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La bataille du mont Agned, ou Breguoin

Par Caleb Howells

La bataille du mont Agned apparaît dans les légendes arthuriennes comme la onzième des batailles d’Arthur contre les Saxons. Elle est particulièrement connue pour la difficulté de l’associer à un lieu quelconque de Grande-Bretagne. Elle est également remarquable en ce qu’elle est la seule des douze batailles d’Arthur pour laquelle deux noms complètement différents sont donnés selon les versions manuscrites. Dans cet article, nous examinerons ce que les sources révèlent sur cette bataille ainsi que les théories concurrentes.

Le château d'Édimbourg est situé au sommet d'un ancien volcan qui lui permet de dominer l'horizon de la ville encore aujourd'hui
Le château d'Édimbourg est situé au sommet d'un ancien volcan qui lui permet de dominer l'horizon de la ville encore aujourd'hui, Saffron Blaze, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Qu’était la bataille du mont Agned ?

La bataille du mont Agned était la onzième (et donc l’avant-dernière) de la célèbre série de douze batailles du roi Arthur. Ces batailles furent majoritairement livrées contre les Anglo-Saxons, qui conquerraient progressivement la Grande-Bretagne depuis environ 430.

On sait peu de choses sur cette bataille, car elle ne bénéficie d’aucune importance particulière dans les témoignages postérieurs concernant Arthur. Elle est néanmoins bien connue des chercheurs modernes en raison de deux facteurs déroutants. D’une part, le nom « Agned » semble dépourvu de sens et il est notoirement difficile de le rattacher à un lieu quelconque de Grande-Bretagne. D’autre part, certains manuscrits du texte source de cette bataille fournissent un nom complètement différent, un phénomène qui ne s’observe pour aucune des onze autres batailles d’Arthur.

En outre, certains chercheurs soutiennent que cette bataille est mentionnée dans un poème gallois attribué à un autre vainqueur. On y voit la preuve que son rattachement à Arthur est non historique. À leur tour, certains chercheurs s’en servent pour affirmer qu’Arthur lui-même n’a jamais existé.

Vue depuis Arthur's Seat vers le nord-est
Vue depuis Arthur's Seat vers le nord-est, Ermell, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La bataille du mont Agned dans l’Historia Brittonum

La bataille du mont Agned apparaît pour la première fois dans l’Historia Brittonum, rédigé vers 830. Ce texte constitue le témoignage le plus ancien sur la carrière d’Arthur, et il explique que celui-ci combattit les Saxons. Le récit offre un résumé très bref de sa carrière en énumérant douze batailles différentes auxquelles il prit part. Le texte dit :

« C’est alors que le magnanime Arthur, avec tous les rois et les forces militaires de Bretagne, combattit les Saxons. Et bien qu’il y en eût beaucoup de plus nobles que lui, il fut douze fois élu leur commandant, et il fut aussi souvent vainqueur… La onzième eut lieu sur la montagne appelée Agned. »

Selon ce récit, Arthur mena une alliance de rois et de forces militaires contre les Saxons. Lors de cette onzième bataille, ils combattirent sur une montagne appelée Agned. C’est là toute l’information fournie au sujet de la bataille.

Variantes textuelles

À la différence de la plupart des autres sites de bataille de l’Historia Brittonum, ce site fait l’objet de variations majeures d’un manuscrit à l’autre. Ces variations sont extrêmement importantes pour comprendre correctement la nature de cette bataille.

Un manuscrit du dixième siècle de l’Historia Brittonum fournit un nom complètement différent pour le site de la bataille. Plutôt que d’appeler la montagne « Agned », ce manuscrit l’appelle « Breguoin ». Un autre manuscrit enregistre le nom sous la forme « Breuoin ». Ces manuscrits incluent également une phrase explicative, indiquant que cette bataille est connue sous le nom de « Cat Bregion ».

