Aller au contenu

La bataille de la Cité de la Légion

Par Caleb Howells

Dans les légendes arthuriennes, la bataille de la Cité de la Légion fut l’une des batailles menées par le roi Arthur contre les Anglo-Saxons. Cette bataille présente un intérêt particulier pour les chercheurs spécialisés dans la période arthurienne, car elle apparaît dans le premier récit décrivant la carrière d’Arthur, alors que de nombreux spécialistes affirment qu’elle fut empruntée à des documents relatifs à une bataille qui, à l’origine, n’était pas du tout attribuée à Arthur. C’est pourquoi elle intervient souvent dans les discussions sur l’historicité d’Arthur lui-même. Que nous apprennent réellement les documents disponibles sur la bataille de la Cité de la Légion ? Et quelles sont les théories concurrentes à son sujet ?

Reconstitution de l'amphithéâtre romain de Caerleon
Reconstitution de l'amphithéâtre romain de Caerleon, Auteurs de l'ouvrage : Wheeler, Mortimer, 1890-1976; Nash Williams, V.E. (Victor Erle ) 1, Domaine public, via Wikimedia Commons

Qu’était la bataille de la Cité de la Légion ?

La bataille de la Cité de la Légion fut la neuvième des douze célèbres batailles d’Arthur contre les Anglo-Saxons. Depuis environ 430, ces nations germaniques conquéraient une part toujours plus grande de la Bretagne. Arthur mena contre elles une contre-offensive, et la bataille de la Cité de la Légion fut l’une de ces batailles.

Cette bataille eut lieu en un endroit appelé la Cité de la Légion. Puisqu’elle s’est déroulée dans une ville, il pourrait bien s’agir d’un siège, bien que la source qui mentionne cette bataille ne le dise pas explicitement. À la différence de la majorité des batailles d’Arthur, il n’existe pas beaucoup de sites différents qui aient été proposés comme lieu de cette bataille. La plupart des chercheurs la situent soit à Chester, soit à Caerleon.

D’autres documents attestent qu’une bataille eut lieu à Chester vers 616. Pour cette raison, de nombreux spécialistes ont tenté de soutenir que la bataille arthurienne de la Cité de la Légion fut tirée de documents relatifs à ce conflit historique, appliquée de façon anachronique à Arthur.

Pour cette raison, celle-ci constitue l’un des exemples les plus couramment utilisés de prétendues preuves que le plus ancien récit de la carrière d’Arthur est dénué d’historicité. Naturellement, la validité de cet argument fait l’objet de nombreux débats.

L'amphithéâtre romain, Deva Victrix (Chester, Royaume-Uni)
L'amphithéâtre romain, Deva Victrix (Chester, Royaume-Uni), Carole Raddato from FRANKFURT, Germany, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

La bataille de la Cité de la Légion dans l’Historia Brittonum

La bataille de la Cité de la Légion est mentionnée dans l’Historia Brittonum, dans le plus ancien récit conservé de la carrière d’Arthur. Ce document fut rédigé vers 830. Voici ce que dit ce récit de cette bataille :

« Alors ce fut que le magnanime Arthur, avec tous les rois et la force militaire de la Bretagne, combattit les Saxons. Et bien qu’il y en eût beaucoup de plus nobles que lui, il fut douze fois choisi pour commandant, et il fut aussi souvent vainqueur… La neuvième fut à la Cité de la Légion. »

Selon ce bref récit, Arthur conduisit une alliance de rois et de chefs militaires dans une bataille contre les Saxons à la « Cité de la Légion ». Avec l’affirmation qu’Arthur fut victorieux, voilà toute l’information fournie par ce récit. Certaines traductions ajoutent la mention « qui est appelée Cair Lion » – donnant le nom gallois de ce champ de bataille – mais cela ne semble pas avoir figuré dans l’original.

