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Stater, roi du Dyfed

Par Caleb Howells

Stater est un personnage secondaire des légendes arthuriennes, qui apparaît comme roi du Dyfed lors du couronnement spécial du roi Arthur. D’après une comparaison avec plusieurs sources, il semble qu’il puisse être identifié à une figure historique, le roi Meurig de Glywysing et de Gwent. Sur quoi repose cette conclusion ? Que disent réellement les légendes arthuriennes de Stater et de son rôle dans le royaume du roi Arthur ? Cet article examinera les réponses à ces questions et à d’autres.

Folio du Brut Tysilio, montrant Meurig (Meyric), roi du Dyfed, à la fin de l'avant-dernière ligne
Folio du Brut Tysilio, montrant Meurig (Meyric), roi du Dyfed, à la fin de l'avant-dernière ligne

Qui était Stater, roi du Dyfed ?

Stater est un personnage des légendes arthuriennes qui apparaît dans l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, rédigée vers 1137. Il s’agit du premier récit complet de la carrière d’Arthur. Dans ce récit, Stater assiste au couronnement spécial d’Arthur, que celui-ci organise environ douze ans après avoir établi la paix en Bretagne à l’issue de la bataille du mont Badon.

Le récit du couronnement spécial d’Arthur montre clairement que Stater était l’un des rois les plus éminents et les plus importants de son époque. Il est l’un des premiers alliés d’Arthur à être mentionné, et il participe directement à la cérémonie du couronnement aux côtés de trois autres grands rois.

Geoffroy nous dit que Stater était le roi des Démétiens. Autrement dit, il était le roi de la Démétie, ou Dyfed, le royaume du pays de Galles du Sud.

En dehors de son statut de roi éminent et de son royaume, rien n’est révélé sur Stater lui-même dans l’Historia Regum Britanniae. Geoffroy n’a rien expliqué sur sa parenté ni sur ses enfants, pas plus que sur ce qu’il a accompli durant son règne. Néanmoins, en examinant d’autres versions de la légende arthurienne fondées directement sur le récit de Geoffroy, nous pouvons l’identifier à une figure mieux connue par d’autres sources.

Le nom de Stater

L’une des choses les plus curieuses au sujet de Stater est son nom. Dans certains commentaires sur ce personnage, des spécialistes observent que son nom semble être une forme altérée d’un titre romain. On considère généralement qu’il provient du titre latin « stator », qui signifie « huissier d’un magistrat ».

Bien entendu, cela ne signifie pas nécessairement que ce n’était pas réellement le nom personnel de ce roi. Après tout, il existe d’autres cas où des titres latins semblent avoir été adoptés comme noms personnels. Un exemple est le titre latin « tribun », qui fut utilisé sous la forme de « Triphun », le père d’Aircol du Dyfed.

Le fait que cet autre exemple concerne lui aussi l’un des premiers rois du Dyfed pourrait potentiellement servir d’appui à la conclusion selon laquelle « Stater » était le nom personnel de ce roi, dans la mesure où cela pourrait être une habitude de cette dynastie.

Bien sûr, ce n’est là qu’une possibilité. En réalité, nous verrons plus loin que les preuves identifient en fait Stater à une personne appartenant à une tout autre dynastie.

Stater dans les sources arthuriennes

Stater apparaît au livre 9 de l’Historia Regum Britanniae. Environ douze ans après avoir établi la paix en Bretagne à l’issue de la bataille du mont Badon (la bataille décisive d’Arthur contre les Anglo-Saxons), Arthur organisa une cérémonie de couronnement particulière lors de la fête de Pâques.

L’introduction de Stater

Cette fête eut lieu à Caerleon-sur-Usk, dans le sud-est du pays de Galles. De nombreux alliés venus de toute la Bretagne et d’ailleurs assistèrent à cet événement particulier. Lorsque Geoffroy commence à décrire les participants, il écrit :

« Arrivèrent alors Augusel, roi d’Albanie, aujourd’hui l’Écosse ; Urian, roi de Mureif ; Cadwallo Lewirh, roi des Vénedotes, aujourd’hui appelés les hommes du pays de Galles du Nord ; Stater, roi des Démétiens, ou hommes du pays de Galles du Sud ; Cador, roi de Cornouailles ; ainsi que les archevêques des trois sièges métropolitains, Londres, York, et Dubricius de la Cité des Légions. »

Après cela, Geoffroy poursuit en mentionnant de nombreux autres alliés, manifestement plus secondaires. Ainsi, dès cette brève introduction, nous voyons que Stater était l’un des rois les plus importants et les plus éminents du royaume d’Arthur.

