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Garwen fille de Henin Hen, concubine du roi Arthur

Par Caleb Howells

Garwen est un personnage extrêmement mineur des légendes arthuriennes, mais on se souvenait d’elle pour avoir été l’une des maîtresses du roi Arthur, de sorte qu’il est évident qu’il existait autour d’elle une tradition bien plus vaste qui s’est simplement perdue. Sur la base des témoignages qui nous sont parvenus, que savons-nous de ce personnage, Garwen fille de Henin Hen ?

Livre Noir de Carmarthen, folio 35r, montrant le nom de Garwen (écrit par erreur « Earrwen ») à la fin de la quatrième ligne
Livre Noir de Carmarthen, folio 35r, montrant le nom de Garwen (écrit par erreur « Earrwen ») à la fin de la quatrième ligne

Qui était Garwen ?

Garwen fille de Henin Hen est une figure de la tradition galloise, rattachée à Arthur dans l’une des deux seules sources qui la mentionnent. Il s’agit des Triades galloises, un recueil de divers éléments de la tradition galloise regroupés par trois.

Garwen apparaît dans la Triade 57, qui recense les Trois Concubines d’Arthur. La première d’entre elles est Indeg fille de Garwy Hir, tandis que la troisième est Gwyl fille de Gendawd. Quant à Garwen fille de Henin Hir, elle apparaît en deuxième position.

Garwen était donc, dit-on, l’une des concubines du roi Arthur. D’après l’ordre présenté dans la triade, il semblerait que Garwen ait été la deuxième concubine d’Arthur. Certes, les entrées de chaque triade ne sont pas toujours présentées dans l’ordre chronologique. Elles le sont cependant souvent. Par conséquent, en l’absence de toute raison de penser autrement, il semble probable que Garwen soit effectivement venue après Indeg mais avant Gwyl.

Le statut de Garwen

La triade qui mentionne Garwen vient immédiatement après une triade décrivant les Trois Grandes Reines d’Arthur. Ces reines sont les trois Gwenhwyfar de la tradition galloise. Il existe donc un contraste net entre les reines d’Arthur et ses concubines.

Garwen n’avait donc pas le même statut qu’une véritable reine. Sa position de concubine faisait d’elle une sorte de reine de second rang. Néanmoins, cela signifie qu’elle avait un lien officiel avec Arthur.

En revanche, certaines traductions emploient le mot « maîtresses » plutôt que « concubines ». Cela suggère qu’il n’existait aucune union officielle entre Arthur et Garwen, et qu’ils furent simplement des amants. Toutefois, l’édition de référence des Triades galloises de Rachel Bromwich emploie le mot « concubines ».

Le nom de Garwen

Les Triades galloises sont un recueil que l’on retrouve dans plus d’un manuscrit. Il en existe différentes versions dans une variété de manuscrits. Pour cette raison, plus d’une graphie de son nom est attestée.

En plus de « Garwen », qui est la graphie de son nom dans le Livre Blanc de Rhydderch, son nom apparaît également sous les formes « Garwenn » et « Arwen ». Il n’était pas rare que le « G » initial d’un nom soit amuï.

L’autre source dans laquelle elle apparaît, que nous examinerons plus en détail ensuite, écrit son nom « Earrwen ». On considère qu’il s’agit d’une altération de « Garrwen », étant donné que cette figure est explicitement appelée fille de « Hennin » et qu’elle est donc manifestement la même que la concubine d’Arthur des Triades galloises.

De manière générale, « Garwen » est la forme utilisée dans les sources modernes.

Garwen dans les Stances des Tombes

La seule autre source où Garwen apparaît indiscutablement est un poème intitulé Englynion y Beddau, généralement connu en anglais sous le nom de Stanzas of the Graves (les Stances des Tombes). Il s’agit d’un vaste recueil de stances qui consignent les tombes de nombreux personnages de la tradition galloise.

