Angleterre, loin de la frontière gallosienne. Bien que cela ne soit pas compatible avec l’identification de Meurig à Uther, il existe une explication possible.

Le nom gallois médiéval de Winchester était Caer Wynt. Celui-ci est presque identique à Caerwent, la ville capitale et l’éponyme du Gwent, le territoire de Meurig. Il existe de nombreux exemples où Geoffroy commet clairement des erreurs géographiques et semble confondre un toponyme ou un ethnonyme avec un autre.

Il n’existe aucune preuve décisive dans le récit de Geoffroy montrant que sa « Winchester » est une erreur pour Caerwent, dans le Gwent. Néanmoins, le fait qu’il n’existe pratiquement aucune association entre le roi Arthur et Winchester dans la tradition galloise est assurément significatif.

Il serait très étrange que la cour principale d’Uther se trouve à un endroit avec lequel son fils ne serait associé à aucun titre.

Au vu des forts liens arthuriens avec le sud-est du pays de Galles, il semble très probable que la « Winchester » de Geoffroy doive être comprise comme une erreur pour Caerwent. En d’autres termes, l’ensemble des preuves, prises ensemble, suggère qu’Uther Pendragon était associé en particulier au Gwent.

Cela correspond très bien aux informations sur Meurig, puisque le Gwent se trouvait au cœur même de son royaume.

Meurig comme père du roi Arthur

En plus du fait que Meurig correspond arguablement à l’époque et au lieu où vécut Uther, ainsi qu’à son statut de roi puissant, divers aspects précis du profil de Meurig correspondent aux informations légendaires sur Uther Pendragon.

Pour commencer, considérons le fait qu’il eut un fils qui correspond arguablement au roi Arthur légendaire. Le Livre de Llandaff, ainsi que d’autres documents, montre que le fils aîné et héritier de Meurig se nommait Athrwys.

Le nom « Athrwys » n’est pas identique à « Arthur », mais il présente des similitudes évidentes. Ces similitudes deviennent plus significatives lorsque nous prenons en compte le fait que le nom d’Arthur s’écrit de diverses manières : « Artus », « Arturus », « Arthurus », « Arturis », et d’autres variantes.

De plus, le nom « Athrwys » apparaît parfois sous les formes « Arthwys » et « Arthrwys ». Au vu de ces nombreuses variantes, il n’est pas impossible que le nom consigné du fils de Meurig fût en réalité « Arthur », mais qu’il se soit corrompu en ce nom très proche. Cela rappelle le fait que le nom de Magnus Maximus se corrompit en « Maxen », qui est en réalité une forme du nom « Maxentius ».

La fille de Meurig, Anna

Passons maintenant à un autre des enfants légendaires d’Uther. L’un d’eux particulièrement notable était Anna. Elle apparaît comme la sœur du roi Arthur dans l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth.

Cela est significatif, car il existe des preuves que Meurig eut une fille nommée Anna. Il est difficile de déterminer la plus ancienne référence à cette tradition, mais elle remonte au moins au dix-huitième siècle. Si cette tradition est exacte, cela signifierait que Meurig correspond à Uther en ce sens que tous deux eurent une fille nommée Anna.

Les preuves de l’authenticité de cette tradition

Bien que la plus ancienne référence explicite à cette tradition soit tardive, des preuves bien antérieures la soutiennent. La Vie de saint Samson, qui pourrait dater d’aussi tôt que le septième siècle, affirme que le père d’Anna et le père de son époux Amon étaient tous deux des dignitaires de cour de leurs royaumes respectifs et jouissaient du même statut social.

L’époux d’Anna était Amon. Il semble identifiable à Annun, consigné dans la tradition galloise comme le fils d’un souverain connu sous le nom d’Emyr Llydaw, roi de Bretagne. Ce titre même, « Emyr Llydaw », suggère qu’il fut un roi puissant, une sorte d’empereur.

La Vie de saint Oudoceus rapporte qu’au moins une partie de la dynastie de Cornouaille, en Bretagne, fut chassée et contrainte de vivre en exil dans le Dyfed pendant assez longtemps. Puisque le père d’Amon est décrit dans la Vie de saint Samson comme un dignitaire de la cour du royaume de Dyfed, il semblerait s’agir d’une référence à Emyr Llydaw pendant son exil dans ce royaume.

Bien qu’il servît comme dignitaire de cour, Emyr Llydaw était un roi puissant à part entière, même temporairement privé de son propre royaume. Si telle était la position du père d’Amon, alors nous devrions nous attendre à quelque chose de similaire pour le père d’Anna.

Sur la base d’informations chronologiques sur Samson et son éducateur Illtud, nous pouvons établir que Samson dut naître vers 526. Puisque Anna et Amon sont explicitement dits avoir été mariés depuis assez longtemps avant la naissance de leur premier enfant, Samson, leur mariage peut probablement être situé à la fin des années 510.

Il est très probable que Tewdrig, le père de Meurig, fût encore vivant à cette époque, car il est consigné comme un contemporain de Teilo, dont la naissance eut lieu vers 500.