Augusel est la version de Geoffroy d’Arawn. D’après le récit de Geoffroy lui-même et d’après les sources galloises qui mentionnent Arawn, il est clair qu’il était un grand roi du nord de la Bretagne. L’« Urian » de Geoffroy est Urien Rheged, historiquement l’un des rois les plus puissants de Bretagne dans la seconde moitié du VIe siècle.

Cadwallo Lewrhi est Cadwallon Lawhir, le père du célèbre et puissant roi Maelgwn Gwynedd au VIe siècle. Cador de Cornouailles est le Cado historique de Dumnonia, un autre roi particulièrement puissant et important selon les sources historiques.

Stater est donc singulier en ce qu’il est entouré de figures que l’on sait à la fois historiques et puissantes. Cela rend son obscurité d’autant plus intéressante et étrange.

Le rôle de Stator dans la cérémonie du couronnement

Après avoir fourni la longue liste des alliés, Geoffroy de Monmouth explique ensuite ce qui se déroula lors de la cérémonie. C’est là que Stater apparaît de nouveau, bien que sans être nommé. Geoffroy explique :

« Dès que le roi fut revêtu de ses habits royaux, il fut conduit en grande pompe vers l’église métropolitaine, soutenu de chaque côté par deux archevêques, et ayant quatre rois, à savoir ceux d’Albanie, de Cornouailles, de Démétie et de Vénédotie, dont c’était le droit, portant quatre épées d’or devant lui. »

D’après ce récit, Augusel, Cador, Stater et Cadwallo furent directement impliqués dans la cérémonie du couronnement. Tandis qu’Arthur était conduit vers l’église, ces quatre rois l’accompagnaient, portant des épées d’or.

Cela montre très clairement qu’ils étaient les quatre rois les plus prestigieux de Bretagne à cette époque – du moins parmi tous ceux qui étaient alliés à Arthur.

Le successeur de Stater

Après cela, Geoffroy ne révèle rien de ce qui advint de Stater ensuite. Il ne révèle pas non plus directement quoi que ce soit sur sa lignée. Il ne mentionne pas Stater dans le récit de la guerre contre Rome, ni dans sa description de ceux qui tombèrent à la bataille de Camlann (la dernière bataille d’Arthur dans le récit de Geoffroy).

En réalité, Geoffroy ne mentionne spécifiquement le roi des Démétiens de nouveau qu’au livre 11. Dans cette partie, il décrit la bataille de Chester, qui eut historiquement lieu vers 616. Geoffroy présente un certain Margaduc comme roi des Démétiens à cette époque.

Geoffroy ne dit pas explicitement que Margaduc descendait de Stater. Cependant, en l’absence de toute raison de croire que la lignée des rois des Démétiens ait été remplacée par une autre, la conclusion la plus naturelle serait que Margaduc appartenait bien à la lignée de Stater.

Vitrail représentant la mort de Penda de Mercie, cathédrale de Worcester, Angleterre
Vitrail représentant la mort de Penda de Mercie, cathédrale de Worcester, Angleterre

Cependant, il est très peu probable que Margaduc n’ait pas été directement le fils de Stater. C’est ce que nous pouvons déduire de preuves chronologiques. Au livre 12 de l’Historia Regum Britanniae, Margaduc apparaît encore actif jusqu’au milieu du VIIe siècle, durant la guerre entre Penda et Oswiu.

Par conséquent, il est évident que Margaduc était un roi assez jeune au moment de sa première apparition, dans le contexte de la bataille de Chester. Stater, quant à lui, est déjà présenté comme l’un des rois les plus éminents et les plus importants de Bretagne au moment du couronnement spécial d’Arthur, de sorte qu’il est peu probable (bien que non impossible) qu’il ait alors été très jeune.

Il n’y a rien d’impossible à ce que Margaduc ait été un fils de Stater, mais la chronologie favorise définitivement la conclusion selon laquelle il était en réalité son petit-fils.

Stater, roi du Dyfed, a-t-il été tiré des généalogies harléiennes ?