C’est pourquoi certaines traductions de l’Historia Brittonum se lisent ainsi :

« La onzième eut lieu sur la montagne Breguoin, que nous appelons Cat Bregion. »

En réalité, la majorité des manuscrits conservés contiennent une allusion à ce toponyme. Très peu de versions de l’Historia Brittonum mentionnent « Agned » seul. La plupart des autres, généralement assez corrompues et postérieures à celles dont nous venons de parler, comportent les deux toponymes. Par exemple, une variante courante est « agned cath bregomion ».

Les analyses textuelles penchent fortement en faveur de la conclusion qu’une forme proche de « Breguoin » figurait dans l’original, et qu’il ne s’agit pas d’un simple ajout postérieur. En effet, si deux manuscrits omettent ce toponyme, il existe aussi deux manuscrits qui omettent « Agned ». Il n’y a donc aucune raison de privilégier Agned plutôt que Breguoin comme véritable nom de ce site.

La corruption d’« Agned »

Un certain nombre de chercheurs soutiennent que « Agned », tel qu’il apparaît dans l’Historia Brittonum, ne peut tout simplement pas être une forme exacte du mot original, quel qu’il fût. Certains y voient une simple erreur d’orthographe pour un autre toponyme. D’autres y voient une combinaison altérée d’une partie de la formulation originale de cette ligne. En tout état de cause, il existe un accord général pour dire qu’« Agned » n’a aucune signification brittonique discernable.

Par un raisonnement linguistique, Kenneth Jackson a soutenu qu’« Agned » est littéralement une forme impossible en gallois ancien, car un « g » devant un « n » n’était pas admissible dans la phonologie de cette forme de gallois. Il en conclut donc qu’il doit s’agir d’une corruption d’« Angned » (où le « g », vraisemblablement, aurait été préservé au sein du premier élément du toponyme, et n’aurait donc pas été affecté par le « n » qui suit).

Cela reste toutefois peu utile, car, comme Jackson lui-même le note, « Angned » est tout aussi dénué de sens. Son émendation n’est donc guère éclairante.

Un autre argument vient de Keith Fitzpatrick-Matthews. Il soutient que la ligne originale de l’Historia Brittonum se lisait : « breguoin id est cat bregion » (ce qui se traduit par : « Breguoin, c’est-à-dire la bataille de Bregion »). Il en conclut ainsi qu’« Agned » proviendrait d’une déformation de « breguoin id ».

Bien que la suggestion soit intéressante, le saut qu’implique une telle corruption est assez considérable. Cela ne semble pas constituer une explication convaincante.

La corruption du « N » en « U »

L’explication la plus convaincante proposée à ce jour est qu’« Agned » est une corruption d’« Agued ». Il s’agit d’un mot gallois connu et acceptable, et la corruption d’un « u » en « n » est également courante et sans rien de remarquable. C’est donc de loin l’explication la plus simple, celle qui exige le moins d’hypothèses ou de sauts logiques.

Un peu plus compliquée est la question de savoir s’il s’agissait réellement d’un toponyme. Le mot lui-même, « agued », signifie « mort », « affliction », « adversité » et autres notions semblables. Le chercheur Andrew Breeze soutient qu’il s’agissait effectivement d’un toponyme. Dans son argumentation, il se réfère à d’autres toponymes britanniques faisant référence à la mort, au meurtre, etc.

Malgré cela, le meilleur emplacement que Breeze ait pu proposer est Pennango, un site inconnu mais attesté dans le sud de l’Écosse, au nord de Hawick. Or, il reconnaît que « ango » ne pourrait être, au mieux, qu’un élément postérieur substitué à l’original, puisqu’il ne provient pas de la même racine qu’« agued ». Cela n’est donc pas non plus particulièrement convaincant.

Bien plus convaincante est la suggestion de Graham Isaac, de l’université du Pays de Galles. Il a mis en évidence le fait que la liste des batailles arthuriennes de l’Historia Brittonum provient très probablement à l’origine d’un poème de bataille gallois. De nombreuses autorités de premier plan sur cette période acceptent cette théorie.

Dans ces conditions, le poème gallois original pouvait employer « agued », non comme un toponyme, mais comme un mot ordinaire. On trouve dans un poème gallois ancien un exemple de ce mot utilisé dans un vers traduit par « une armée en grande détresse ». Peut-être le poème de bataille arthurien original évoquait-il l’adversité ou l’affliction considérable qu’Arthur infligea aux Saxons durant cette bataille.