Musée des thermes romains, Caerleon
Musée des thermes romains, Caerleon, Pwimageglow (talk), Domaine public, via Wikimedia Commons

La bataille de la Cité de la Légion dans les sources postérieures

La bataille de la Cité de la Légion ne fait l’objet d’aucune attention particulière dans les sources arthuriennes postérieures. Elle est mentionnée en ce sens que les douze batailles d’Arthur contre les Saxons sont toutes mentionnées par les auteurs ultérieurs, mais elle ne reçoit généralement aucun traitement spécial. Une exception possible est l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, comme nous allons le voir brièvement.

Bien entendu, si la théorie selon laquelle cette bataille serait identique à la bataille historique de Chester vers 616 est exacte, alors il existe en réalité de nombreux documents postérieurs qui font référence à ce conflit précis, comme les Annales Cambriae du dixième siècle. Cependant, cette théorie est sujette à débat.

L’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth

Vers 1137, Geoffroy de Monmouth rédigea l’Historia Regum Britanniae, présentant un récit complet de la carrière d’Arthur. Dans la section consacrée aux guerres saxonnes d’Arthur, plusieurs des douze batailles de l’Historia Brittonum sont mentionnées, mais pas toutes. À première vue, il semble que Geoffroy ait entièrement omis la bataille de la Cité de la Légion.

Loin de signifier que le récit de Geoffroy est nécessairement dénué d’historicité ou incompatible avec l’Historia Brittonum, il existe au moins deux façons d’harmoniser les deux récits de la carrière d’Arthur.

En route vers Badon

Premièrement, considérons ce que Geoffroy nous dit des activités d’Arthur. Il mentionne la bataille de la forêt de Celidon, que les éléments d’appréciation suggèrent fortement qu’elle se situait dans le sud de la Bretagne, et non dans le nord. Arthur y aurait vaincu complètement l’armée saxonne. Il se rendit ensuite combattre les Pictes en Écosse.

En chemin vers le territoire des Pictes, il aurait pu livrer la bataille du fort de Guinnion, même si Geoffroy ne la mentionne pas spécifiquement. Il existe d’autres exemples de batailles omises par Geoffroy dont nous savons qu’elles eurent réellement lieu. Le fort de Guinnion peut vraisemblablement être identifié au fort romain de Binchester, sur la grande voie romaine menant vers le nord en Écosse.

Pendant qu’Arthur s’y trouvait, les Saxons commencèrent à assiéger Badon, que Geoffroy situa dans le sud-ouest. Arthur abandonna alors son conflit avec les Pictes et se précipita vers le sud. Là encore, bien que Geoffroy ne le mentionne pas, Arthur aurait pu livrer un autre affrontement avec les Saxons en route vers Badon. En se dirigeant du nord vers le sud-ouest de la Bretagne, Arthur aurait aisément pu passer par l’un des sites populaires identifiés comme la Cité de la Légion.

Il y a par exemple Chester, près de la frontière du nord-est du pays de Galles. Ou, plus au sud, il y a Caerleon, dans le sud-est du pays de Galles. Il aurait pu passer par l’un ou l’autre de ces lieux en se dirigeant vers Bath (où Geoffroy situe Badon) ou Mynydd Baedan (le lieu le plus probable de Badon). Ou encore, s’il emprunta un itinéraire plus oriental, les voies romaines l’auraient mené près d’York, autre lieu populaire pour la Cité de la Légion.

Hors de l’ordre chronologique

Il existe une autre manière d’harmoniser le récit de Geoffroy avec l’Historia Brittonum antérieure. Cette théorie soutient que Geoffroy a en réalité bel et bien mentionné la bataille de la Cité de la Légion dans sa version de la carrière d’Arthur.

Cette théorie repose sur l’idée que l’Historia Brittonum ne présentait pas nécessairement les douze batailles dans l’ordre chronologique. Le fondement de cette théorie est le fait que le passage concernant ces douze batailles semble avoir été tiré d’un poème de bataille, selon certains des spécialistes les plus autorisés sur cette période.

Cela étant, il est tout à fait vraisemblable que certains sites de batailles aient été déplacés pour permettre des rimes correctes, pour les besoins du poème. Par conséquent, il se pourrait que la bataille de la Cité de la Légion ait en réalité eu lieu avant la bataille de la forêt de Celidon, et non après.