L’une des croyances les plus répandues au sujet de Stater est que Geoffroy a tiré ce nom de la lignée des rois du Dyfed figurant dans les généalogies harléiennes. Les « généalogies harléiennes » désignent un recueil de listes de filiation concernant divers royaumes de la Bretagne médiévale, conservé dans le manuscrit Harleian MS 3859. Il s’agit du plus ancien exemplaire survivant d’un tel recueil.

Dans la liste des rois du Dyfed, nous trouvons la liste suivante :

« Maxim gulecic map Protec map Protector map Ebiud map Eliud map Stater map Pincr misser map Constans map Constantini magni. »

Dans cette liste des rois du Dyfed, l’un des noms est « Stater ». On avance donc que Geoffroy a vu qu’il s’agissait d’une liste des rois du Dyfed (c’est-à-dire de la Démétie) et qu’il a par conséquent choisi l’un des noms, pour ainsi dire au hasard, pour l’utiliser comme nom de son fictif roi de Démétie.

Les failles de cet argument

Malgré la popularité de cet argument, il présente de sérieux problèmes. D’abord, remarquez que le nom « Maxim gulecic » vient considérablement après Stater. C’est le nom que la tradition galloise donne à Magnus Maximus.

Geoffroy connaissait bien ce personnage de l’histoire galloise et romaine. Il est inconcevable qu’il n’ait pas reconnu ce nom comme étant celui de Magnus Maximus. C’est d’autant plus invraisemblable que ce même nom apparaît deux listes plus bas dans les généalogies harléiennes, et cette dernière liste précise explicitement qu’il fut celui qui tua Gratien, roi des Romains.

Par conséquent, Geoffroy ne peut tout simplement pas avoir manqué de remarquer que la généalogie mentionnant Stater le situe bien avant l’époque de Magnus Maximus. Il est donc entièrement illogique de conclure que Geoffroy a pris le nom de Stater dans cette liste des généalogies harléiennes et l’a délibérément appliqué au roi de Démétie du temps du roi Arthur.

Si Geoffroy avait parcouru les généalogies à la recherche de noms qu’il pourrait utiliser, il ne peut pas avoir manqué de trouver Aircol ou Triphun. Le fils d’Aircol, Vortipor, apparaît à la fois dans les généalogies harléiennes et dans le récit de Geoffroy.

Il devait savoir que Vortipor était de Démétie, puisque le passage où figure Vortipor s’inspire directement et largement du De Excidio de Gildas, qui associe explicitement Vortipor à la Démétie. Ainsi, si Geoffroy espérait trouver un nom pour le roi de Démétie dans la génération ou les deux générations précédant Vortipor, il aurait logiquement choisi Aircol ou Triphun.

Dès lors, l’utilisation de « Stater » par Geoffroy comme nom de ce roi de Démétie, ou du Dyfed, du temps du roi Arthur, ne peut raisonnablement s’expliquer par un quelconque lien avec les généalogies harléiennes.

La véritable identité de Stater

Existe-t-il un moyen d’identifier qui fut réellement Stater, roi du Dyfed ? Une façon de procéder est d’examiner d’autres récits fondés directement sur la version de Geoffroy et de voir en quoi ils diffèrent.

Dans la plupart des versions ultérieures du récit de Geoffroy de Monmouth, telles que le Brut de Wace ou le Brut de Layamon, Stater du Dyfed n’apparaît pas différemment de ce qu’il est dans la version de Geoffroy elle-même. Il existe cependant une adaptation de l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy qui offre une perspective différente.

Il s’agit du Brut Tysilio. À la différence des autres textes, c’est une source galloise. En de nombreuses occasions, il modifie les noms utilisés par Geoffroy pour les rendre plus familiers aux lecteurs gallois. Certains noms sont simplement présentés sous des formes différentes (comme « Eigr » pour « Igerna »), tandis que d’autres sont entièrement changés (comme « Madoc » pour « Arthgal »).

Dans le cas de Stater, roi du Dyfed, voyez comment il apparaît dans le passage équivalent du Brut Tysilio :

« Et ainsi d’Alban vinrent Aron, fils de Kynvarch, roi de Prydyn ; et Yrien, fils de Kynvarch, seigneur de Reged ; et Kasswallawn Lawhir, seigneur de Gwynedd, et Meyric, roi du Dyfed, et Kattwr, comte de Kerniw. »

Comme nous pouvons le voir, l’Augusel de Geoffroy apparaît sous le nom d’Aron, Urian sous celui d’Yrien, Cadwallo sous celui de Kasswallawn, et Cador sous celui de Kattwr. Bien que différents, leurs noms restent identifiables comme les mêmes (le premier cas étant une déformation particulièrement inhabituelle).