Dans ce poème, la stance pertinente se lit ainsi :

« Les tombes du Morfa,

rares sont ceux qui les pleurent (?) ;

là repose Sanant la fière jeune fille ;

là repose Rhun, ardent au combat ;

là repose Earrwen fille de Hennin ;

là reposent Lledin et Llywy. »

D’après cela, la tombe d’« Earrwen » (correctement « Garwen ») se trouvait dans le Morfa. En commentant cette stance, le chercheur Peter Bartrum a soutenu qu’il s’agit presque certainement d’une référence à Morfa Rhianedd, près de Llandudno, dans le Gwynedd.

Sur quoi repose cette conclusion ? Elle repose sur le fait qu’au moins deux des autres personnages de cette stance peuvent vraisemblablement être rattachés à cette région. Sanant peut être identifiée à Sannan, l’épouse de Maelgwn Gwynedd, tandis que Rhun peut être identifié au fils de Maelgwn. Bien que ni l’un ni l’autre de ces noms ne fût exclusif à ces personnages, les voir tous deux réunis suggère qu’il s’agit bien des personnes visées.

Maelgwn lui-même était roi du Gwynedd et était étroitement associé à Morfa Rhianedd, un lieu situé dans son royaume.

Lledin et Llywy, les deux autres personnages mentionnés dans la stance, semblent inconnus, de sorte qu’ils ne peuvent pas nous aider à établir cette conclusion avec plus de certitude. Néanmoins, au vu des témoignages dont nous disposons, il est raisonnable de conclure que Garwen fut, selon cette source, enterrée à Morfa Rhianedd, dans le Gwynedd.

La famille de Garwen

On sait très peu de choses sur la famille de Garwen. La triade dans laquelle elle apparaît ne révèle que le fait que son père était connu sous le nom de Henin Hen, ou Henin le Vieux. Cependant, malgré des apparences de matière bien maigre, diverses références dans la tradition galloise peuvent nous aider à reconstituer un profil raisonnablement complet.

Le père de Garwen

Le nom du père de Garwen, selon la graphie du Livre Blanc de Rhydderch, était Henin Hen. D’autres manuscrits nous fournissent les variantes suivantes :

Henni

Henyn

Henyn Hen

Heinin

Hini Hir

Henni Hir

Heni Hir

Comme on peut le constater, les variantes de son nom sont nombreuses, mais toutes sont globalement cohérentes. La seule différence significative est l’emploi de « Hir » plutôt que de « Hen », car ce mot a en réalité un sens différent. Tandis que « hen » signifie « vieux », le mot « hir » signifie « grand » (de taille).

Étant donné que les deux versions disposent d’un nombre égal de témoins textuels, mais que « Hen » est appuyé par le plus ancien d’entre eux, il est évident que « Hen » est l’épithète la mieux attestée pour ce personnage.

Qui était Henin Hen ?

L’identité de ce père de Garwen est suggérée par le fait que, juste deux lignes après la référence à la tombe de Garwen dans les Stances des Tombes, nous trouvons le vers suivant :

« La tombe de Hennin Henben est au cœur de Dinorben. »

Il est très probable que ce Hennin Henben doive être compris comme étant le même personnage que Hennin, le père de Garwen, que le poème venait de mentionner deux lignes plus haut. Cela est confirmé par le fait que l’épithète « Henben » peut aisément être comprise comme une forme développée de « Hen », l’épithète donnée au père de Garwen dans les Triades galloises.

Livre Noir de Carmarthen, folio 35r, mentionnant la tombe de Hennin Henben aux quatrième et cinquième lignes
Livre Noir de Carmarthen, folio 35r, mentionnant la tombe de Hennin Henben aux quatrième et cinquième lignes

L’emplacement de la tombe de ce Hennin, Dinorben, se trouve à Abergele, près de la côte du nord du pays de Galles. Fait intéressant, ce lieu n’est qu’à dix miles à l’est de Morfa Rhianedd, la tombe probable de Garwen. Cela vient à l’appui de la conclusion selon laquelle ce vers se réfère bien au père de Garwen.

À la lumière de ces faits, il est évident que Henin Hen était associé au nord du pays de Galles. Cela nous aide à déterminer qui il était.