Fait intéressant, Geoffroy de Monmouth présente précisément Arthur comme combattant les Saxons en l’un des lieux les plus populaires identifiés comme la véritable Cité de la Légion. Après avoir mentionné l’une des batailles sur le fleuve Dubglas, Geoffroy nous apprend qu’Arthur poursuivit les Saxons jusqu’à York.

Puisqu’York est l’un des lieux les plus populaires pour la Cité de la Légion (après Chester et Caerleon), ce siège pourrait très plausiblement être la bataille mentionnée dans l’Historia Brittonum.

Les problèmes de cette théorie

Un problème potentiel de cette explication est que l’Historia Brittonum qualifie simplement l’événement de bataille, et non de siège. Cependant, il en va de même pour Badon, alors que nous savons par le récit quasi contemporain de Gildas que Badon fut un siège plutôt qu’une simple bataille. Par conséquent, cette objection ne tient pas.

Une objection plus significative est le fait que Geoffroy de Monmouth ne présente pas ce siège d’York comme une victoire d’Arthur. En réalité, Arthur finit par abandonner le siège à la nouvelle de l’approche d’une importante armée de renforts saxons.

Cependant, Geoffroy nous dit bien qu’Arthur envoya une armée affronter une précédente vague de renforts saxons à quelques miles de la ville pendant le siège, ce qui fut une victoire brittonique indéniable. Cet engagement victorieux fit partie du siège d’York au sens large, de sorte qu’il pourrait plausiblement avoir été remémoré comme « la bataille de la Cité de la Légion ».

Néanmoins, il n’existe aucune preuve décisive confirmant cette théorie. Il est donc impossible d’affirmer avec certitude si ce siège d’York fut réellement la bataille de la Cité de la Légion, ou si cette bataille eut lieu en route vers Badon, ou même ailleurs dans la carrière d’Arthur.

Musée des thermes romains, stèle d'un cavalier
Musée des thermes romains, stèle d'un cavalier, Ad Meskens, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Où se trouvait la Cité de la Légion ?

Comme pour les sites des onze autres batailles, l’emplacement de la Cité de la Légion a fait l’objet de vifs débats. Cependant, la majorité des chercheurs identifient cette ville à Chester ou à Caerleon, York étant également une identification populaire.

Caerleon

Caerleon, dans le sud-est du pays de Galles, est l’un des deux seuls endroits de Bretagne dont on sait avec certitude qu’ils furent appelés par un nom qui se traduit par « Cité de la Légion ». Elle portait ce nom car, pendant de nombreuses années de la Bretagne romaine, elle abrita la Legio II Augusta.

Il existe même des indices qu’elle était connue sous ce nom dès l’époque arthurienne elle-même. Dans le De Excidio, rédigé par Gildas au sixième siècle, il est fait référence au martyre de Julius et Aaron dans la « Cité des Légions ». La tradition ultérieure les situe à Caerleon, au pays de Galles. Par exemple, leur lieu de martyre apparaît dans le registre du Liber Landavensis (Book of Llandaff), du douzième siècle.

De plus, Geoffroy de Monmouth lui-même fait référence à la « Cité des Légions » à plusieurs reprises. Il indique clairement qu’il veut dire Caerleon, en l’identifiant au siège de l’évêque Dubricius, figure historique du sud-est du pays de Galles.

Par ailleurs, cet endroit est très proche de Mynydd Baedan, le lieu probable du mont Badon. Cela appuie l’idée qu’une bataille aurait pu s’y dérouler, peut-être en prélude à la bataille du mont Badon.

Sur ces bases, certains chercheurs soutiennent avec fermeté que Caerleon est le lieu visé dans la liste des batailles de l’Historia Brittonum.

Les objections à cet emplacement

Malgré la simplicité apparente de cette théorie, elle n’est pas sans problèmes. D’abord, elle apparaît le plus couramment sous la forme « Caerleon-upon-Usk », plutôt que « Caerleon » seul. C’est parce que la ville de Chester était également connue sous le même nom, de sorte que la ville du sud-est du pays de Galles fut désignée par « -upon-Usk » pour la distinguer de Chester (l’Usk est une rivière du sud-est du pays de Galles).