Cela serait semblable à d’autres affirmations que l’on voit dans ce passage de l’Historia Brittonum. Par exemple, à la huitième bataille, le récit dit qu’Arthur « mit les Saxons en fuite et les poursuivit tout le jour avec un grand carnage ». La dernière bataille est décrite comme « un combat des plus rudes ». L’idée qu’une ligne du poème original évoquât Arthur plongeant les Saxons dans une grande détresse (par le mot « agued ») n’a donc rien d’invraisemblable ou d’implausible.

Il est donc probable qu’« Agned » provienne à l’origine d’« agued », un mot du poème de bataille arthurien original (peut-être employé en fin de vers, possiblement pour rimer avec le « Tribruit » précédent) que l’auteur de l’Historia Brittonum a pris à tort pour un toponyme, mais que certains copistes anciens ont rejeté en suivant leur bon sens.

Cat Bregion

Un autre détail intéressant fourni par l’Historia Brittonum (lorsque l’on suit les meilleurs témoignages manuscrits) est que cette bataille était appelée « Cat Bregion » par les Gallois. Le mot « cat » correspond à « cad » en gallois moderne, signifiant « bataille ». Cette bataille était donc connue des Gallois sous le nom de bataille de Bregion.

Il semble à première vue évident que « Bregion » soit simplement une autre variante de « Breguoin ». Cependant, un certain nombre de chercheurs rejettent cette idée. Ils soutiennent que c’est tout simplement impossible. Kenneth Jackson a expliqué qu’en gallois ancien, « gu » et « g » ne sont pas interchangeables, car ils avaient des sons très différents. Ce fait, combiné à l’inversion du « i » et du « o », amena Jackson à conclure que « Bregion » et « Breguoin » sont des mots totalement sans rapport.

Pour cette raison, Jackson a un temps suggéré que la mention de « Cat Bregion » était une glose ajoutée par quelqu’un qui ignorait où se trouvait réellement Breguoin. Il a suggéré que le nom Breguoin avait simplement rappelé au copiste une bataille connue des Gallois sous le nom de Cat Bregion, d’où l’identification des deux par le copiste, alors que les deux événements n’en étaient qu’un seul et même. Plus tard, il a suggéré que cela pouvait en réalité être un terme descriptif (signifiant « Hautes Terres ») fondé sur la région où la bataille s’était déroulée.

Cependant, Jackson lui-même a reconnu dans une note de bas de page que « Bregion » pouvait être une variante textuelle de « Breguoin » (ou « Bregomion », forme sous laquelle le nom apparaît aussi). Il dit même que ce pourrait « facilement » être le cas. Les erreurs textuelles, bien sûr, n’ont pas à être déterminées par des règles phonologiques. Jackson lui-même, dans le même article, a formulé un argument exigeant qu’un « gu » original ait été mal copié en « g », le « u » étant tombé.

En outre, il existe d’innombrables exemples de fausses équivalences dans les traductions galloises médiévales de textes latins. Il n’était nullement rare que les Gallois utilisent une approximation plutôt qu’une translittération directe. Puisque « Bregion » est un mot gallois parfaitement correct et intelligible – signifiant « collines » –, il se peut que les Gallois aient simplement choisi d’employer cette forme plutôt qu’une adaptation plus précise du moins familier « Breguoin ».

Ceci est une photo d'un monument classé
Ceci est une photo d'un monument classé, Skiman62, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La bataille du mont Agned, ou Breguoin, dans les témoignages postérieurs

La bataille du mont Breguoin n’apparaît pas explicitement dans les témoignages postérieurs concernant le roi Arthur. Elle y est évoquée, comme les autres, dans les écrits ultérieurs portant sur ses douze batailles en général. Il semble toutefois qu’il n’existe aucune légende ni aucun récit sur Arthur rédigé après l’Historia Brittonum qui parle spécifiquement de sa onzième bataille.