Saint Hywyn de l’île de Bardsey

Le nom « Henin » n’était pas courant à cette époque. En réalité, il ne semble y avoir que deux personnes de cette époque qui aient pu être le père de Garwen.

Une première possibilité est le personnage communément connu sous le nom de saint Hywyn. Dans le plus ancien témoignage qui le mentionne, son nom est écrit « Henwyn ». Bien que cette forme ne corresponde exactement à aucune des variantes attestées du nom de Henin dans les manuscrits, elle en est manifestement très proche.

Hywyn est présenté comme le fils de Gwyndaf Hen, originaire de Llydaw, c’est-à-dire la Bretagne. On dit qu’il vécut sur l’île de Bardsey, au large de la côte occidentale du Gwynedd. Il se trouvait donc dans la bonne région générale de la Grande-Bretagne pour qu’on puisse l’identifier au père de Garwen.

Cependant, Hywyn étant un saint qui menait une vie religieuse sur une île, il semble peu probable qu’il ait eu une fille, surtout une fille destinée à devenir la concubine d’un roi. Cela n’est toutefois pas impossible.

Heinin Fardd, barde de la cour de Maelgwn

Une identification plus vraisemblable semble être Heinin Fardd. Il est connu pour avoir été le chef des bardes de Maelgwn Gwynedd. Il apparaît dans un récit mettant en scène le jeune Taliesin, qui se rendit à la cour de Maelgwn et affronta les bardes, en particulier Heinin.

Taliesin jeta un sort aux bardes de Maelgwn, les rendant incapables de produire le moindre son cohérent alors qu’ils tentaient de chanter les louanges du roi. Maelgwn réprimanda ses bardes, et Heinin dut alors expliquer que la cause de leur predicament n’était ni l’ivresse ni quoi que ce soit de ce genre, mais Taliesin, qu’il décrivit comme un esprit sous l’apparence d’un enfant.

Bien que l’histoire soit humiliante pour Heinin, elle montre qu’il occupait une position éminente à la cour de Maelgwn. Le Gwynedd étant alors l’un des royaumes les plus puissants de Grande-Bretagne, Heinin était de ce fait un personnage relativement important.

Contrairement à la vie sainte de Hywyn, à l’écart de la société, rien dans la position de Heinin n’aurait pu l’empêcher d’être le père de l’une des concubines du roi Arthur. Sa vie ne se déroulait pas à l’écart de la société, mais dans l’éminence d’une cour royale, et aucun vœu de célibat n’était attendu de lui.

Par ailleurs, il existe des références à des bardes qui étaient également guerriers. Cela rejoint certaines mentions d’un guerrier simplement appelé Henben, qui pourraient bien se référer à Henin, le père de Garwen.

Il apparaît donc que Garwen était une noble du Gwynedd, fille du barde en chef de Maelgwn Gwynedd. Si l’on peut effectivement identifier son père Henin Hen au Henben qui apparaît ailleurs dans la tradition galloise, alors sa lignée paternelle semblait originaire du Nord, puisque Henben est présenté comme le fils d’un homme nommé Gleisiar Gogledd (du Nord).

Où vivait Garwen ?

Maintenant que nous avons analysé les témoignages concernant l’identité du père de Garwen, nous pouvons mieux la comprendre et dresser un profil plus complet d’elle. Par exemple, où vivait-elle ?

Les témoignages tirés des Stances des Tombes appuient la conclusion selon laquelle elle était étroitement associée au nord du pays de Galles. Cela est cohérent, son père étant manifestement le barde en chef de la cour royale de Maelgwn Gwynedd.

Le fait que son père ait eu ce statut signifie vraisemblablement que Garwen vivait à proximité d’une ou de plusieurs des cours royales de Maelgwn, puisque Henin lui-même devait se trouver régulièrement au contact immédiat de Maelgwn.

À cette époque, les cours royales étaient généralement itinérantes. Autrement dit, un roi ne disposait pas d’une seule et unique cour où il se fixait. Il avait plutôt diverses cours réparties dans son royaume, qu’il visitait tour à tour.