Cependant, dans le cas de Stater, roi du Dyfed, son nom est entièrement différent. Il est donné sous la forme de « Meyric ». C’est hautement significatif. Cela indique que la tradition galloise avait conservé l’information selon laquelle le roi du Dyfed du temps du roi Arthur, que Geoffroy appelait « Stater », se nommait en réalité « Meyric ».

Qui était Meyric, roi du Dyfed ?

Cette information est immensément utile pour établir qui fut réellement Stater, roi du Dyfed. Le nom « Meyric » est une graphie alternative du nom plus communément écrit « Meurig ». On le rencontre aussi sous les formes Mouric ou Meuric.

Dans tous les cas, comment comprendre cette tradition évidente selon laquelle le roi du Dyfed du temps du roi Arthur se nommait Meurig ? Pouvons-nous identifier Meurig dans d’autres sources ?

Jesus College MS 20, folio 35v, montrant le nom de Meurig au centre
Jesus College MS 20, folio 35v, montrant le nom de Meurig au centre

Selon le A Welsh Classical Dictionary de Peter Bartrum :

« il n’existe aucune preuve indépendante, dans l’histoire ou la légende, d’un roi du Dyfed nommé Meurig du temps d’Arthur. »

Cependant, c’est inexact. En réalité, les sources légendaires aussi bien qu’historiques attestent l’existence d’un roi du Dyfed portant ce nom au VIe siècle. Par exemple, ailleurs dans le A Welsh Classical Dictionary, Bartrum lui-même enregistre l’existence d’un récit du XVIIe siècle concernant Myrddin Wyllt, le barde du milieu et de la fin du VIe siècle, qui en fait le petit-fils de Meurig, roi du Dyfed.

S’il n’existe pas de récit légendaire plus ancien mentionnant cela, on voit dès Geoffroy de Monmouth que Myrddin Wyllt, ou Merlin, était associé à la lignée royale du Dyfed. Geoffroy lui-même écrivit, dans la Vita Merlini (Vie de Merlin), ce qui suit au sujet de Merlin :

« Il était roi et prophète ; au peuple orgueilleux des Gallois du Sud il donna des lois. »

En d’autres termes, Merlin était un roi des Gallois du Sud, le peuple que Geoffroy appelle ailleurs les Démétiens, les habitants du pays de Galles du Sud. Par conséquent, bien que cela ne confirme pas l’existence de Meurig, roi du Dyfed, cela montre que la référence du XVIIe siècle à Meurig comme grand-père de Myrddin est cohérente avec cette information plus ancienne.

En fait, même la tradition galloise, indépendamment de Geoffroy de Monmouth, corrobore cela, dans la mesure où elle associe Myrddin Wyllt au Dyfed.

Il ne s’agit pas de Meurig ap Mareddud

Une suggestion est que Stater, en tant que Meurig roi du Dyfed, peut être associé à une figure qui apparaît dans un document généalogique sous le nom de Meurig ap Mareddud. Il s’agit de la généalogie d’une famille du Dyfed, dans le sud-ouest du pays de Galles.

Le problème de cette identification est que Mareddud y est fait le fils d’un certain Predri ap Pliws. Compte tenu de la géographie et des noms, il est raisonnable de conclure que ces noms sont une altération de Pryderi ap Pwyll.

Pryderi est le personnage central des Quatre Branches du Mabinogion. Lui et son père adoptif apparaissent tous deux comme alliés du roi Arthur dans le récit en prose gallois Culhwch et Olwen. Par conséquent, Pryderi ne peut pas avoir été un allié âgé d’Arthur. Il devait être relativement jeune pour que son père soit encore vivant parmi les hommes d’Arthur.

Ainsi, l’idée que son petit-fils, Meurig ap Mareddud, puisse être identifié au Stator historique, roi du Dyfed, au moment du couronnement spécial d’Arthur est parfaitement intenable. En réalité, Arthur est probablement mort alors que ce Meurig était encore un jeune homme.

En outre, rien n’indique que Meurig ap Mareddud ait été un roi éminent. Il n’apparaît pas dans d’autres sources, et même Pryderi, malgré sa prééminence comme personnage central des Quatre Branches, était manifestement un souverain relativement mineur. Les listes des rois du Dyfed ne l’incluent jamais. Lui et son père n’apparemment pas été des rois suprêmes du Dyfed, mais seulement des souverains secondaires.