L’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth

L’Historia Regum Britanniae, rédigé par Geoffroy de Monmouth vers 1137, est un ouvrage majeur pour les légendes arthuriennes. Il décrit toute la carrière d’Arthur avec un certain détail. Pourtant, il ne mentionne pas la bataille du mont Breguoin. Comment concilier cela avec la présentation de la carrière d’Arthur dans l’Historia Brittonum ?

La réalité simple est que le HRB de Geoffroy omet diverses batailles dont nous savons qu’elles eurent lieu au cours de certaines campagnes historiques. On en trouve des exemples dans son récit des deux invasions de la Bretagne par Jules César. Il n’est donc pas surprenant de constater que Geoffroy a passé sous silence certaines batailles d’Arthur. Nous pouvons néanmoins discerner où elles auraient pu s’insérer dans son récit de la carrière d’Arthur.

En route vers Badon

Selon Geoffroy de Monmouth, Arthur combattait les Pictes en Écosse, quelque part près de la région du château de Dumbarton, lorsqu’il apprit que les Saxons attaquaient la partie sud-ouest de l’île. Ils avaient mis le siège devant le mont Badon. Arthur se précipita vers le sud pour les arrêter, ce qui mena directement à la bataille du mont Badon.

Nous pouvons presque certainement identifier le conflit contre les Pictes avec la bataille du rivage de Tribruit, la dixième bataille de la liste de l’Historia Brittonum. Et la bataille du Badon, bien sûr, fut la douzième et dernière. Il est donc évident que la bataille du mont Breguoin aurait eu lieu quelque part en route depuis l’Écosse, au nord, vers Badon, au sud.

Le Livre de Taliesin

Il existe une référence potentielle très intéressante à cette bataille dans une source antérieure à l’Historia Brittonum. Cette source est un poème figurant dans un livre connu sous le nom de Livre de Taliesin. Taliesin était un barde du milieu ou de la fin du sixième siècle. Bien que tous les poèmes du Livre de Taliesin ne soient pas acceptés comme authentiques, les chercheurs s’accordent généralement à dire qu’au moins certains d’entre eux remontent véritablement à peu près à son époque.

L’un de ces poèmes raconte les exploits d’Urien, un roi historique d’un territoire appelé Rheged, dans la seconde moitié du sixième siècle. Cet Urien apparaît dans les témoignages médiévaux postérieurs, y compris l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy, comme un compagnon du roi Arthur.

Dans ce poème, il est fait mention d’Urien combattant lors du « kat gellawr brewyn », c’est-à-dire la bataille des Cellules de Brewyn. Il est généralement admis que « Brewyn » est une forme postérieure de « Breguoin ». Sur cette base, la plupart des chercheurs acceptent que Breguoin et Brewyn désignent le même lieu.

Cette bataille a-t-elle été indûment attribuée à Arthur ?

Cette conclusion a beaucoup de sens. Elle a toutefois aussi engendré une conclusion moins justifiable. Les chercheurs qui souhaitent voir dans la liste de batailles de l’Historia Brittonum une compilation de batailles disparates tirées de sources existantes et attribuées anachroniquement à Arthur s’en servent comme prétendue preuve à l’appui de leur thèse.

À son tour, cela a été utilisé pour étayer la théorie selon laquelle Arthur n’aurait pas existé historiquement. La bataille de Breguoin joue donc un rôle important dans la discussion sur l’historicité d’Arthur.

Cette conclusion repose sur l’hypothèse que deux batailles différentes n’auraient pas pu se dérouler au même endroit. Si l’on suit cette logique, s’il existe deux mentions de batailles au même endroit, elles doivent forcément être la même bataille. Une telle logique est, bien entendu, erronée. Il existe d’innombrables exemples de batailles multiples sur un même site. Il n’y a donc aucune raison pour qu’Urien et Arthur n’aient pas combattu séparément des batailles à Breguoin.