Étant donné que sa fonction de barde en chef de Maelgwn exigeait que Henin fût présent pour chanter les louanges du roi, on peut supposer que Henin voyageait constamment avec le roi. Sa femme et ses enfants l’accompagnaient vraisemblablement, constituant les membres périphériques du cortège royal.

Il est donc tout à fait possible que Garwen et sa famille n’aient pas vécu en un lieu unique du Gwynedd. Il serait peut-être plus juste de les associer à l’ensemble des cours royales identifiables du Gwynedd en usage sous le règne de Maelgwn.

Après être devenue la concubine d’Arthur

Bien entendu, cela aurait naturellement changé après que Garwen fut devenue la concubine d’Arthur. S’il ne semble pas exister de sources de la période arthurienne, ou la concernant, qui expliquent en détail comment fonctionnait le concubinage, nous pouvons raisonnablement supposer que Garwen aurait quitté sa famille pour aller vivre sur le territoire du roi Arthur.

Sans jouir de la position privilégiée de la reine d’Arthur, Gwenhwyfar, Garwen aurait néanmoins sans aucun doute eu sa place à la cour d’Arthur. Tout comme celle de Maelgwn, la cour d’Arthur était indubitablement itinérante.

Il est donc peu probable que nous puissions désigner un lieu précis du territoire d’Arthur où Garwen résidait en permanence. Elle aurait plutôt résidé dans l’ensemble des cours royales de cette région.

Le nouveau territoire royal de Garwen

Jesus College MS 20, folio 1r, montrant « glyn goet kernyw » dans le poème Arthur et l'Aigle
Jesus College MS 20, folio 1r, montrant « glyn goet kernyw » dans le poème Arthur et l'Aigle

Cela soulève la question : où se trouvait exactement le territoire royal d’Arthur ? Quels pourraient être des exemples de cours royales où Garwen résida temporairement ?

La tradition galloise associe fermement le roi Arthur à une région appelée Cerniw. C’était le nom gallois de la Cornouaille, mais c’était aussi le nom d’une région du Gwent, ou peut-être une autre appellation du Gwent lui-même.

Au sein du Cerniw, la cour royale la plus populaire d’Arthur semble avoir été Gelliwig. Dans le Gwent, des documents médiévaux montrent que Llanvetherine était autrefois connue sous ce nom même. Il semble donc qu’il s’agissait vraisemblablement de l’une des cours royales où Garwen aurait résidé temporairement.

Le fait que Gelliwig se trouvait dans le Cerniw du sud-est du pays de Galles plutôt qu’en Cornouaille est mis en évidence par le poème gallois Arthur et l’Aigle, qui fait mention du val de Coed Cerniw. Celui-ci correspond à l’actuel Coedkernew, dans le Gwent.

Diverses hagiographies latines de figures religieuses de cette époque situent elles aussi Arthur dans le sud-est du pays de Galles. À ce propos, il est notable que l’archéologie ait révélé que Dinas Powys, dans le Glamorgan, était l’un des sites les plus riches de la période arthurienne. Il semble avoir été un centre de tribut et la résidence d’une maison royale.

Nous pouvons donc presque certainement compter Dinas Powys parmi les lieux où Garwen (ainsi que le reste de la cour royale d’Arthur) aurait résidé pendant qu’elle fut la concubine d’Arthur.

Quand vivait Garwen ?

Examinons à présent la question de l’époque à laquelle vivait Garwen. Puisqu’elle était la concubine d’Arthur, elle fut évidemment l’une de ses contemporaines. Cela la situerait au sixième siècle. Mais peut-on être plus précis ?

Un élément peut nous y aider : l’identification de son père, Henin Hen, avec Heinin Fardd. Comme nous l’avons vu, celui-ci était le chef des bardes de Maelgwn. Cela nous est utile, car le règne de Maelgwn Gwynedd peut être établi avec une certaine confiance.

Quand régna Maelgwn

Bien que les Annales Cambriae placent célèbrement la mort de Maelgwn par la peste en 547, cela semble être une anomalie. Comme l’a noté Rachel Bromwich, les épidémies de peste étaient fréquentes dans cette région, et il se peut qu’une peste ultérieure ait été confondue avec la peste de Justinien, qui survint effectivement dans les années 540.

