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Où se trouvait la cour royale du roi Arthur à Celliwig ?

Par Caleb Howells

Dans les légendes arthuriennes de la tradition galloise, la principale cour royale du roi Arthur est un lieu appelé Celliwig, dans une région nommée Cernyw. Peut-on identifier ce lieu ? Se trouvait-il quelque part en Cornouailles, comme on le croit traditionnellement ? Ou bien s’agissait-il plutôt d’un lieu situé au pays de Galles ? Le présent article examine les éléments de preuve.

Triade 1, mentionnant la cour d'Arthur à Celliwig (sur le folio précédent, aujourd'hui manquant) en Cernyw (premier mot de ce folio), ainsi que son évêque en chef Bedwini et son doyen en chef Caradog Freichfras, Peniarth MS 16, folio 50r, Bibliothèque nationale du pays de Galles, Aberystwyth
Triade 1, mentionnant la cour d'Arthur à Celliwig (sur le folio précédent, aujourd'hui manquant) en Cernyw (premier mot de ce folio), ainsi que son évêque en chef Bedwini et son doyen en chef Caradog Freichfras, Peniarth MS 16, folio 50r, Bibliothèque nationale du pays de Galles, Aberystwyth

Qu’était-ce que Gelliwg ?

Dans la tradition galloise, Celliwig est le nom de la cour royale du roi Arthur. Comme nombre de rois médiévaux, le roi Arthur recourait manifestement à un système itinérant — c’est-à-dire qu’il se déplaçait d’une cour à l’autre, sans résidence fixe. Néanmoins, la tradition galloise laisse fortement entendre que Celliwig était l’une des résidences royales les plus importantes d’Arthur, sinon la plus importante.

On disait qu’elle se trouvait dans un lieu appelé Cernyw, également orthographié Kerniw. Ce nom a traditionnellement été traduit par « Cornouailles », puisqu’il s’agit bien du mot gallois désignant cette région. Toutefois, il servait aussi à désigner d’autres lieux, raison pour laquelle certains chercheurs soutiennent qu’il peut être situé au pays de Galles.

Il semble que Celliwig ne soit mentionnée dans aucune source arthurienne non galloise, à moins qu’elle n’y figure sous un autre nom. Au sein de la tradition galloise, elle apparaît dans les Triades galloises ainsi que dans des récits arthuriens en prose.

De ces sources, nous pouvons déduire qu’il s’agissait de l’une des résidences royales d’Arthur. Elle comportait une grande salle où Arthur réunissait sa cour royale ainsi que ses nombreux alliés. La charge de portier y était éminente, ce serviant étant responsable de deciding qui pouvait entrer. Par ailleurs, Arthur désignait un doyen en chef, manifestement une sorte de gouverneur local exerçant son autorité sur Celliwig et probablement sur l’ensemble du Cernyw.

Nom

Le nom de Celliwig revêt de nombreuses formes dans les documents disponibles. L’orthographe « Celliwig » est la plus courante aujourd’hui, mais la forme « Gelliwic » apparaît également. Très occasionnellement, on rencontre « Gelliwig ».

Dans les textes gallois originaux, l’orthographe « Kelliwic » ou « Kelli Wic » était courante. Une autre orthographe attestée dans les sources galloises médiévales est « Kelliwyc ».

Étymologie

L’origine du toponyme « Celliwig » est généralement comprise comme signifiant « bocage forestier », bien que d’autres hypothèses aient été proposées. Il existe néanmoins un accord quasi unanime pour dire que la première partie, « Celli », signifie « bosquet ».

C’est la seconde partie, « wig », qui suscite la controverse. Une suggestion y voit un parent du latin « vicus » et du vieil anglais « wich », qui désignent tous deux un établissement humain. Autrement dit, « Celliwig » signifierait « ville du bosquet ».

Cependant, l’opinion savante la plus respectée rapproche « wig » du mot gallois « gwig », signifiant « forêt » ou « bois ». C’est de là que provient le sens proposé de « bocage forestier ».

Celliwig dans les Triades galloises

Les Triades galloises désignent un recueil médiéval de plusieurs dizaines de traditions regroupées par trois. Elles concernent principalement l’époque du roi Arthur, évoquant des événements, des personnes, des lieux et même des objets.

La toute première triade fait référence à Celliwig. Elle est intitulée : les Trois Trônes tribaux de l’île de Bretagne. La deuxième entrée de cette triade, telle que traduite par Rachel Bromwich, se lit ainsi :

« Arthur comme chef des princes en Celliwig en Cornouailles, et l’évêque Bytwini comme chef des évêques, et Caradawg Bras-Fort comme chef des doyens. »

La première entrée de cette triade évoque le trône tribal, ou cour royale, de St David’s, dans le Dyfed, tandis que la troisième se rapporte au trône tribal de Pen Rhionydd, dans le Nord.

Comprendre le lien entre Celliwig et les autres cours

Comme nous pouvons le voir, la cour de Celliwig était l’une des trois plus importantes parmi les cours d’Arthur, lesquelles étaient vraisemblablement nombreuses. Étant donné la grande distance géographique entre St David’s dans le Dyfed (sud-ouest du pays de Galles) et Pen Rhionydd dans le Nord (nord de l’Angleterre, sud de l’Écosse), il semble raisonnable de supposer que Celliwig se trouvait probablement à quelque distance de ces deux lieux.

Il serait étrange que deux des lieux soient contigus tandis que le troisième serait très éloigné. Par conséquent, il s’agit peut-être des trois cours royales les plus éminentes dans les trois régions où l’influence d’Arthur était la plus forte.

L’une se trouvait peut-être dans son propre territoire, celui qu’il gouvernait directement. Les deux autres, en revanche, étaient peut-être les cours royales les plus importantes des deux zones placées le plus fermement sous son contrôle indirect.