Arthur et Urien comme contemporains

Il existe une autre solution à ce problème supposé. La tradition galloise fait fermement d’Arthur un contemporain d’Urien et de divers autres figures généralement situées au milieu ou à la fin du sixième siècle. Nous le voyons aussi dans la présentation de la carrière d’Arthur chez Geoffroy de Monmouth. On suppose généralement qu’il s’agit d’anachronismes. Or, il existe très peu de fondements pour une telle conclusion.

Rien n’empêche qu’Arthur ait vécu plus tard qu’on ne le croit communément. Comme Rachel Bromwich l’a reconnu, il existe des indices que Maelgwn Gwynedd fut un roi de la fin du sixième siècle (ce qui en ferait un contemporain d’Urien). Les paroles de Gildas situent Maelgwn dans la génération suivant le Badon, victoire finale d’Arthur contre les Saxons. Cela permettrait aisément à Arthur d’avoir été un contemporain plus âgé d’Urien.

L’Historia Brittonum dit explicitement qu’Arthur mena une alliance de rois durant ses batailles contre les Saxons. Il ne devrait donc rien y avoir de surprenant à trouver l’une ou plusieurs des douze batailles mentionnées en association avec d’autres rois bretons de l’époque d’Arthur.

Si Urien fut l’un des rois menés par Arthur, il est logique de trouver une référence à l’une des batailles d’Arthur dans un poème sur les exploits d’Urien. Ce fut peut-être la bataille où Urien joua le rôle le plus éminent.

Scène de bataille devant un château
Scène de bataille devant un château, anonyme, CC0, via Wikimedia Commons

Où se trouvait le mont Agned, ou Breguoin ?

La recherche de ce site de bataille s’est révélée particulièrement compliquée. Cela s’explique par les deux noms différents donnés pour le site dans les différents manuscrits. Certains chercheurs ont tenté d’identifier « Agned », d’autres ont concentré leurs recherches sur le toponyme « Breguoin », tandis que d’autres encore ont cherché un lieu qui concilie les deux toponymes.

Comme nous l’avons déjà vu, les indices écrasants soutiennent la conclusion qu’« Agned » est une forme corrompue et que le nom correct de ce site de bataille est « Breguoin ». Cela étant, nous n’examinerons aucun des emplacements suggérés qui reposent sur « Agned », à une exception notable près.

Édimbourg

Bien que la bataille elle-même n’y apparaisse pas, l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth mentionne spécifiquement le mont Agned. Celui-ci a régulièrement été intégré aux discussions sur l’emplacement de cette bataille.

Geoffroy de Monmouth a identifié le mont Agned à un lieu appelé le Château des Pucelles. Il ne dit pas explicitement où se trouvait le Château des Pucelles, mais il l’associe au château de Dumbarton.

Datant de quelques années seulement après l’écriture de Geoffroy, il existe un témoignage d’Édimbourg désigné sous le nom de Château des Pucelles. Les témoignages médiévaux postérieurs emploient également ce terme pour ce lieu. Édimbourg se trouve dans la même région d’Écosse que le château de Dumbarton ; il semble donc évident que Geoffroy a identifié le mont Agned à Édimbourg.

Fait intéressant, Geoffroy appelle aussi ce lieu « Mons Dolorosus », ou « mont Douloureux ». Il est fascinant de constater que cela correspond parfaitement à la meilleure suggestion quant à l’origine d’« Agned » – à savoir qu’il s’agit d’une corruption d’« agued », signifiant « affliction ».

En raison de la popularité précoce (qui ne s’éteint que maintenant) d’« Agned » comme forme correcte, un grand nombre de chercheurs ont privilégié Édimbourg comme site de cette bataille. Cela est encouragé par le fait que le point culminant des collines d’Édimbourg s’appelle Arthur’s Seat.

En outre, le poème gallois ancien Pa Gur suggère qu’Arthur livra une bataille en un lieu appelé Mynydd Eidyn, identifié avec certitude comme Édimbourg. Puisqu’aucun des autres sites de bataille de la liste de l’Historia Brittonum n’a traditionnellement été identifié à Édimbourg, cela semble confirmer que la bataille d’Arthur au mont Agned fut réellement Édimbourg.

