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La bataille du fort de Guinnion

Par Caleb Howells

Dans la légende arthurienne, la bataille du fort de Guinnion fut l’une des batailles que le roi Arthur livra contre les Anglo-Saxons. Ce qui la rend particulièrement notable, c’est que les plus anciens témoignages sur les batailles d’Arthur accordent à celle-ci davantage d’attention et de détails qu’à n’importe laquelle de ses autres batailles. Cela indique qu’elle présentait un caractère spécial. Elle a également fait l’objet d’innombrables théories contradictoires concernant sa localisation. Dans cet article, nous examinerons ce que les sources révèlent sur cette bataille ainsi que certaines des principales théories concurrentes.

Reconstitution du fort romain de Binchester, appelé Vinovia ou Vinovium par les Romains de l'Antiquité
Reconstitution du fort romain de Binchester, appelé Vinovia ou Vinovium par les Romains de l'Antiquité, Jin Zan, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Qu’était la bataille du fort de Guinnion ?

La bataille du fort de Guinnion fut la huitième des douze célèbres batailles d’Arthur contre les Saxons. Elle suivit la bataille de la forêt de Celidon et précéda la bataille de la cité de la Légion. Comme pour toutes les autres, selon l’Historia Brittonum et la plupart des sources ultérieures évoquant les douze batailles, Arthur fut victorieux des Saxons lors de cet affrontement.

Elle se déroula dans une forteresse d’une sorte ou d’une autre appelée « Guinnion », qui résiste à toute identification aisée. Le fait qu’elle se soit déroulée dans une forteresse pourrait impliquer qu’il s’agissait d’un siège plutôt que d’une bataille rangée classique, bien que cela ne puisse être confirmé.

Un élément qui distingue la bataille du fort de Guinnion des autres batailles d’Arthur est que la plus ancienne source décrivant la carrière d’Arthur accorde bien plus d’attention à celle-ci qu’à toutes les autres. Cette source explique que, lors de cette bataille, Arthur porta l’image de la Vierge Marie sur ses épaules.

Gala Water, Galashiels
Gala Water, Galashiels, Richard Dorrell, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

La bataille du fort de Guinnion dans l’Historia Brittonum

La plus ancienne source conservée mentionnant la bataille du fort de Guinnion est l’Historia Brittonum, rédigée vers 830. Elle présente un récit de la carrière d’Arthur, centré entièrement sur douze batailles qu’elle insère dans le contexte de sa campagne contre les Saxons. Son récit de la bataille du fort de Guinnion est le suivant :

« Alors, le magnanime Arthur, avec tous les rois et les forces militaires de Bretagne, combattit les Saxons. Et bien qu’il y en eût beaucoup de plus nobles que lui, il fut douze fois élu leur chef, et fut autant de fois vainqueur… La huitième bataille eut lieu au fort de Guinnion, et lors de celle-ci Arthur porta sur ses épaules l’image de la sainte Marie, la Vierge éternelle, et les païens furent mis en fuite ce jour-là, et il y eut un grand carnage parmi eux, par la puissance de Jésus-Christ et par la puissance de la sainte Vierge Marie, sa mère. »

Selon ce récit, Arthur mena une alliance de rois et de chefs militaires à la bataille contre les Saxons. Lors de la bataille du fort de Guinnion, Arthur ce jour-là « mit les païens en fuite » et leur infligea un « grand carnage ». Cela signifie peut-être qu’il s’agissait d’une défaite particulièrement écrasante pour ses ennemis.

Porter l’image de la Vierge Marie sur ses épaules

Cependant, l’élément le plus notable de cette description est l’affirmation selon laquelle Arthur « porta sur ses épaules l’image de la sainte Marie, la Vierge éternelle ». Cela est notable pour deux raisons principales. Premièrement, il s’agit d’une référence étonnamment précoce à la vénération de Marie.

Le point d’intérêt le plus significatif, toutefois, est l’affirmation qu’Arthur portait son image sur ses « épaules ». À première vue, cela ne semble pas avoir grand sens pratique.

Pour cette raison, la grande majorité des chercheurs y voient une erreur de traduction du mot gallois désignant le « bouclier », à savoir « scuit ». On considère que l’auteur de l’Historia Brittonum a confondu ce mot avec « scuid », le mot gallois désignant les « épaules ». C’est une théorie plausible.