Cela ne correspond manifestement pas à ce que Geoffroy a écrit sur Stater, roi du Dyfed.

Le véritable territoire de Stater

Comme nous l’avons vu jusqu’ici, les preuves issues du Brut Tysilio et du récit sur l’origine de Myrddin montrent qu’il existait une tradition d’un roi du Dyfed du VIe siècle nommé Meurig. Ce roi était l’un des plus prestigieux de Bretagne à cette époque. Pourtant, il n’apparaît dans aucune des listes de rois du Dyfed. Comment expliquer cela ? Qui fut réellement Stater ?

La clé pour identifier Meurig, et donc le Stater de Geoffroy, est de reconnaître que le terme « Dyfed » ne désigne pas toujours le royaume du sud-ouest du pays de Galles portant ce nom. En réalité, c’est souvent le cas contraire. Nous le voyons dans l’Historia Regum Britanniae elle-même. Au livre 4, Geoffroy écrit :

« Claude y consentit, et ordonna qu’une ville fût bâtie, qui, d’après son nom, est appelée Kaerglou, c’est-à-dire Gloucester, jusqu’à ce jour, et qui est située aux confins de la Dimétie et de la Loegrie, sur les rives de la Severn. »

D’après ce passage, la ville de Gloucester était « située aux confins de la Dimétie et de la Loegrie, sur les rives de la Severn ». La Dimétie est bien sûr la Démétie, tandis que la Loegrie est le terme utilisé par Geoffroy pour désigner le territoire correspondant globalement à l’Angleterre.

Cette description suppose que la Démétie soit contiguë à l’Angleterre. Plus précisément, elle doit l’être dans la région du fleuve Severn. Qu’est-ce que cela montre ? Cela montre que le terme « Démétie » était parfois utilisé pour désigner le pays de Galles du Sud dans son ensemble, et pas seulement le royaume du Dyfed dans le sud-ouest du pays de Galles.

Cela ressort aussi clairement du fait que Geoffroy écrit expressément que Stater était le « roi des Démétiens, ou hommes du pays de Galles du Sud ». Geoffroy indique donc clairement qu’il utilise l’expression « Démétie » pour désigner le pays de Galles du Sud dans son ensemble.

Des preuves issues d’autres sources

Bien entendu, si cette explication devait également s’appliquer au Brut Tysilio et au récit du XVIIe siècle concernant Myrddin, il nous faudrait des preuves que cet usage ne se limitait pas au seul Geoffroy de Monmouth. De telles preuves existent-elles ?

Dans le document appelé Cognacio Brychan, nous trouvons la déclaration liminaire suivante :

« La famille de Brychan, de qui fut nommé Brecheyniawc, une partie de la Démétie, c’est-à-dire le pays de Galles du Sud. »

Comme nous pouvons le voir ici, « Démétie » est employé comme synonyme du pays de Galles du Sud dans son ensemble, et Brycheiniog (qui se trouve dans le sud-est du pays de Galles) est expressément dit avoir été en son sein.

Nous observons le même phénomène dans la Vie de saint Cadoc, où le royaume de Glywysing (correspondant à l’actuel Glamorgan, dont la majeure partie se trouve dans l’angle sud-est du pays de Galles) est décrit comme étant dans la région appelée Dyfed.

Par conséquent, il ne peut faire aucun doute que les termes « Dyfed » et « Démétie » pouvaient être utilisés pour désigner le pays de Galles du Sud en général, et pas seulement le royaume du sud-ouest du pays de Galles.

Lorsque nous élargissons nos recherches sur Stater, ou Meurig, aux royaumes du sud-est du pays de Galles, que trouvons-nous ?

Carte montrant les royaumes du sud-est du pays de Galles
Carte montrant les royaumes du sud-est du pays de Galles
Meurig ap Tewdrig

La solution évidente au mystère de Stater, roi du Dyfed, est qu’il peut être identifié au roi Meurig ap Tewdrig. Il régnait sur le Glywysing et le Gwent, et il a peut-être exercé une souveraineté sur l’Ergyng (correspondant à une grande partie du Gloucestershire et du Herefordshire) grâce à son mariage avec Onbrawst d’Ergyng.

Autrement dit, Meurig était le roi d’un vaste royaume, la totalité du sud-est du pays de Galles. Celui-ci rivalisait avec, et dépassait probablement, la taille du royaume voisin du Dyfed, à l’ouest.