Objections à cet emplacement

La principale objection à cet emplacement est le fait, comme nous l’avons déjà vu, qu’« Agned » est une forme corrompue. Le nom correct de ce site de bataille était certainement celui qui a évolué en « Breguoin », et non ce qui se cache derrière « Agned ».

Nous avons déjà vu que le mot « Agned » dans l’Historia Brittonum provenait très probablement d’une erreur de scribe pour le mot « agued », signifiant « affliction ». Cela étant posé, considérons le fait que Geoffroy appelle le Château des Pucelles – c’est-à-dire Édimbourg – le mont Douloureux. Si c’était vraiment un nom traditionnel d’Édimbourg, alors peut-être que la même erreur de scribe a indépendamment conduit Geoffroy à donner le nom d’« Agned » à ce lieu.

Quant à la mention d’Édimbourg dans Pa Gur, les vers suivants de ce poème suggèrent fortement qu’il faut l’identifier à la bataille d’Arthur du rivage de Tribruit. Elle ne peut donc pas être simultanément le site de sa onzième bataille.

Cadbury, Somerset

Un autre emplacement traditionnel a été Cadbury, dans le Somerset. Il repose sur deux manuscrits tardifs de l’Historia Brittonum, qui ajoutent la glose : « in Sumerseteschire, quem nos Cathbregion appellamus. » Cette glose affirme que cette bataille eut lieu dans le Somerset. On a traditionnellement compris cette lecture comme signifiant que c’était le site de la bataille lui-même, et non simplement la bataille, qui était appelé « Cathbregion ».

Sur cette base, certains chercheurs ont recherché un « Cathbregion » dans le Somerset. La possibilité la plus évidente est Cadbury Castle. Une autre raison de la popularité de cette identification est que le lieu se trouve assez proche de certains emplacements traditionnels du Badon, la dernière des douze batailles d’Arthur. Celui-ci est communément placé à Bath ou à Badbury Rings, dans le Dorset.

Objections à cet emplacement

Il existe deux objections majeures à ce site, toutes deux linguistiques. Premièrement, cette identification repose sur une lecture précise qui découle clairement d’une mauvaise interprétation. « Cathbregion » n’est pas le nom du site de la bataille. Il procède d’un contresens sur « Cat Bregion », signifiant « bataille de Bregion ». Nous trouvons un commentaire équivalent placé après la mention de la bataille de la forêt de Celidon, où l’Historia Brittonum ajoute qu’elle est appelée « Cat Coit Celidon ».

Deuxièmement, rien n’indique que « Cadbury » puisse provenir de « Cathbregion ». La seconde partie, « bury », vient de l’anglo-saxon « byrig ». Bien que ce soit un peu plus proche de « Bregion », les deux mots restent manifestement sans rapport.

Bravonium, Herefordshire

Un autre emplacement couramment suggéré est Bravonium, dans l’Herefordshire. Du point de vue étymologique, c’est une bien meilleure correspondance que Cadbury. Il repose également sur une compréhension exacte du texte de l’Historia Brittonum – à savoir que le site de la bataille s’appelait « Breguoin », et non « Cathbregion ».

Le « v » latin devenait généralement « gu » en gallois ancien. De plus, il était courant qu’un « a » proche du début d’un mot devienne « e » (nous le voyons par exemple avec le nom « Ambrosius », devenu « Embreis » en gallois ancien). L’évolution de « Bravonium » vers « Breguoin » est donc superficiellement séduisante. Tout au moins, c’est une théorie globalement viable.

Accessoirement, cet emplacement s’accorderait bien avec un itinéraire du nord vers Badon, si l’on place Badon soit à Bath, soit à Mynydd Baedan.

Objections à cet emplacement

La principale objection à cet emplacement est linguistique. Selon Kenneth Jackson, le toponyme « Bravonium » évoluerait naturellement en « Breguein » en gallois ancien. C’est très proche, bien que non identique, au « Breguoin » d’Arthur. Pour ceux qui s’en tiennent strictement aux règles linguistiques, cela signifie que Bravonium ne peut être le site de cette bataille.