L’explication de l’Historia Regum Britanniae

Fait intéressant, l’Historia Regum Britanniae indique que le problème apparent de ce passage a été remarqué depuis longtemps. Dans cette source figure une description d’Arthur se préparant à une bataille (il ne s’agit pas de la bataille du fort de Guinnion). On y lit que le roi Arthur plaça « sur ses épaules son bouclier appelé Pridwen, sur lequel était peinte l’image de la bienheureuse Marie, mère de Dieu ».

Cela indique que Geoffroy, l’auteur de l’Historia Regum Britanniae, avait parfaitement conscience du caractère impraticable de l’affirmation de l’Historia Brittonum, et qu’il a donc voulu trouver un moyen de la rendre plus logique. Ainsi, il présente Arthur comme portant une image de Marie sur son bouclier, qu’il place sur ses épaules.

Il existe bien sûr la possibilité que ce soit là ce que l’auteur de l’Historia Brittonum voulait dire depuis le début. Après tout, nous savons que les soldats romains attachaient parfois leur bouclier sur l’une de leurs épaules. Procope, écrivant au milieu du sixième siècle, mentionne également un certain type de soldat qui portait un petit bouclier attaché haut sur son épaule.

Il se peut donc que, lorsque l’auteur de l’Historia Brittonum affirme qu’Arthur portait l’image de Marie sur ses épaules, l’intention ait toujours été que cela soit compris comme une référence à une image sur un bouclier.

Néanmoins, le fait que les mots gallois désignant le « bouclier » et l’« épaule » soient pratiquement identiques rend l’explication moderne courante très séduisante également.

Page de l'Historia Brittonum dans le manuscrit Harley MS 3859 de la British Library
Page de l'Historia Brittonum dans le manuscrit Harley MS 3859 de la British Library, anonyme, dixième siècle, domaine public, via Wikimedia Commons

La bataille du fort de Guinnion dans les témoignages ultérieurs

La bataille du fort de Guinnion est mentionnée dans les témoignages ultérieurs en ce sens qu’elle figure dans les références postérieures aux douze batailles d’Arthur, comme dans les écrits d’Henri de Huntingdon. Elle apparaît également dans un manuscrit de l’Historia Brittonum qui semble provenir d’une tradition ultérieure distincte, ajoutée au récit. Cependant, à part cela, elle ne semble pas occuper une grande place dans la tradition arthurienne postérieure.

Il est toutefois possible de l’identifier à l’une des batailles mentionnées par Geoffroy de Monmouth, comme nous le verrons plus loin.

La glose de l’Historia Brittonum

Dans ce qui semble être un manuscrit du douzième siècle de l’Historia Brittonum figure une glose, c’est-à-dire un ajout écrit en marge du manuscrit, au sujet de la bataille du fort de Guinnion. Cette glose est conçue pour expliquer la croix qu’Arthur porta lors de cette bataille.

Bien entendu, comme nous l’avons déjà vu, l’Historia Brittonum dit en réalité qu’Arthur portait l’image de Marie, et non une croix. Un document ultérieur, les Annales Cambriae, affirment qu’Arthur porta une croix lors de la bataille du mont Badon. Évidemment, l’auteur de ce document pensait aux deux affirmations à la fois. Quoi qu’il en soit, la glose dit :

« Car Arthur se rendit à Jérusalem. Et là, il fit fabriquer une croix aux dimensions de la croix de notre salut, et elle y fut consacrée. Et pendant trois jours sans interruption il jeûna, veilla et pria en présence de la Croix de notre Seigneur, afin que le Seigneur lui accorde la victoire sur les païens par ce signe, ce qui fut accompli. Et il emporta avec lui une image de sainte Marie, dont des fragments sont encore conservés à Wedale, en grande vénération. »

Selon ce texte, des fragments de l’image de Marie qu’Arthur portait furent conservés à Wedale. Il s’agit d’une référence à Stow of Wedale, où se trouvait une église du haut Moyen Âge qui fut remplacée à l’époque moderne par une église appelée St Mary of Wedale.