Nous voyons par exemple cette distinction dans l’Historia Brittonum elle-même. Dans la liste des villes, nous trouvons « Cair Legion » et « Cair Legeion Guar Usic ». Sur cette base, certains ont soutenu que Caerleon n’aurait pas été désignée dans la liste des batailles simplement par la « Cité de la Légion ».

Cependant, ce n’est pas là une objection solide. D’une part, si nous admettons que la « Cité des Légions » de Gildas désigne Caerleon – ce que soutient la tradition ultérieure –, alors cela prouve que Caerleon était parfois connue sous ce nom sans le « -upon-Usk » distinctif. Il est vrai que cette identification est en elle-même controversée.

Plus significativement, si la liste des batailles de l’Historia Brittonum provenait à l’origine d’un poème, alors le nom de ce champ de bataille aurait logiquement été ajusté pour produire la rime. Le compositeur avait besoin qu’elle rime avec le « Guinnion » précédent, ce qui signifiait qu’il devait terminer ce vers par « Legion » plutôt que par « Usk ».

Peut-être la meilleure objection à cette identification est-elle le fait que la référence de Gildas au martyrium de Julius et Aaron dans la « Cité des Légions » implique que celui-ci était inaccessible à lui et à ses compatriotes brittons au moment où il écrivait. Cela ne saurait sûrement pas s’appliquer à Caerleon au sixième siècle. Cela suggère que la Cité des Légions de Gildas se trouvait quelque part plus à l’est.

Cependant, tous les spécialistes n’interprètent pas la référence de Gildas de la même façon. Certains soutiennent qu’il voulait simplement dire que le martyrium avait été détruit. Cela irait en réalité assez bien avec la théorie selon laquelle Caerleon aurait été le théâtre d’une bataille contre les Saxons. D’un autre côté, certains spécialistes soutiennent que la Cité des Légions de Gildas ne peut être ni Caerleon ni la Cité de la Légion de la liste des batailles d’Arthur, au motif que Gildas emploie le pluriel « Légions » plutôt que le singulier « Légion ».

En réalité, il n’existe aucune raison pour laquelle Caerleon n’aurait absolument pas pu être la Cité de la Légion de la liste des batailles de l’Historia Britonnum. La plus grande objection est simplement que ce n’est pas le site le plus logique en soi, eu égard aux raisons examinées ici.

Chester

Un emplacement plus logique en soi est Chester. Comme Caerleon, cette ville était directement connue par un nom qui se traduit par « Cité de la Légion ». À la différence de Caerleon, elle ne reçut aucun élément toponymique distinctif ; elle était simplement appelée « Cair Legion », comme on le voit dans la liste des villes de l’Historia Brittonum.

La raison pour laquelle elle portait ce nom est qu’elle fut la base de la Legio II Adiutrix. Tout comme pour Caerleon, cette forteresse légionnaire permanente conduisit cette ville à être connue au Moyen Âge sous le nom de Cité de la Légion, ou « Cair Legion ». Aujourd’hui, en gallois, elle est connue simplement sous le nom de « Caer », tandis qu’en anglais elle est connue simplement sous le nom de « Chester » (l’équivalent exact anglais du mot gallois « caer »). Elle était anciennement connue sous le nom de « Legacaestir » en anglais, bien que le premier élément finît par être abandonné.

En outre, les Annales Cambriae – une chronique du dixième siècle provenant du pays de Galles – mentionnent « Urbis Legion » dans une entrée largement comprise comme se référant à Chester. C’est une correspondance pratiquement parfaite avec la « Cité de la Légion » de l’Historia Brittonum, appelée « Urbe Legionis ».

Sur la base de ces indices linguistiques clairs, la grande majorité des spécialistes considèrent que Chester est la Cité de la Légion mentionnée dans la liste des batailles arthuriennes. Beaucoup d’entre eux affirment qu’il s’agit d’une quasi-certitude.