Cela signifierait que Meurig n’était pas encore roi au moment du mariage d’Anna avec Amon. Néanmoins, il était manifestement une personne importante et puissante, semblable à Emyr Llydaw. Mais, tout comme Emyr Llydaw, il aurait encore servi comme une sorte de dignitaire de cour, puisque son père régnait toujours.

Par conséquent, les preuves anciennes soutiennent pleinement la tradition tardive selon laquelle Meurig fut le père d’Anna de Gwent.

Le fils de Meurig, Madoc

Un autre enfant d’Uther Pendragon dans les légendes est Madoc. Il est principalement connu grâce à deux poèmes gallois. Le premier est l’Élégie de Madoc, connue en gallois sous le nom de Marwnat Madawg. Il s’agit d’une élégie, ou chant funèbre, lamentant la mort de ce fils d’Uther.

Le second est un dialogue entre Arthur et son neveu Eliwlod, connu sous le nom d’Arthur et l’Aigle. Ce texte désigne Eliwlod (se présentant sous la forme d’un aigle, apparemment comme un esprit après sa mort) comme le neveu d’Arthur et le fils de Madoc ap Uthyr.

Ces deux références montrent clairement qu’Uther Pendragon eut un fils nommé Madoc. Comment cela s’articule-t-il avec les informations disponibles sur Meurig ?

Jesus College MS 20, folio 1r, avec « Madawc uab uthur » (« Madoc fils d'Uthyr ») faiblement visible sur l'avant-dernière ligne
Jesus College MS 20, folio 1r, avec « Madawc uab uthur » (« Madoc fils d'Uthyr ») faiblement visible sur l'avant-dernière ligne
Les preuves que Meurig eut un fils nommé Madoc

Les preuves que Meurig eut un fils nommé Madoc proviennent des informations sur Merlin. Dans la tradition galloise, il est connu sous le nom de Myrddin. La Vie de Merlin de Geoffroy de Monmouth s’appuie fermement sur la tradition galloise, et elle affirme que Myrddin fut un roi (évidemment un sous-roi) dans le sud du pays de Galles. Cela concorde avec la poésie galloise, qui semble situer son origine dans le Dyfed.

Son père est systématiquement nommé Morfryn dans les documents gallois. Puisque Myrddin lui-même était censé être un souverain du sud du pays de Galles, cela suggérerait que Morfryn fut lui aussi un roi de ce territoire.

Fait intéressant, un document du dix-septième siècle décrit explicitement Merlin comme le petit-fils du roi Meurig de Dyfed. Logiquement, cela signifierait que Morfryn était le fils de Meurig. Le seul Meurig connu à cette époque était Meurig ap Tewdrig.

Bien que le Dyfed fût le royaume voisin du territoire de Meurig à l’ouest, ce nom servait parfois à désigner le sud du pays de Galles en général. Tewdrig lui-même est appelé roi de Dyfed dans les documents sur Brychan.

Par conséquent, cela signifierait que Morfryn était manifestement le fils de Meurig de Gwent, sur la base de ces preuves anciennes. Cela concorde également avec une ancienne référence faisant de Myrddin un membre de la « tribu de Meirchion ». Meirchion fut un roi du Glywysing au sixième siècle et était probablement un parent de Meurig.

La raison pour laquelle cela est significatif est que certains documents plus tardifs, du dix-huitième siècle, consignent la tradition selon laquelle le nom complet du père de Myrddin était Madoc Morfryn. Si cela est exact, cela signifierait que Meurig eut bien un fils nommé Madoc, tout comme Uther Pendragon.

Cela est corroboré par le fait qu’il existe un certain nombre d’églises dédiées à Madoc dans le sud du pays de Galles. L’identification de ce saint patron est inconnue, mais les possibilités ne sont pas nombreuses. Notamment, la Troisième Série des Triades galloises, qui donne à Morfryn le prénom « Madoc », affirme qu’il fut un barde éminent de la chorale d’Illtud, qui se trouvait dans le sud du pays de Galles.

Le beau-frère de Meurig, Gwrfoddw

Un autre membre de la famille de Meurig correspondant à un personnage des légendes du roi Arthur est Gwrfoddw. Dans le récit arthurien Culhwch and Olwen, Arthur aurait eu un oncle maternel nommé Gwrfoddw Hen. En d’autres termes, Gwrfoddw était le beau-frère d’Uther.

L’épouse de Meurig, Onbrawst, avait-elle un frère nommé Gwrfoddw ? Une fois encore, le Livre de Llandaff nous fournit des informations très pertinentes. Rappelons que Gwrgan, le père d’Onbrawst, fut le roi d’Ergyng.

Le Livre de Llandaff mentionne un roi d’Ergyng à peu près à cette époque nommé Gwrfoddw. Malheureusement, il n’indique pas sa filiation. Néanmoins, il apparaît comme roi d’Ergyng après Gwrgan, ce qui suggère logiquement qu’il fut le fils de Gwrgan. Certaines sources modernes prétendent que Gwrfoddw fut un usurpateur qui chassa Gwrgan, mais cette spéculation ne repose sur aucun fondement.