L’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth

Vers 1137, Geoffroy de Monmouth rédigea l’Historia Regum Britanniae, œuvre littéraire majeure de la légende arthurienne. Geoffroy y présente un récit de la carrière d’Arthur, incluant ses batailles contre les Saxons. Il ne fait jamais explicitement mention du « fort de Guinnion » au cours de son récit, et il semble l’avoir entièrement passé sous silence. Ce n’est toutefois pas nécessairement le cas.

Absente du récit de Geoffroy

Considérons d’abord la possibilité la plus évidente : Geoffroy a omis cette bataille. Un problème avec cette hypothèse est qu’elle ne semble pas avoir beaucoup de sens dans le récit d’ensemble.

Lors de la bataille précédente, qui se déroula dans la forêt de Celidon, Geoffroy explique qu’Arthur chassa entièrement l’armée saxonne de Bretagne. Cependant, cette armée décida ensuite d’attaquer le sud-ouest de la Bretagne, y naviguant pendant qu’Arthur était occupé avec les Pictes et les Scots dans le nord de la Bretagne. Les Saxons assiégèrent Badon, et Arthur abandonna immédiatement le conflit avec ses ennemis du nord pour faire face au siège saxon.

À première vue, cela ne laisse place à aucune bataille omise entre Celidon et Badon. Même si les Saxons avaient pu livrer une autre bataille aux Bretons en route vers Badon, celle-ci n’aurait pas pu impliquer Arthur selon le récit de Geoffroy, puisqu’il était occupé par les affaires du nord et n’est revenu au sud qu’après que le siège de Badon avait déjà commencé.

D’un autre côté, Arthur aurait pu combattre une armée anglo-saxonne sans rapport avec celle-ci au cours de son voyage entre la forêt de Celidon et le territoire des Pictes et des Scots.

Des batailles dans le désordre

Une autre explication possible est que les douze batailles telles qu’elles sont décrites dans l’Historia Brittonum ne sont pas réellement dans un ordre strictement chronologique. Après tout, il semble que cette liste de batailles provienne probablement d’un poème de bataille, de sorte qu’il est tout à fait possible que les batailles aient été réarrangées pour les faire rimer.

Dans ce cas, la bataille du fort de Guinnion pourrait avoir eu lieu plus tôt dans la campagne d’Arthur. Elle pourrait avoir eu lieu juste avant la bataille sur la rivière Dubglas, qui est la première que Geoffroy mentionne. En outre, selon Geoffroy, Arthur poursuivit les Saxons de Dubglas jusqu’à York, puis, après une bataille à Lincoln, il les poursuivit jusqu’à la forêt de Celidon.

Par conséquent, la bataille du fort de Guinnion pourrait avoir eu lieu au cours de la poursuite entre n’importe lesquels de ces lieux, et Geoffroy l’a simplement passée sous silence.

Identique au siège de Winchester

Autrement, elle pourrait avoir eu lieu lors d’une bataille ultérieure contre les Saxons. Certes, Badon mit célèbrement fin à la guerre contre les Saxons. Cependant, Geoffroy évoque des troupes saxonnes soutenant la guerre civile menée par Mordred (orthographié « Modred » par Geoffroy), le neveu d’Arthur qui tenta d’usurper le trône.

Selon l’Historia Regum Britanniae, « le méchant traître Modred avait envoyé Cheldric, le chef saxon, en Germanie, pour y lever toutes les forces qu’il pourrait trouver ». Par conséquent, puisque les Saxons étaient fortement impliqués dans cette guerre civile, la bataille du fort de Guinnion pourrait être l’une des batailles précédant la bataille de Camlann, l’affrontement culminant.

Après l’opposition initiale au débarquement d’Arthur, il n’y a qu’une seule bataille notable entre les troupes de Mordred et celles d’Arthur avant leur ultime affrontement à Camlann. Mordred se serait réfugié à Winchester, qu’Arthur assiégea alors. Geoffroy présente Mordred « sortant avec ses troupes préparé à combattre son oncle ». Il poursuit en ces termes :

« Dans la bataille qui s’ensuivit, un grand nombre perdirent la vie des deux côtés ; mais finalement l’armée de Modred souffrit le plus, si bien qu’il fut contraint de quitter honteusement le champ de bataille. »

Il s’agissait donc d’une bataille entre Arthur et au moins une part notable de troupes saxonnes, qui eut lieu en un lieu que Geoffroy appelle « Winchester », et dont Arthur sortit vainqueur. Étant donné que bon nombre de chercheurs ont soutenu que « Guinnion » pourrait désigner Winchester, cela pourrait bien être significatif.