Meurig ap Tewdrig apparaît dans de nombreuses sources. Il figure dans pratiquement toutes les généalogies des rois de ce territoire, ainsi que dans le Book of Llandaff et les chartes de Llancarfan. Celles-ci montrent qu’il était un grand roi de la région.

Quand vécut Meurig ap Tewdrig ?

La principale objection à cette identification est le fait que Meurig ap Tewdrig est souvent placé par les chercheurs modernes au VIIe siècle, sa naissance se situant peut-être à la fin du VIe siècle. Inutile de dire que cela exclurait la possibilité qu’il fût le Meurig roi du Dyfed, le Stator du récit de Geoffroy.

Cependant, sur quoi repose cette date tardive ? Résiste-t-elle à l’examen, ou la date plus traditionnelle, plus ancienne d’environ un siècle, s’accorde-t-elle mieux avec les faits disponibles ?

Les fondements de la chronologie tardive

Le principal fondement de la chronologie tardive de cette dynastie est une référence des Annales Cambriae à la mort d’un certain Ffernfael ap Ithel en 775. On sait que Meurig a eu un arrière-arrière-petit-fils nommé Ffernfael ap Ithel. Sur cette base, de nombreux chercheurs estiment que cette date des Annales Cambriae peut servir à établir celle de Meurig.

En remontant quatre générations pour parvenir à la naissance de Meurig, en utilisant une moyenne de vingt-cinq ans par génération et en supposant que Ffernfael soit mort de vieillesse, nous voyons que cela situerait la naissance de Meurig vers 600.

Le problème de cet argument est qu’il repose sur une preuve unique. S’il n’est pas déraisonnable d’identifier un Ffernfael ap Ithel à l’autre, il serait en revanche déraisonnable de supposer que cette identification est définitive et de l’utiliser pour rejeter le poids de plusieurs autres preuves bien plus directes qui la contredisent.

L’un des chercheurs les plus récents et les plus notables à avoir proposé cette identification est Patrick Sims-Williams, qui l’a réaffirmée dans sa publication de 2019, The Book of Llandaf as a Historical Source. Cependant, il a lui-même reconnu que cette identification ne peut être tenue pour définitive. Il va jusqu’à faire remarquer que les deux noms, « Ffernfael » et « Ithel », étaient répandus dans cette dynastie, de sorte qu’il existe une possibilité réelle que des répétitions de cette paire de noms aient pu se produire.

Par coïncidence, les généalogies du manuscrit Harleian MS 3859 montrent qu’un descendant de Ffernfael ap Ithel, plusieurs générations plus tard, se nommait lui aussi Ithel. Aurait-il pu avoir un fils nommé Ffernfael, un nom répandu dans cette dynastie ? C’est tout à fait possible.

Les fondements de la chronologie précoce

Les fondements de la chronologie tardive, comme nous l’avons vu, ne sont pas très solides. Mais existe-t-il des preuves qui la contredisent expressément ?

Dans la Vie de saint Oudoceus, le roi Budic de Bretagne est dit avoir eu un fils assez tardif nommé Oudoceus. Comme ce Budic était né vers 500 (selon le A Welsh Classical Dictionary de Peter Bartrum), cela situerait vraisemblablement la naissance d’Oudoceus vers 540.

Ce récit hagiographique explique qu’Oudoceus succéda directement à Teilo comme évêque de Llandaff immédiatement après la peste jaune. Cela se serait donc vraisemblablement produit vers 570. Dans ce récit, Meurig est présenté comme le roi régnant, avec au moins deux fils adultes à ses côtés. Par conséquent, la Vie de saint Teilo situe fermement la naissance de Meurig dans la première moitié du VIe siècle, sinon plus tôt.

Les chartes du Book of Llandaff montrent de la même manière Oudoceus succédant immédiatement à Teilo, et Meurig comme contemporain du début de la tenure d’Oudoceus.

Une autre preuve explicite provient de la Vie de saint Cadoc, qui identifie Tewdrig, le père de Meurig, à Tewdrig, l’arrière-arrière-grand-père de Cadoc. Comme la naissance de Cadoc est universellement placée autour du début du VIe siècle, cela situe clairement la naissance de Meurig avant cette date.