Si nous suivons la voie plus logique consistant simplement à faire de Gwrfoddw un fils de Gwrgan, cela signifierait qu’il fut le beau-frère de Meurig. Cela correspond au fait qu’Uther était censé avoir eu un beau-frère portant ce nom.

Les objections à cette théorie

S’il est clair qu’il existe de fortes similitudes entre Uther Pendragon et Meurig de Gwent, il y a également des différences importantes.

Les problèmes chronologiques

Le problème le plus important de tous est le fait que la chronologie de la vie et de la carrière d’Uther telle que la présente Geoffroy de Monmouth est définitivement incompatible avec son identification à Meurig.

Comme établi au début de cet article, un argument solide permet de soutenir que Meurig naquit vers 480. Cela est incompatible avec le fait que Geoffroy présente Uther comme combattant les Saxons sous la conduite d’Ambrosius pendant un certain temps avant de devenir roi.

Ambrosius fut incontestablement un roi du cinquième siècle, comme le montrent l’Historia Brittonum et la chronologie de Bède. Il semble être mort vers 500, car il existe au moins deux références médiévales à une comète proéminente dans le ciel à cette époque, ce qui correspond à la référence de Geoffroy à l’apparition d’une comète lors de la mort d’Ambrosius.

Uther aurait succédé à Ambrosius à ce moment-là. Cependant, des années auparavant, Uther est décrit comme dirigeant une expédition en Irlande pour se procurer la Danse des Géants. Encore avant cela, il est présenté comme accompagnant Ambrosius lors de son retour en Bretagne insulaire après des décennies d’absence en Bretagne.

Meurig n’était probablement même pas né lorsque cela se produisit. Il ne peut donc pas expliquer la première partie de la carrière d’Uther dans le récit de Geoffroy.

La mort d’Uther

Une objection similaire est que la mort d’Uther survint bien avant celle de Meurig. Geoffroy situe la mort d’Uther sous le règne d’Octa de Kent, qui semble avoir régné de 512 à 534. En revanche, Meurig survécut à la peste jaune et nomma Oudoceus comme évêque.

Comme nous l’avons vu précédemment, cela se produisit vraisemblablement vers 570. Meurig aurait été très âgé à cette époque. Cela démontre qu’il ne peut pas avoir été le roi mort au début du sixième siècle et à qui Arthur succéda.

Une explication possible

Une explication de ces problèmes chronologiques liés au récit de Geoffroy est que Geoffroy a en réalité confondu deux personnages distincts qui portaient tous deux le titre d’« Uther Pendragon ». Comme nous l’avons vu plus haut, il semble s’agir d’un titre qui fut porté par Arthur lui-même. Mais puisque son père le portait également, il était manifestement transmis de père en fils.

Cela permettrait d’envisager la possibilité qu’il ait également été porté par le grand-père d’Arthur. Dans ce cas, Geoffroy de Monmouth aurait peut-être confondu par erreur les récits concernant le père d’Arthur avec ceux concernant son grand-père.

Dans le cadre de cette théorie, cela signifierait que les récits d’Uther Pendragon proviennent à la fois de Meurig et de Tewdrig. En d’autres termes, Meurig fut bien Uther Pendragon, mais Tewdrig le fut aussi. Ce serait donc Tewdrig qui expliquerait le récit de Geoffroy sur la carrière d’Uther, hormis son rôle de père d’Arthur.

Conclusion

En conclusion, la théorie selon laquelle Meurig de Gwent fut l’Uther Pendragon historique repose sur un certain nombre de similitudes significatives entre les deux personnages. Compte tenu du haut rang de Meurig et de l’emplacement de son royaume, il semble correspondre assez bien à Uther. Son fils, Athrwys, est sans doute une excellente correspondance pour Arthur. Il semble également avoir eu une fille nommée Anna, un fils nommé Madoc et un beau-frère nommé Gwrfoddw, tout comme Uther.

La question clé est le fait que Meurig vécut environ une génération, ou un peu plus, trop tard pour correspondre au récit de Geoffroy sur la vie d’Uther. Cependant, cela peut s’expliquer en interprétant « Uther Pendragon » comme un titre porté par le père et le grand-père d’Arthur, ce qui signifie que Meurig n’a pas besoin d’expliquer à lui seul la figure légendaire.

Sources

Bartrum, Peter, A Welsh Classical Dictionary, 1993

Bromwich, Rachel, Trioedd Ynys Prydein: The Triads of the Island of Britain, 2014

Jones, Nerys Anna, Arthur in Early Welsh Poetry, 2019

Morris, John, Arthurian Period Sources, Vol 3: Persons, 1995

Breverton, Terry, Wales: A Historical Companion, 2009

Howells, Caleb, King Arthur: The Man Who Conquered Europe, 2019

https://mythbank.com/uther-pendragon/#the-story-of-uther-pendragon

Par Caleb Howells

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