Cependant, nous n’avons aucun moyen de confirmer cette théorie. Ce que nous savons, c’est que la liste des batailles de l’Historia Brittonum ne comprend pas Camlann. Si elle incluait les batailles liées à l’usurpation de Mordred, alors pourquoi mentionnerait-elle le siège de Winchester et non la bataille de Camlann ?

Après la bataille du mont Badon

Une autre possibilité est que Geoffroy ait mentionné cette bataille en dehors du contexte des batailles d’Arthur contre les Saxons. Cette hypothèse repose elle aussi sur la théorie selon laquelle la liste des douze batailles de l’Historia Brittonum n’est pas dans l’ordre, mais elle pousse la théorie encore plus loin.

Bien que le passage mentionnant les douze batailles commence par affirmer qu’Arthur combattit alors « contre les Saxons », cela ne signifie pas nécessairement que toutes les batailles ensuite mentionnées furent livrées contre ce même ennemi. D’autres listes de batailles issues de la poésie galloise ne se limitent pas à un seul ennemi.

Il est vrai que l’Historia Brittonum précise qu’Arthur vainquit « les païens » à Guinnion. Cependant, les Anglo-Saxons n’étaient pas les seuls non-chrétiens de Bretagne au sixième siècle. Si le christianisme s’était diffusé en Écosse à cette époque, il subsistait sans aucun doute encore de nombreux groupes non chrétiens dans la région, comme l’indiquent les témoignages disponibles.

Par conséquent, la bataille du fort de Guinnion pourrait avoir été l’une des batailles d’Arthur contre les Pictes et les Scots dans le nord de la Bretagne. L’Historia Regum Britanniae présente Arthur comme vainquant ces ennemis pendant leur siège d’Alclud. Après les avoir poursuivis depuis ce lieu, il les assiège ensuite à Muray, dans le nord-est de l’Écosse.

Bien que ces sièges soient des possibilités, il n’existe aucune raison positive de relier l’un ou l’autre au « fort de Guinnion ». Ces sièges demeurent néanmoins des possibilités.

Les chevaliers du roi Arthur, réunis à la Table ronde pour célébrer la Pentecôte, ont une vision du Saint Graal
Les chevaliers du roi Arthur, réunis à la Table ronde pour célébrer la Pentecôte, ont une vision du Saint Graal, attribué au Maître des cleres femmes, domaine public, via Wikimedia Commons

Où se trouvait le fort de Guinnion ?

Une question plus pressante pour la plupart des chercheurs est celle de l’endroit où se déroula réellement la bataille du fort de Guinnion. Les suggestions couvrent presque tout le pays, de l’Écosse à la côte sud de l’Angleterre.

Que signifie « Guinnion » ?

L’un des grands problèmes est qu’il existe peu de consensus sur l’étymologie exacte de « Guinnion ». De nombreux chercheurs estiment que le mot est lié à « gwin », le mot gallois désignant le « blanc ». D’autres chercheurs, en revanche, estiment plus probable qu’il soit lié au latin « venta », qui semble être devenu « guint » dans au moins certaines lignes de transmission.

Le fait que tous les manuscrits de l’Historia Brittonum ne s’accordent pas sur son orthographe complique encore la question. On trouve par exemple également « Guinnon », « Guinon » et « Gunnion ». Connaître l’orthographe exacte aiderait à déterminer son origine, mais il est excessivement optimiste (contrairement à ce qu’affirment certains chercheurs) de prétendre que nous pouvons savoir avec certitude quelle orthographe est correcte.

Stow of Wedale

Commençons notre analyse par la localisation la plus traditionnelle. C’est celle qu’indique la glose du douzième siècle trouvée dans un manuscrit de l’Historia Brittonum. Comme nous l’avons vu plus haut, cette glose affirmait que des fragments de l’image de Marie qu’Arthur porta pendant la bataille étaient conservés dans l’église de Wedale.