Un élément d’appréciation supplémentaire, qui n’a par ailleurs pas été reconnu, est que cela s’insèrerait fort bien dans le récit de l’Historia Regum Britanniae. En revenant à l’idée que la bataille de la Cité de la Légion fut une bataille non mentionnée qui eut lieu en route vers Badon depuis le territoire des Pictes, Arthur serait très plausiblement passé devant Chester.

Les objections à cette théorie

Malgré l’apparence étanche de cette identification, il existe quelques problèmes. D’abord, il n’existe aucune preuve définitive que l’« Urbis Legion » des Annales Cambriae doive être identifiée à Chester. Il pourrait tout aussi bien s’agir de Caerleon, ou éventuellement d’un autre endroit. Il est notable que les Annales Cambriae donnent en réalité un nom légèrement différent pour Chester quelques entrées plus loin, en décrivant la bataille de Chester. Là, ce document l’appelle « Caer Legion ».

Si « Urbis Legion » était réellement Chester, pourquoi le rédacteur des Annales Cambriae l’aurait-il désignée par un nom différent quelques entrées plus loin ? Cette objection affaiblit sérieusement la correspondance linguistique censée parfaite entre Chester et la Cité de la Légion de l’Historia Brittonum.

Une autre objection à cette théorie est qu’elle ne semble pas correspondre à la référence de Gildas à la Cité des Légions, tout comme Caerleon n’y correspond pas non plus. Il n’existe aucune preuve que Chester se trouvait en territoire anglo-saxon dès l’époque où Gildas écrivait.

Cela signifie que Chester ne fut pas réellement la première ville attestée à être connue par un nom ayant pu produire l’« Urbe Legionis » de l’Historia Brittonum. En réalité, c’était la ville à laquelle Gildas faisait référence.

York

York n’est pas aussi favorisée que Caerleon ou Chester comme identification de la Cité de la Légion, mais elle a ses partisans. Par exemple, des spécialistes comme P. J. C. Field, Linda Malcor et Daniel Hunt ont soutenu cette identification.

Bien qu’elle ne soit jamais directement attestée comme « la Cité de la Légion » ou « Cair Legion » dans des références non ambiguës, la raison de supposer qu’elle aurait pu être appelée ainsi est suffisamment claire. Dans la Bretagne romaine, il y avait trois forteresses légionnaires permanentes. L’une était à Chester, l’une à Caerleon et l’une à York.

Si Chester et Caerleon en sont venues toutes deux à être connues comme la « Cité de la Légion » en raison de leur ancien statut de forteresses légionnaires, alors il en va sûrement de même pour York. Tel est l’argument avancé par les partisans de cette théorie.

De surcroît, York continua de fonctionner comme forteresse légionnaire permanente longtemps après le retrait des légions de Caerleon et de Chester. Il semble que la légion de Caerleon fut retirée à un moment du troisième siècle, tandis que celle de Chester semble avoir été retirée au quatrième siècle.

En revanche, la légion d’York semble y être restée jusqu’à vers l’an 400. Elle aurait donc été la « Cité de la Légion » la plus récente pour tout rédacteur de l’époque post-romaine.

Arguments stratégiques

On comprend aisément l’attrait de cette identification. Caerleon et Chester (cette dernière en particulier) se trouvaient toutes deux assez loin des activités anglo-saxonnes durant la première moitié du sixième siècle. Cela ne veut pas dire qu’il aurait été impossible que la bataille eût lieu à l’un ou l’autre de ces endroits. Cependant, Chester surtout aurait exigé une marche de plusieurs jours depuis le territoire anglo-saxon.

En revanche, on sait qu’York était entre les mains anglo-saxonnes avant le milieu du sixième siècle, comme l’a montré l’archéologie. Elle se trouvait également dans la même partie du pays que certaines des batailles d’Arthur identifiées avec le plus de confiance.

Par exemple, au sein du territoire délimité par la rivière Glen dans le Lincolnshire au sud et Binchester au nord, York se trouve juste au milieu. Cela en fait immédiatement une identification plus attrayante que Caerleon ou Chester, lesquelles sont bien loin de ce qui apparaît comme la zone centrale des batailles saxonnes d’Arthur.