L’épouse de Meurig apporte également une confirmation indépendante de cela. C’était Onbrawst, la fille de Gwrgan ap Cynfyn ap Peibio. Ce même Peibio apparaît comme le grand-père de Dubricius, un évêque dont la naissance est généralement placée par les chercheurs vers 465.

Dubricius et Gwrgan étant cousins germains, ils seraient vraisemblablement nés à peu près à la même époque, en l’absence de toute raison de penser autrement. Dès lors, la fille de Gwrgan, Onbrawst, serait probablement née dans le dernier quart du Ve siècle, ce qui indique que son mari, Meurig, est probablement né à la même période approximative.

Sur la base de cela et de nombreuses autres preuves, le règne de Meurig peut être fermement situé au milieu du VIe siècle. Par conséquent, Meurig ap Tewdrig correspond parfaitement, sur le plan chronologique, au Stater de Geoffroy, roi du Dyfed du temps du roi Arthur.

Meurig ap Tewdrig était-il assez puissant pour avoir été Stater, roi du Dyfed ?

Cependant, nous devons également garder à l’esprit que le récit de Geoffroy présente Stater comme exceptionnellement puissant, au même niveau qu’Arawn du Nord, Cadwallon de Gwynedd et Cado, roi de Dumnonia. Peut-on réellement dire cela de Meurig ap Tewdrig ?

Partie des ruines médiévales de Dinas Powys
Partie des ruines médiévales de Dinas Powys

Meurig, comme nous l’avons vu, était le roi de tout le sud-est du pays de Galles. C’était le principal domaine d’activité de Dubricius, dont la tradition galloise se souvient comme de la principale autorité religieuse de Bretagne au temps d’Arthur. C’était aussi l’emplacement de l’école d’Illtud à Llanilltud Fawr, le centre d’éducation religieuse et profane de cette époque.

L’archéologie a également révélé que Dinas Powys, une forteresse située en plein cœur du royaume de Meurig, était manifestement une résidence royale présentant des traces de richesses surpassant celles de toute autre région du pays de Galles aux VIe et VIIe siècles.

Par conséquent, toutes les preuves indiquent que le sud-est du pays de Galles était exceptionnellement puissant durant le règne de Meurig.

Concernant son père, Tewdrig, le Book of Llandaff affirme qu’il mettait toujours ses ennemis en fuite et que les Saxons le craignaient. Une autre source, la Vie de saint Gwinear, affirme que Tewdrig déposa un roi jusqu’en Bretagne armorique et en installa un autre à sa place.

À la lumière de toutes ces preuves, il est clair que Meurig ap Tewdrig était définitivement assez puissant pour figurer dans la même catégorie qu’Arawn, Cadwallon et Cado.

Pourquoi Meurig était-il connu sous le nom de Stater ?

Sur la base des points exposés ci-dessus, nous pouvons identifier avec confiance le Stater de Geoffroy au Meurig ap Tewdrig historique. Cela laisse toutefois ouverte la question de savoir pourquoi Geoffroy appelle ce roi Stater au lieu de l’appeler simplement Meurig.

Comme nous l’avons vu plus haut, la suggestion selon laquelle Geoffroy aurait tiré le nom « Stater » de la liste des rois du Dyfed n’est pas viable. En revanche, l’observation selon laquelle il provient d’un titre romain est sûrement correcte. Il semble s’agir d’une forme de « stator ». Qu’était donc un stator pour les Romains ?

Un stator était un officier qui servait d’huissier auprès d’un magistrat. Ils servaient souvent de messagers pour ces magistrats. L’étymologie du mot « stator » renvoie au fait de se tenir debout, évoquant l’idée d’un serviteur se tenant aux côtés de la personne qu’il sert.

Pourquoi, alors, le roi Meurig était-il considéré comme un stator ? La réponse semble résider dans le fait que l’ensemble des preuves concernant Arthur, y compris celles provenant de Geoffroy de Monmouth lui-même, situe Arthur dans le pays de Galles du Sud, le territoire que Geoffroy attribue également à Stater.

La cérémonie de couronnement spéciale à laquelle apparaît Stater est présentée par Geoffroy comme s’étant déroulée à Caerleon-sur-Usk, une importante ville romaine du sud-est du pays de Galles. Celle-ci est présentée implicitement comme la capitale d’Arthur. Diverses autres sources, latines aussi bien que galloises, situent Arthur dans cette même région.