Bromwich a fait observer que l’Historia Brittonum, qui précède d’un siècle les Annales Cambriae, fait de Maelgwn un roi de la fin du sixième siècle, plaçant le début de son règne 146 ans après l’arrivée de Cunedda dans le nord du pays de Galles.

L’arrivée de Cunedda n’étant pas antérieure à 425, cela situerait le début du règne de Maelgwn en 571 au plus tôt. Un élément vient à l’appui : l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth. Selon ce récit de la Grande-Bretagne du sixième siècle, Maelgwn survécut à David et à Deiniol, deux figures religieuses éminentes de la Grande-Bretagne médiévale. Tous deux moururent dans les années 580.

En outre, un traité gallois médiéval décrivant des événements postérieurs à la fin du règne de Maelgwn va dans le même sens. Il explique qu’un souverain du Nord nommé Elidir descendit dans le Gwynedd pour attaquer Rhun, le fils de Maelgwn, celui-ci étant un fils illégitime et donc, aux yeux d’Elidir, un souverain illégitime.

Rhun parvint à repousser l’attaque d’Elidir, le tuant au passage. Pour le venger, plusieurs rois du Nord se lancèrent dans une campagne contre le Gwynedd. Ces rois peuvent tous être situés à la fin du sixième siècle, voire au début du septième siècle. Un exemple notable est Rhydderch Hael, mort vers 614.

Puisque le traité gallois en question implique que ces événements se déroulèrent très peu de temps après la mort de Maelgwn (certainement pas des décennies plus tard), cela suggère que la mort de Maelgwn survint tout à fait à la fin du sixième siècle.

Ce que cela signifie pour Garwen

Sur la base de ces faits, il est évident que Heinin Fardd, père présumé de Garwen, était actif dans la seconde moitié du sixième siècle. Malheureusement, nous ne savons pas exactement à quelle époque se situe le récit qui mentionne Heinin Fardd, ni quel âge il était censé avoir à ce moment-là.

Le détail selon lequel Taliesin n’était qu’un enfant lorsqu’il affronta les bardes de Maelgwn est certes dénué de toute historicité. Cela ne nous aide donc pas à établir quand cet événement eut réellement lieu. Taliesin était vraisemblablement déjà un homme fait lorsqu’il eut cette interaction avec Heinin.

Néanmoins, le fait que le seigneur de Taliesin fût alors Elphin suggère que cela se produisit avant qu’il ne passât au service de Cynan Garwyn de Powys, lequel précédait son service auprès d’Urien Rheged. La visite de Taliesin à la cour de Maelgwn se situa donc vraisemblablement tout au début du règne de Maelgwn. Comme nous l’avons vu, cela correspond à 571 au plus tôt.

Si Heinin était le chef des bardes de Maelgwn vers 571, il a pu naître de façon réaliste entre environ 501 et 541. En prenant la plus ancienne date raisonnable, sa fille Garwen a donc pu naître de manière plausible entre environ 523 et 543.

Cet intervalle à l’esprit, elle a pu être prise par Arthur n’importe quand entre environ 540 et potentiellement jusqu’en 573. Le point médian de cet intervalle serait environ 556.

Le caractère tardif de cette union

Inutile de le dire, c’est bien plus tard que ce que permet la chronologie arthurienne traditionnelle. La dernière bataille du roi Arthur, celle de Camlann, est habituellement placée en 537, d’après la date donnée dans les Annales Cambriae. Or, il existe des témoignages considérables indiquant que cette date fut antidatée de trente-trois ans par un scribe médiéval qui confondit la mort de Jésus avec sa naissance (les deux points de repère étaient parfois utilisés pour dater les événements).

Un ensemble de témoignages en ce sens est celui concernant le fait que Maelgwn fut un roi de la fin du sixième siècle, comme nous l’avons déjà vu. En effet, Gildas, écrivant au sixième siècle, montre que Maelgwn était déjà largement engagé dans son règne quelque vingt-deux ans après la bataille de Camlann.