Importance politique

En outre, York était une ville extrêmement importante. Durant l’époque romaine, York fut un grand centre administratif. Outre son statut de forteresse légionnaire permanente, elle fut la capitale de la Britannia Inferior, la partie de la Bretagne romaine correspondant au nord de l’Angleterre et aux Midlands. Elle était la plus grande ville de toute cette région. En fait, dans toute la Bretagne, elle n’était surpassée en importance que par Londres. Elle finit par recevoir le statut de colonia, le rang le plus élevé auquel une ville romaine pouvait prétendre.

Que York continua d’occuper une position importante à l’époque post-romaine ressort de l’Historia Brittonum. En mentionnant le roi anglien Ida, prétendu fondateur du royaume de Bernicia, le texte précise qu’il fut roi à « Cair Ebrauc », c’est-à-dire York.

Considérons l’importance extrême d’York à l’époque romaine, et manifestement aussi à l’époque post-romaine, conjointement au fait qu’elle se trouve en plein cœur du territoire délimité par plusieurs batailles arthuriennes fermement localisées. Cela étant, il serait étonnant qu’Arthur n’ait pas livré bataille contre York pendant sa campagne saxonne.

Les indices de la tradition arthurienne

Comme nous l’avons déjà vu, Geoffroy de Monmouth décrit explicitement Arthur levant un siège contre York. Il envoya une partie de son armée défaire des renforts saxons en approche, ce qui fut une victoire brittonique. Même si le siège lui-même ne fut pas un succès éclatant selon l’HRB, cela n’empêche pas qu’il figure dans la liste des batailles de l’Historia Brittonum.

Après tout, les Hanes Gruffydd ap Cynan affirment que la première des douze batailles d’Arthur fut une défaite brittonique, en contradiction avec ce que dit l’Historia Brittonum. Par conséquent, le fait qu’une tradition postérieure présente le siège d’York par Arthur comme n’ayant pas été une victoire décisive ne signifie pas qu’il ne peut être identifié à l’une des batailles de la liste de l’Historia Brittonum. Et comme cela a déjà été mentionné, la défaite des renforts saxons en approche a fort bien pu être considérée comme faisant partie du même conflit.

Samson d’York

De plus, Geoffroy de Monmouth nomme l’archevêque d’York Samson, en disant qu’il fut expulsé par les envahisseurs saxons. Un peu plus loin dans son récit, il mentionne Samson de Dol, figure galloise historique du sixième siècle. Il n’est pas certain qu’il s’agisse de la même personne, mais de nombreuses autorités admettent que Geoffroy n’avait pas l’intention de parler de deux Samson distincts.

Cela étant, pourquoi Geoffroy fit-il de Samson de Dol l’archevêque d’York ? Historiquement, Samson ne se rendit jamais à York, ni même dans cette direction. Il fut actif pendant quelque temps dans le sud-est du pays de Galles, puis il s’établit en Bretagne armorique et y devint éminent (Dol étant un lieu de ce territoire).

Il n’existe pas d’explication évidente, mais il est notable que Samson fut historiquement actif à proximité du territoire de Caerleon. Il fut étroitement associé à Dubricius, alors même que Geoffroy de Monmouth appelle précisément Dubricius l’archevêque de la Cité des Légions (Caerleon).

Par conséquent, une suggestion raisonnable est que Samson fut rattaché à York par une tradition erronée, en raison du fait historique qu’il était associé à Caerleon, ou la « Cité des Légions », dans le sud-est du pays de Galles. Cette confusion n’aurait pu fonctionner que si York, elle aussi, était connue comme la « Cité des Légions » ou sous un nom similaire.

Les indices de Gildas

La preuve la plus solide de toutes qu’York fut réellement connue comme la Cité des Légions provient peut-être de Gildas. Comme nous l’avons déjà évoqué, il fait référence aux sanctuaires de Julius et Aaron dans la Cité des Légions comme étant inaccessibles aux Brittons.