Cela implique que l’auteur de cette glose du douzième siècle croyait que la bataille s’était déroulée aux environs de Stow of Wedale, en Écosse. Bien que de nombreux chercheurs y voient une pure invention médiévale, certains acceptent cette localisation proposée.

Selon la tradition, le nom « Wedale » signifie « vallée du malheur » (« dale » au sens de « vallée »). Puisqu’il s’agit d’un nom anglais, il serait logique que ce soit le nom donné par les Anglais à un lieu où ils furent vaincus au combat. En outre, les historiens s’accordent à dire que l’église de Wedale remonte à environ l’an 600, soit presque l’époque du roi Arthur.

Le simple fait que l’église fût dédiée à Marie pourrait également être invoqué en faveur de cette théorie.

Le fort lui-même

En ce qui concerne le fort de Guinnion lui-même, les partisans de cette théorie font remarquer que William Roy, dans sa publication de 1793 The Military Antiquities of the Romans in North Britain, a identifié un fort romain près de Stow. Celui-ci aurait vraisemblablement eu des murs blancs, ce qui correspond à l’interprétation la plus courante du sens de « Guinnion ».

Objections à cette localisation

L’une des objections principales est que ce lieu est trop au nord pour une bataille contre les Saxons. Cependant, Bamburgh est reconnue comme ayant été fondée par les Anglo-Saxons en 547, et Stow of Wedale n’est guère plus au nord que cela. En outre, si Arthur les avait poursuivis depuis un lieu plus méridional, cela annulerait tout argument selon lequel ils se seraient trouvés plus au nord qu’on ne pouvait s’y attendre.

Une objection plus notable est que la grande majorité des linguistes ne soutiennent pas la tradition selon laquelle « Wedale » viendrait de « vallée du malheur ». Ils estiment plutôt que la première partie provient de « weoh », signifiant « sanctuaire ». Ainsi, « Wedale » signifierait « vallée du sanctuaire ». Puisque « Stow » signifie lui-même « lieu saint », c’est objectivement l’étymologie la plus probable.

En outre, le fort romain notable le plus proche de la région est le camp d’Oxton, à environ 13 ou 15 kilomètres. Ce n’est guère assez proche pour justifier un lien. Il n’y a pas non plus de raison de penser que ce camp en particulier était spécialement associé à la couleur blanche, plus que n’importe quel autre camp romain pris au hasard. Il n’existe donc aucun fondement réel pour relier ce site au nom de lieu « Guinnion ».

Quant à l’affirmation contenue dans la glose du douzième siècle, l’historien Christopher Gidlow a joliment résumé la situation en expliquant :

« Nous n’avons pas besoin de soupçonner davantage que Wedale possédait une image fragmentaire de la Vierge, que l’auteur a rattachée à l’Historia pour créer une généalogie respectable. »

Winchester

Une suggestion plus populaire est que le fort de Guinnion était Winchester. Bien que de nombreux chercheurs semblent accepter que « Guinnion » soit lié au mot désignant le « blanc », à savoir « guin », alors que Winchester provient du latin « venta », il existe des indices montrant que Winchester était effectivement parfois orthographié avec un « Guin » initial.

Par exemple, l’Historia Brittonum contient une liste des cités de Bretagne. L’une d’elles s’appelle Caer Guintguic. Elle est le plus généralement acceptée comme une référence à Winchester. On admet que le premier élément de ce nom, « Guint », provient du latin « venta ». Au neuvième siècle, lorsque l’Historia Brittonum fut rédigée, seuls deux lieux de Bretagne étaient encore désignés par une forme de ce mot latin : Caerwent au pays de Galles et Winchester en Angleterre.

La liste des cités de l’Historia Brittonum comprend également un « Caer Guent », dont on pense qu’il se réfère plus probablement à Caerwent au pays de Galles. Il ne reste donc plus que Winchester comme candidat pour Guintguic.