Cependant, malgré le rejet de ce site par Keith Fitzpatrick-Matthews comme n’étant pas « linguistiquement possible », à la suite de Jackson, aucune personne raisonnable ne pourrait rejeter ce site sur la seule base d’une seule lettre. Jackson lui-même a reconnu que « Breguoin » pouvait certainement être une corruption de « Breguein ». La corruption d’un « e » en « o » est extrêmement bénigne. Elle est assurément bien moins spectaculaire que la corruption suggérée par Fitzpatrick-Matthews lui-même, de « Breguoin id » en « Agned ».

Une objection plus significative est le fait que Breguoin peut presque certainement être identifié à Brewyn, que la poésie galloise associe à Urien. Comme Urien était un roi actif aux abords de la frontière entre l’Écosse et l’Angleterre, il est probable que Brewyn (et donc Breguoin) se trouvait dans cette région. Bravonium, dans l’Herefordshire, est considérablement éloigné de la zone d’activité d’Urien.

Bien sûr, il n’est pas impossible qu’Urien ait voyagé loin vers le sud pour aider Arthur dans une bataille. Ce n’est toutefois pas la conclusion la plus naturelle. Par conséquent, bien qu’il n’y ait rien d’impossible à identifier Bravonium à Breguoin, ce n’est pas non plus l’identification la plus naturelle.

Bremenium, Northumberland

Le consensus académique écrasant aujourd’hui est que Breguoin peut être identifié à Bremenium, un fort militaire romain situé à Rochester, dans le Northumberland. Après la publication de son article fondateur de 1945 sur les batailles d’Arthur, Kenneth Jackson a pris connaissance de l’évidente connexion entre Breguoin et Brewyn, ce qui l’aida à discerner des arguments linguistiques qui lui avaient auparavant échappé.

Comme Jackson l’a expliqué, le « b » et le « m » latins pouvaient devenir le son « v » en gallois. Celui-ci s’écrivait « u ». Cependant, une variante orthographique du « u » en gallois ancien était « gu » (même si, en passant directement du latin, « gu » devrait provenir du « v » latin, et non du « b » ou du « m »). Le simple fait qu’un manuscrit de l’Historia Brittonum enregistre le site sous la forme « Breuoin » plutôt que « Breguoin » illustre ce point.

Par conséquent, plutôt que de provenir d’un « v » latin, le « gu » de ce toponyme pourrait potentiellement provenir d’un « b » ou d’un « m » latin. Parallèlement, le « ui » du gallois ancien pouvait provenir d’une forme du « e » latin. Sur ces bases, Jackson a suggéré que la forme antérieure de « Breguoin » pouvait être « Brevuin », qui proviendrait lui-même de « Bremen- ».

Le seul lieu qui corresponde parfaitement à ce nom est le fort romain de Bremenium. Jackson a également fait remarquer que cela s’accorde très bien avec la zone d’activité d’Urien. En outre, il soutient que les « cellules de Brewyn » mentionnées dans le poème gallois pourraient facilement faire référence aux « fondations ruinées et aux caves du fort romain ».

Il existe d’autres arguments que Jackson ne mentionne pas. L’emplacement le plus probable de la bataille précédente, à Tribruit, est Édimbourg. Si Arthur se précipitait vers le sud pour stopper une attaque saxonne contre Badon, la grande route romaine descendante depuis Édimbourg passerait exactement devant Bremenium. À l’inverse, un itinéraire passant par Bravonium n’est pas aussi clairement garanti, bien que toujours possible.

En outre, bien que Bravonium ne soit pas invraisemblablement éloigné des activités de pillage saxonnes, nous savons que les Anglo-Saxons cherchaient à s’établir dans le Northumberland à cette époque, puisqu’ils s’installèrent à Bamburgh quelques années seulement plus tard, en 547.

Objections à cet emplacement

La plupart des chercheurs se sont simplement contentés de répéter l’identification de Jackson, la tenant pour acquise comme une correspondance linguistique définitive. Cependant, un examen plus attentif de l’argument de Jackson révèle que ce cas n’est pas aussi solide qu’on le suppose habituellement.