Il affirme que cela est dû au « divorcium barbarorum » (« la douloureuse séparation des barbares »), presque universellement compris comme une référence à une forme de partage entre le territoire brittonique et le territoire anglo-saxon. Par conséquent, les paroles de Gildas suggèrent fortement que la Cité des Légions se trouvait en territoire saxon au moment où il écrivait.

Comme divers spécialisés l’ont noté, ce passage célèbre est extrêmement difficile à expliquer dans le contexte de Caerleon ou de Chester. Affirmer que l’un ou l’autre de ces endroits se trouvait en territoire saxon à un moment quelconque du sixième siècle irait à l’encontre de tout ce que l’on sait du cours de la conquête anglo-saxonne de la Bretagne.

Cependant, comme P. J. C. Field l’a souligné, on ne peut pas simplement l’ignorer. Comme il l’a expliqué :

« Quelles que soient les erreurs que Gildas puisse commettre sur l’histoire de la Bretagne des générations antérieures, son De excidio, avec toutes ses limites, est de loin la meilleure source historique pour l’histoire de la Bretagne de sa propre vie, et son témoignage est en principe capable de l’emporter sur l’ensemble de toutes les autres preuves réunies. »

Par conséquent, indépendamment du fait qu’York n’est jamais explicitement appelée la Cité de la Légion ou des Légions dans les documents médiévaux postérieurs, le témoignage de Gildas prouve à lui seul qu’il existait une Cité des Légions en territoire saxon. L’argument selon lequel Chester et Caerleon étaient les seuls endroits connus sous ce nom repose sur des preuves postérieures, et donc inférieures, ce qui nous permet de rejeter un tel argument au profit de la déclaration claire de Gildas.

Urbs Legionum

La preuve finale qu’York fut réellement la Cité des Légions visée par Gildas est le simple fait qu’il l’appelle « Urbs Legionum ».

Le mot « urbs », dans l’usage romain tardif, désignait une grande ville. Ce n’est que dans les siècles suivants qu’il en vint à être employé plus librement. Étant donné le type et la qualité du latin de Gildas, il est très probable qu’il aurait dit « civitas » ou « castra » s’il avait visé Caerleon ou Chester, dont aucune n’était une grande ville. Gildas fait preuve d’une conscience de la différence entre ces mots.

Contrairement à ces deux sites, York pouvait parfaitement être décrite comme une « urbs », car elle était en effet une grande ville romaine.

En outre, l’emploi du pluriel « Legionum » désigne spécifiquement York. À Caerleon, la Legio II Augusta fut la seule légion qui l’occupa jamais. À Chester, la Legio II Adiutrix bâtit une forteresse initiale, mais celle-ci fut ensuite entièrement reconstruite par la Legio XX Valeria Victrix seulement 14 ans plus tard, qui y resta ensuite. Ainsi, une seule légion occupa jamais cette forteresse sous sa forme achevée.

En revanche, York fut occupée par la Legio IX Hispana pendant environ 40 ans, puis la Legio VI Victrix l’occupa pour le reste de son histoire. Comme Field l’explique, elle avait également été « honorée de visites rapides d’empereurs accompagnés de leurs légions favorites ».

Par conséquent, l’emploi du pluriel « Legionum » par Gildas convient à York bien mieux qu’à Caerleon ou à Chester. Certes, les documents médiévaux postérieurs appliquent aussi parfois le pluriel à Caerleon et à Chester. Cependant, ces références peuvent plausiblement être ramenées à l’usage même que Gildas fait de l’expression.

Les objections à cet emplacement

La principale objection à cette identification est le simple fait qu’aucun document médiéval postérieur n’appelle explicitement York la Cité de la Légion. À la différence des cas de Caerleon et de Chester, son nom chez les Gallois et chez les Anglais dérivait directement du nom romain de la ville, Eboracum.

Cependant, il va de soi qu’un lieu peut être connu sous plusieurs noms. Caerleon et Chester elles-mêmes le prouvent. Elles avaient toutes deux leurs propres noms romains. Il a dû y avoir une période autour du début de l’époque post-romaine durant laquelle les gens commencèrent progressivement à remplacer leurs noms romains par le nom descriptif « Cité de la Légion ».