Si Winchester était connue sous le nom de « Guintguic », aurait-elle aussi pu être connue sous le nom de « Guinnion » ? Un historien a soutenu que « guic » est une altération de « iog », un suffixe ajouté à la fin d’un mot pour indiquer un lieu. L’argument est alors que le suffixe « ion » était employé de manière similaire. Cela signifie qu’une autre manière d’écrire « Guintguic » aurait pu être « Guinnion ».

En outre, le mot traduit par « fort » dans « fort de Guinnion » est le mot latin « castello », que l’on comprend comme désignant spécifiquement un fort romain. Dans le nom « Winchester », la seconde partie du nom provient de « caestre », emprunt anglais du latin « castrum », qui signifie « camp » et est étroitement lié au mot latin « castello ». Ainsi, pourrait-on soutenir, Winchester correspond également à ce détail.

De surcroît, Winchester était encore occupée et semble avoir été un important centre anglo-saxon au sixième siècle, ce qui en faisait une cible de choix.

Bien que Geoffroy de Monmouth ne le mentionne pas, il n’est pas difficile d’imaginer qu’après avoir infligé une défaite écrasante à une armée saxonne dans la forêt de Celidon, très probablement identifiable au Weald dans le sud de la Bretagne, Arthur ait décidé de s’attaquer ensuite à un important centre saxon proche.

Objections à cette localisation

Une objection principale à cette théorie est le fait qu’il n’existe aucun témoignage dans lequel Winchester soit directement attestée sous le nom de « Guinnion ». S’il est vrai que Winchester semble bien être le candidat le plus probable pour « Guintguic », le lien entre Guintguic et Guinnion n’est que spéculatif.

Même si l’équivalence proposée entre les deux noms aurait pu fonctionner, il n’existe toujours aucune preuve directe qu’une telle orthographe alternative ait jamais été réellement employée.

En outre, la suggestion selon laquelle « guic » serait une altération de « iog », qui aurait à son tour pu être remplacé par « ion », est controversée. D’autres chercheurs ont soutenu que « guic » correspond plus probablement au gallois « gwig », signifiant « bois », en référence aux importantes forêts qui entouraient autrefois Winchester.

Une autre objection a été avancée, bien que sans bonne raison : il serait étrange que l’auteur de l’Historia Brittonum emploie une orthographe pour Winchester dans la liste des cités, puis une orthographe différente dans la liste des batailles arthuriennes. Puisque la liste des batailles provenait probablement d’un poème de bataille, ce n’est pas l’auteur de l’Historia Brittonum qui a choisi l’orthographe dans ce passage.

En somme, les éléments en faveur de Winchester comme Guinnion sont dans l’ensemble assez plausibles, quoiqu’en l’absence de confirmation directe.

Binchester, Durham

Cependant, de loin la suggestion la plus populaire pour Guinnion est Binchester. Il s’y trouvait un fort romain connu sous le nom de Vinovium. La plupart des chercheurs qui se sont penchés sur la question ont soutenu la conclusion selon laquelle « Vinovium » aurait évolué en « Guinnion ».

En outre, les données archéologiques semblent indiquer qu’il s’agissait d’un lieu important dans la Bretagne des cinquième et sixième siècles. Un chercheur a écrit que le lieu « semble avoir été remis en état comme point fortifié aux cinquième et sixième siècles dans le cadre de la défense bretonne du nord contre les Saxons ». Cela en fait un lieu probable pour un affrontement entre des forces bretonnes et saxonnes à l’époque d’Arthur. De plus, il se trouve juste à côté de la voie romaine Dere Street, ce qui renforce son importance stratégique.

Corroboré par l’Historia Regum Britanniae

Comment cela pourrait-il s’inscrire dans le récit de Geoffroy sur la campagne d’Arthur contre les Saxons ? Eh bien, après avoir vaincu les Saxons lors de la bataille précédente, dans la forêt de Celidon, Geoffroy présente Arthur comme partant affronter les Pictes et les Scots, évidemment dans le nord de la Bretagne.

Si la forêt de Celidon peut être identifiée au Weald dans le sud de la Bretagne, ce qui semble bien être le plus probable, considérons alors le voyage d’Arthur vers le nord pour rejoindre le territoire des Pictes. La Dere Street est la seule voie romaine qui menait directement vers cette région, ce qui signifie qu’Arthur serait inévitablement passé par Binchester en route pour combattre ces ennemis du nord.