Illustration de Maelgwn Gwynedd, roi de la Grande-Bretagne du haut Moyen Âge, tirée du Brut Y Brenhinedd, XVe siècle, pays de Galles
Illustration de Maelgwn Gwynedd, roi de la Grande-Bretagne du haut Moyen Âge, tirée du Brut Y Brenhinedd, XVe siècle, pays de Galles

Voir l’article Quand le roi Arthur a-t-il réellement vécu ? pour un examen plus approfondi de ce sujet.

Selon cette chronologie révisée, la bataille du Mont Badon d’Arthur eut lieu vers 549, la bataille de Camlann vers 570. Comme il existe des témoignages indiquant que le père de Maelgwn mourut à Camlann, cela concorde parfaitement avec le placement du début du règne de Maelgwn vers 571.

Par conséquent, bien que l’intervalle d’environ 540 à 573 pour le moment où Garwen devint la concubine d’Arthur soit totalement incompatible avec les dates traditionnellement attribuées au roi Arthur, il s’accorde parfaitement avec cette chronologie révisée.

Garwen était-elle vraiment la deuxième concubine d’Arthur ?

La triade qui mentionne Garwen la place en deuxième position parmi les concubines d’Arthur. Cela signifie-t-il qu’elle devint réellement sa concubine après Indeg mais avant Gwyl ?

En un mot, nous ne le savons pas. Il est toutefois notable que les entrées de chaque triade soient généralement classées dans l’ordre chronologique, bien que pas toujours. L’hypothèse spontanée devrait donc être que ces concubines d’Arthur sont réellement énumérées dans l’ordre où elles devinrent ses concubines.

Mais peut-on être plus précis ?

Comme nous l’avons vu, l’intervalle probable durant lequel Garwen devint la concubine d’Arthur s’étend d’environ 540 à 573. Pour référence, les témoignages concernant Indeg indiquent qu’elle devint la concubine d’Arthur pas avant environ 560.

Bien que cela ne soit pas impossible, il semble peu probable qu’Arthur ait été préoccupé par la recherche d’une concubine pendant ses guerres contre les Saxons. Il est donc probable que Garwen ne fut pas choisie comme concubine avant 549.

Étant donné que l’année raisonnable la plus ancienne pour l’union d’Arthur avec Garwen précède de manière significative l’année raisonnable la plus ancienne pour son union avec Indeg, cela va à l’encontre de l’idée que la triade suit un ordre chronologique.

D’autres témoignages

En outre, il est notable que le Bonedd yr Arwyr donne à Arthur une autre concubine (ou peut-être une maîtresse) qui n’est pas mentionnée dans les Triades galloises. Son nom est Eleirch, et elle est présentée comme la mère du fils d’Arthur, Cydfan.

Les témoignages la concernant, elle et sa famille, indiquent qu’elle était en réalité la cousine germaine d’Arthur. Cela rend presque certain qu’Arthur eut des relations avec elle bien avant Indeg ou Garwen.

Cela étant, il semble manifeste que la triade sur les concubines d’Arthur n’est pas un relevé chronologique simple des concubines d’Arthur. Elle semble plutôt se limiter aux plus éminentes d’entre elles, et leur ordre a fort bien pu être influencé par ce facteur.

Il est à noter qu’Indeg est la seule des trois concubines de la triade à être mentionnée dans Culhwch and Olwen comme une femme éminente du royaume d’Arthur. Il se peut donc qu’Indeg soit énumérée avant Garwen simplement parce qu’elle était plus éminente qu’elle, alors qu’en réalité, Garwen devint la concubine d’Arthur à une période antérieure.

La mort et la sépulture de Garwen

Comme nous l’avons vu, les Stances des Tombes révèlent que Garwen fut enterrée dans le Morfa, qui est presque certainement Morfa Rhianedd, dans le Gwynedd. Cette information apparemment intéressante mais en définitive sans grande importance indique en réalité autre chose sur Garwen.