Dans le cas d’York, nous voyons par Gildas que ce processus avait commencé, bien que les preuves postérieures montrent que le nom descriptif « Cité des Légions » ne supplanta jamais le nom romain officiel. Mais c’est tout ce que cela signifie. Cela ne signifie pas qu’York ne fut jamais connue comme la Cité des Légions à l’époque arthurienne.

Concernant le pluriel « Légions » plutôt que « Légion », Field note que le legion non fléchi de la source de l’Historia Brittonum « aurait convenu aussi bien aux lieux associés à plusieurs légions qu’à ceux associés à une seule ».

La bataille de la Cité de la Légion fut-elle tirée de la bataille de Chester ?

C’est cette bataille qui est la plus directement responsable du soupçon entourant la liste des batailles arthuriennes, car il y eut une bataille historique de Chester vers 616 et Chester était aussi une « Cité de la Légion ». Par conséquent, cela a conduit de nombreux spécialistes à conclure que cette liste des batailles est composée de diverses batailles médiévales sans rapport entre elles, toutes fusionnées ensemble.

En réalité, cette conclusion repose entièrement sur la logique erronée que deux batailles ne peuvent pas se dérouler au même endroit. L’histoire révèle la folie d’une telle pensée. Divers sites ont été le théâtre de batailles multiples au cours de l’histoire.

L’emplacement est véritablement la seule raison d’une telle conclusion, car rien d’autre dans la bataille arthurienne de la Cité de la Légion n’entretient de rapport avec la bataille de Chester. La première est présentée comme une victoire, tandis que la seconde fut une défaite écrasante qui fut remémorée comme une tragédie dans la tradition galloise ultérieure.

Conclusion

En conclusion, la bataille de la Cité de la Légion fut la neuvième des douze batailles d’Arthur contre les Saxons telles qu’enregistrées dans l’Historia Brittonum. De nombreux spécialistes estiment qu’elle eut lieu à Chester, bien que Caerleon et York soient également des propositions populaires. Le poids des indices provenant de la tradition arthurienne et de la situation des autres batailles indique qu’York est le lieu le plus probable. Il se peut fort bien que cette bataille ait en réalité eu lieu plus tôt dans les guerres saxonnes d’Arthur, et qu’elle puisse être identifiée à son siège d’York tel que rapporté par Geoffroy de Monmouth.

QUESTIONS FRÉQUENTES

Qui remporta la bataille de la Cité de la Légion ?

La bataille de la Cité de la Légion fut remportée par Arthur et ses compatriotes brittons.

Où se trouvait la Cité de la Légion ?

La Cité de la Légion aurait pu être Caerleon, Chester ou York. Cependant, le poids des indices indique qu’York est le lieu le plus probable.

La bataille de la Cité de la Légion était-elle la même que la bataille de Chester de 616 ?

Il n’existe aucune preuve à l’appui de cette affirmation. Les deux batailles ont des issues différentes et ne sont associées à aucune personne commune.

Sources

Fitzpatrick-Matthews, Keith, The ‘Arthurian Battle List’ of the Historia Brittonum, 2018

Robb, Graham, The Debatable Land: The Lost World Between Scotland and England, 2018

Breeze, Andrew, The Historical Arthur and The Gawain Poet: Studies on Arthurian and Other Traditions, 2023

Sullivan, Tony, The Early Anglo-Saxon Kings, 2023

Gidlow, Christopher, Revealing King Arthur: Swords, Stones and Digging for Camelot, 2011

Field, P. J. C., Gildas and the City of the Legions, 1999

Fitzpatrick-Matthews, Keith, The xxuiii ciuitates brittanni? of the Historia Brittonum: Antiquarian Speculation in Early Medieval Wales, 2015

Field, P. J. C., Arthur’s Battles, 2008

Jackson, Kenneth, Once Again Arthur’s Battles, 1945

http://www.legendofkingarthur.co.uk/battles/9-leigion.htm

https://www.earlybritishkingdoms.com/arthur/kabattles.html

http://www.facesofarthur.org.uk/articles/guestdan2b.htm

Par Caleb Howells

Publié