De manière cruciale, remarquons que « Bremenium » évoluerait en « Brevuin », évoluant à son tour en « Breuuin ». S’il est vrai que « gu » était une graphie alternative pour « u », cela donnerait « Breguuin », et non « Breguoin ». Exactement comme avec « Bravonium » donnant « Breguein », il subsiste toujours une différence d’une lettre. Il est donc incorrect de dire que « Bremenium » est une correspondance linguistique plus proche de « Breguoin » que « Bravonium ». En réalité, les deux sont également éloignés.

En outre, « Breguein » est la graphie vers laquelle nous nous attendrions naturellement à voir évoluer « Bravonium », tandis que « Bremenium » aurait pu évoluer vers d’autres formes, bien plus éloignées de « Breguoin » que la reconstruction hypothétique de Jackson. Il existe de nombreux exemples où le « m » latin n’est pas devenu un « v » (puis « u » ou « gu ») dans l’orthographe galloise postérieure.

De surcroît, Jackson a reconnu ne connaître aucun témoignage attestant que « v » soit devenu « gu » dès l’époque où ces manuscrits de l’Historia Brittonum furent écrits, les plus anciens exemples de ce phénomène dont il avait connaissance datant de la fin du onzième siècle. Ce point n’est jamais reconnu dans les discussions sur ce sujet. Jackson estimait néanmoins personnellement qu’il n’y avait aucune raison de douter qu’un tel changement ait pu se produire si tôt.

En résumé, le lien linguistique entre « Bremenium » et « Breguoin » n’est en réalité pas aussi fort que le lien linguistique entre « Bravonium » et « Breguoin ». Il est en fait légèrement plus faible. Pourtant, les indices tirés de la connexion de Breguoin à Urien, ainsi que de sa place dans le récit de la carrière d’Arthur, font pencher la balance en faveur de Bremenium.

Conclusion

En conclusion, la bataille du mont Agned était plus exactement la bataille du mont Breguoin. Ce fut la onzième des célèbres douze batailles d’Arthur. Elle semble s’être déroulée alors qu’Arthur voyageait vers le sud depuis Édimbourg, après la bataille du rivage de Tribruit. Urien combattit également à cet endroit, peut-être comme l’un des rois alliés d’Arthur. La plupart des chercheurs considèrent que Breguoin peut être identifié au fort romain de Bremenium, à Rochester, dans le Northumberland. Cependant, Bravonium, dans l’Herefordshire, est également une possibilité distincte.

QUESTIONS FRÉQUEMMENT POSÉES

Qui a gagné la bataille du mont Agned, ou Breguoin ?

La bataille du mont Breguoin fut remportée par Arthur et ses compatriotes Bretons.

Où se trouvait Breguoin ?

Breguoin peut vraisemblablement être identifié à Bremenium, le fort romain de Rochester, dans le Northumberland. Cependant, Bravonium, dans l’Herefordshire, est une autre possibilité. Elle est plus probable du point de vue linguistique, mais moins probable au regard des autres indices.

Le mont Agned ou Breguoin : quelle est la forme correcte ?

Les indices textuels et linguistiques soutiennent fortement la conclusion qu’« Agned » est une forme corrompue. Le mot pourrait provenir d’« agued », signifiant « affliction », et avoir été interprété par erreur comme un toponyme à un moment donné. « Breguoin » est assurément le nom le plus correct pour ce site de bataille.

Sources

Fitzpatrick-Matthews, Keith, The ‘Arthurian Battle List’ of the Historia Brittonum, 2018

Jackson, Kenneth, Arthur’s Battle of Breguoin, 1949

Jackson, Kenneth, Once Again Arthur’s Battles, 1945

Sullivan, Tony, The Battles of King Arthur, 2022

Ashley, Mike, A Brief History of King Arthur, 2013

Field, P. J. C., Arthur’s Battles, 2008

http://www.legendofkingarthur.co.uk/battles/11-cat-bregion.htm

https://www.earlybritishkingdoms.com/arthur/kabattles.html

http://www.facesofarthur.org.uk/articles/guestdan2c.htm

Par Caleb Howells

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