Par conséquent, identifier Guinnion à Binchester prend parfaitement sens dans le contexte du récit de Geoffroy, même s’il ne mentionne pas explicitement cette bataille dans son récit. Étant donné que c’est également apparemment la meilleure correspondance linguistique, c’est assurément significatif.

Objections à cette localisation

La plus grande objection à cette théorie est le simple fait qu’il existe tant d’autres lieux en Bretagne qui pourraient tout aussi bien correspondre à « Guinnion ». Il semble que pratiquement tout lieu commençant par « Guin » sous une forme ou une autre ait été proposé à un moment ou à un autre. Le nombre considérable de candidats alternatifs mais plausibles rend Binchester moins certain qu’il ne le serait autrement.

En dehors de cela, la seule objection réelle est que tous les chercheurs ne s’accordent pas à dire que « Vinovium » produirait « Guinnion ». Et, en fait, ce n’est pas le cas. Il produirait en réalité « Guinouion ». Remarquez le double « n » par contraste avec le « n » simple. Notez aussi la syllabe supplémentaire (« ou ») au milieu de « Guinouion ».

Pour tenir compte de cela, certains chercheurs soutiennent que « Guinnion » est une erreur pour « Guinuion », auquel cas la seule différence serait la chute du « o » médian de « Guinouion ». D’autres chercheurs, autrement, renvoient à certains manuscrits des écrits de Ptolémée (dans lesquels ce fort romain est nommé) qui orthographient le nom avec un double « n ». Cela laisse entier le problème de la syllabe supplémentaire, mais il n’est pas rare que les noms de lieux se simplifient avec le temps.

Quoi qu’il en soit, la majorité des chercheurs considèrent bien que Vinovium est l’origine la plus logique de « Guinnion » sur le plan linguistique, malgré les objections de la minorité.

Conclusion

En résumé, la bataille du fort de Guinnion fut la huitième des célèbres douze batailles d’Arthur contre les Anglo-Saxons, telles que les consigne l’Historia Brittonum. Ce fut manifestement une bataille de grande importance, puisque l’Historia Brittonum lui consacre une attention particulière. C’est là qu’Arthur aurait porté l’image de la Vierge Marie sur ses épaules. Arthur conduisit les Bretons à la victoire. De nombreux lieux de toute la Bretagne ont été proposés pour le véritable fort de Guinnion, mais la localisation la plus probable semble être Vinovium, le fort romain de Binchester.

QUESTIONS FRÉQUEMMENT POSÉES

Qui a remporté la bataille du fort de Guinnion ?

La bataille du fort de Guinnion fut remportée par Arthur et ses compagnons Bretons.

Où se trouvait le fort de Guinnion ?

Personne aujourd’hui ne sait avec certitude où se trouvait le fort de Guinnion. Une tradition du douzième siècle affirmait qu’il se trouvait près de Stow of Wedale. Winchester, dans le sud de l’Angleterre, est cependant une localisation plus probable. La localisation la plus probable, toutefois – pour des raisons tant linguistiques que stratégiques – est le fort romain de Binchester, connu dans l’Antiquité sous le nom de Vinovium ou Vinnovium.

Qu’a fait Arthur à la bataille du fort de Guinnion ?

Selon l’Historia Brittonum, Arthur porta l’image de la Vierge Marie sur ses épaules lors de la bataille du fort de Guinnion. Le mot « épaules » est communément considéré comme une erreur de traduction du mot gallois presque identique désignant le « bouclier ». D’un autre côté, la référence aux « épaules » pourrait être exacte, le sens voulu étant qu’Arthur portait l’image sur son bouclier, qu’il portait lui-même sur ses épaules.

Sources

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Ashley, Mike, A Brief History of King Arthur, 2013

Field, P. J. C., Arthur’s Battles, 2008

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Venning, Timothy, The King Arthur Mysteries: Arthur’s Britain & Early Medieval World, 2021

Sullivan, Tony, The Battles of King Arthur, 2022

http://www.legendofkingarthur.co.uk/battles/7-celidon-wood.htm

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http://www.facesofarthur.org.uk/articles/guestdan2b.htm

Par Caleb Howells

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