Puisque Garwen avait quitté sa famille pour devenir l’une des concubines d’Arthur, allant manifestement vivre dans le royaume de celui-ci, dans le sud-est du pays de Galles, pourquoi fut-elle finalement enterrée dans le Gwynedd ?

Non seulement elle fut enterrée dans le Gwynedd, mais considérons le site précis de sa sépulture. Comme le révèle la stance qui la mentionne, Sannan, l’épouse de Maelgwn, et son fils Rhun furent également enterrés dans cette zone.

Le fait que Garwen, l’une des concubines d’Arthur, ait été enterrée dans la même zone que l’épouse et le fils du roi du Gwynedd est profondément intrigant. Qu’est-ce qui a pu conduire à cette situation ? Pourquoi Garwen ne fut-elle pas enterrée sur le territoire d’Arthur ?

On pourrait facilement écarter la question en estimant que Garwen fut renvoyée dans son territoire d’origine pour y être enterrée, puisqu’elle n’était après tout que la concubine d’Arthur et non sa véritable épouse. Il est toutefois notable qu’elle n’a pas été enterrée juste à côté de son père, Henin. Comme nous l’avons vu, Henin semble avoir été enterré à une dizaine de miles à l’est de Morfa Rhianedd.

Henin était le chef des bardes de Maelgwn, et pourtant, lui non plus ne fut pas enterré dans le voisinage immédiat de l’épouse et du fils de Maelgwn.

Tout en s’efforçant de ne pas surinterpréter trop ce fait, celui-ci paraît significatif. Il suggérerait que Garwen avait été un membre hautement estimé de la cour du Gwynedd avant de devenir la concubine d’Arthur. Par conséquent, même si c’est vraisemblablement en raison de ses liens familiaux avec la région que son corps fut renvoyé dans le Gwynedd pour y être enterré, l’emplacement précis de sa sépulture fut probablement choisi par les hommes du Gwynedd afin de lui rendre honneur.

Le fait qu’elle ait été un membre célèbre de la cour du Gwynedd aiderait aussi à expliquer pourquoi Arthur la choisit comme concubine en premier lieu, son royaume étant assez éloigné du Gwynedd.

Conclusion

En conclusion, Garwen fut l’une des concubines du roi Arthur. Elle était la fille d’un homme nommé Henin Hen, également connu sous le nom de Henin Henben et apparemment identique à Heinin Fardd, le barde en chef de Maelgwn Gwynedd. À ce titre, c’était une noble relativement éminente, mais de rang inférieur à celui d’une princesse. Néanmoins, c’est vraisemblablement en raison de la relative éminence de son père qu’Arthur décida de la prendre pour concubine.

En plus d’apparaître dans les Triades galloises, Garwen apparaît également dans les Stances des Tombes. Nous y apprenons que sa tombe se trouvait dans le Morfa, qui est vraisemblablement Morfa Rhianedd. Elle fut ainsi enterrée à proximité de Sannan, l’épouse de Maelgwn, et de son fils Rhun. Cela indique qu’elle avait été un membre estimé de la cour royale du Gwynedd avant de devenir la concubine d’Arthur.

Sources

Bartrum, Peter, A Welsh Classical Dictionary, 1993

Bromwich, Rachel, Trioedd Ynys Prydein: The Triads of the Island of Britain, 2014

Haycock, Marged, Legendary Poems from the Book of Taliesin, 2007

Howells, Caleb, King Arthur: The Man Who Conquered Europe, 2019

Bromwich, Rachel & Simon Evans, D, Culhwch ac Olwen, 2012

Parker, Will, Culhwch and Olwen Translation (footnote 117), 2016

https://nightbringer.se/the-legend-of-king-arthur/arthurian-characters/c-arthurian-persons/cydfan/

https://www.maryjones.us/ctexts/t14.html

https://www.maryjones.us/ctexts/bbc19.html

https://en.wikisource.org/wiki/The_Mabinogion/Taliesin

https://mistshadows.blogspot.com/2019/11/and-winner-of-uther-pendragon-contest-is.html

Par Caleb Howells

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