Par conséquent, les preuves soutiennent fortement la conclusion selon laquelle le royaume d’Arthur était le pays de Galles du Sud, vraisemblablement le sud-est plutôt que le sud-ouest. Or, Geoffroy attribue ce même territoire à Stater.

Si Arthur était le roi suprême, alors Stater se trouvait logiquement dans une position de subordination à son égard. C’est peut-être pour cette raison qu’il était un « huissier auprès d’un magistrat ». Nous savons, par les pierres gravées, que les titres romains étaient encore en usage au VIe siècle, même si nous ne savons pas comment ils étaient utilisés. Il se peut qu’Arthur ait été considéré comme une sorte de magistrat, dans la mesure où il était un souverain de type romain régnant sur un vaste territoire de Bretagne.

Ainsi, un roi qui le représentait et servait comme une sorte de messager a pu être considéré comme son stator.

Meurig comme stator d’Athrwys

Bien que Geoffroy présente Stater comme se tenant devant Arthur pendant la cérémonie du couronnement, et bien qu’il suggère qu’ils faisaient tous deux partie du même gouvernement, rien ne place de manière définitive Meurig dans la position d’un stator, c’est-à-dire de quelqu’un qui assiste un souverain romain ou sert de messager auprès de lui.

Cependant, lorsque nous examinons les sources concernant Meurig ap Tewdrig, nous trouvons quelque chose qui pourrait bien correspondre. Son fils, Athrwys, est un candidat populaire au titre de roi Arthur historique. En plus de provenir d’un royaume puissant et de vivre à la même époque et au même endroit qu’Arthur, il avait de nombreux membres de sa famille qui semblent correspondre à la famille légendaire d’Arthur.

Pour plus de preuves de cette identification, voir l’article : Was Athrwys son of Meurig the Real King Arthur? (Athrwys, fils de Meurig, était-il le véritable roi Arthur ?)

Dans la liste des témoins de l’une des donations de terres consignées dans le Book of Llandaff, nous trouvons la description suivante de Meurig :

« Le roi Mouric, au nom de son fils Athruis. »

Comme nous pouvons le voir, Meurig est dit avoir effectué la donation de terre au nom d’Athrwys. Autrement dit, il servit de représentant, supervisant l’attribution de la terre à la place d’Athrwys. Cela correspond bien au concept de stator, quelqu’un qui servait d’huissier auprès d’un magistrat, habituellement en qualité de messager.

Fait intéressant, il s’agit de la seule donation de terre effectuée au nom d’autrui dans le Book of Llandaff, ce qui suggère qu’il ne s’agissait pas d’un arrangement courant.

Cela signifie apparemment que Meurig et Arthur avaient un arrangement exceptionnel dans lequel le premier accomplissait certaines tâches à la place du second. Si nous acceptons la théorie selon laquelle Athrwys fut le roi Arthur historique, cela expliquerait alors pourquoi Meurig est décrit comme Stater, roi du pays de Galles du Sud, dans le récit de Geoffroy de Monmouth.

Conclusion

En conclusion, Geoffroy de Monmouth désigne Stater comme le roi du Dyfed du temps d’Arthur. Il est présenté comme l’un des rois les plus puissants et les plus prestigieux de son époque. Contrairement à ce qui a parfois été affirmé, les preuves suggèrent que Geoffroy n’a pas tiré ce nom des généalogies harléiennes.

Il est plutôt probable que le nom « Stater » provienne de sa charge. Il semble avoir servi de stator à Arthur, c’est-à-dire d’huissier ou de messager officiel, au sens de représentant, puisque lui comme Arthur régnaient sur le pays de Galles du Sud. Le Brut Tysilio montre que son nom personnel était en réalité Meurig, et la seule correspondance possible pour cette figure est Meurig ap Tewdrig.

Sources

Bartrum, Peter, A Welsh Classical Dictionary, 1993

Bromwich, Rachel, Trioedd Ynys Prydein: The Triads of the Island of Britain, 2014

Sims-Willians, Patrick, The Book of Llandaf as a Historical Source, 2019

Ashley, Mike, A Brief History of King Arthur, 2013

Howells, Caleb, King Arthur: The Man Who Conquered Europe, 2019

https://brill.com/display/book/edcoll/9789004410398/BP000013.xml?language=en

https://www.celticchristianity.infinitesoulutions.com/Book_of_Llandaff_source.html

https://www.perseus.tufts.edu/hopper/text?doc=Perseus:text:1999.04.0062:entry=stator-harpers

Par Caleb Howells

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