Bien entendu, cela relève de la spéculation. Néanmoins, cette hypothèse serait cohérente avec le fait que le Nord, où se trouvait Pen Rhionydd, était aussi la région partiellement gouvernée par Lot, le propre beau-frère d’Arthur. Elle était également gouvernée par les frères de Lot, Arawn et Urien.

Selon l’Historia Regum Britanniae, ces frères furent installés directement par le roi Arthur en personne, ce qui expliquerait qu’il exerçât un contrôle indirect considérable sur la région.

La région du Dyfed, dans le sud-ouest du pays de Galles, est proche — sans toutefois s’y trouver — de celle avec laquelle Arthur est habituellement associé dans les légendes arthuriennes. Là encore, cela concorde avec l’idée que la triade 1 fait référence à deux cours royales situées dans des territoires sur lesquels Arthur exerçait une forte influence, une seule d’entre elles se trouvant dans le territoire qu’il gouvernait directement.

L’administration de Celliwig

Selon la triade 1, deux personnages éminents associés à Celliwig étaient l’évêque Bytwini et Caradawg Bras-Fort. Ces figures sont mieux connues sous les noms d’évêque Bedwini et de Caradog Freichfras. Tous deux apparaissent dans d’autres sources arthuriennes.

Dans d’autres traductions des Triades galloises, Bedwini est appelé « évêque en chef » plutôt que « chef des évêques », et Caradog « doyen en chef » plutôt que « chef des doyens ». Quoi qu’il en soit, quelle que soit la version retenue, l’idée fondamentale est clairement la même.

L’évêque Bedwini

Bedwini est de loin le plus énigmatique des deux. Il n’apparaît que dans quelques autres sources, et ses origines demeurent obscures. Sachant qu’il aurait été l’évêque le plus éminent de l’une des cours les plus importantes d’Arthur, il est très surprenant qu’il ne semble figurer dans aucun autre document médiéval. En revanche, les évêques en chef des deux autres cours de la triade 1 apparaissent dans des documents historiques.

Fait intéressant, dans le Gwent, au sud-est du pays de Galles (où de nombreuses traditions situent le roi Arthur), il existe un lieu appelé Bedwin Sands. On a suggéré qu’il avait été nommé d’après l’évêque.

Culhwch and Olwen, folio 203r, montrant l'évêque Bedwini (Betwini escob) au centre, Bodleian Library, Oxford
Culhwch and Olwen, folio 203r, montrant l'évêque Bedwini (Betwini escob) au centre, Bodleian Library, Oxford

Hormis cette mention dans les Triades galloises, Bedwini apparaît également dans le récit en prose gallois Culhwch and Olwen, rédigé vers 1100. Il y figure comme évêque d’Arthur à Celliwig.

Il est également mentionné dans les Englynion y Clyweid, conservés dans le Livre rouge de Talgarth, ou Llanstephan MS 27. Il apparaît parfois dans les romans arthuriens en moyen anglais, où son nom s’écrit « Bawdewyn » et selon des variantes similaires.

Le doyen en chef Caradog Freichfras

Le doyen en chef de Celliwig est bien mieux attesté dans les sources. Il s’agissait de Caradog Freichfras, dont le nom se traduit par « Bras-Fort ». Le plus ancien texte qui le mentionne est la Vie de saint Padarn, probablement rédigée vers 1120.

Selon ce texte, Caradog étendit sa domination au-delà des limites de la Bretagne et s’empara de la Letavia, mot habituellement employé pour désigner la Bretagne armoricaine. Il existe toutefois des indices que la Letavia (ou « Llydaw » en gallois) servait aussi à désigner une région du Brycheiniog, au-dessus du Glamorgan.

Cela concorde avec le fait que la tradition galloise tend à associer Caradog au Radnorshire et au Herefordshire, tous deux peu éloignés du Brycheiniog.

Caradog apparaît également dans Le Songe de Rhonabwy, un roman arthurien en prose galloise, comme l’un des conseillers les plus proches du roi Arthur. On se souvenait de lui comme le fils de Llyr Marini. Il est possible, bien que loin d’être certain, qu’il soit identifiable au Caradog qui apparaît dans les Quatre Branches du Mabinogion comme fils de Bran ap Llyr.

Ravagée par Mordred

Ce n’est pas là la seule apparition de Celliwig dans les Triades galloises. Une autre triade la décrit comme subissant une attaque de Medrawd, le neveu traître du roi Arthur mieux connu sous le nom de Mordred. Il s’agit de la triade 54, intitulée : les Trois Ravages violents de l’île de Bretagne. La première entrée, traduite par Rachel Bromwich, se lit ainsi :

« L’un d’eux fut lorsque Medrawd vint à la cour d’Arthur à Celliwig en Cornouailles ; il n’y laissa ni nourriture ni boisson qu’il ne consommât. Il traîna aussi Gwenhwyfar hors de son siège royal, puis lui porta un coup. »

Bien que la triade ne l’explique pas explicitement, il est évident que la scène s’inscrit dans le contexte de la rébellion de Mordred contre le roi Arthur, rébellion qui mena finalement à la bataille de Camlann. Selon d’autres sources, telles que l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, Mordred entreprit cette usurpation du trône d’Arthur pendant que celui-ci se trouvait en Gaule.

Comme pour l’autre triade où figure Celliwig, celle-ci suggère fortement que Celliwig était la principale résidence royale d’Arthur, d’où la présence de Gwenhwyfar (Guenièvre).

Celliwig dans Culhwch and Olwen

Celliwig occupe une place prominent dans le récit en prose gallois Culhwch and Olwen. Celui-ci fut rédigé vers 1100 et raconte comment Culhwch tente d’obtenir la main d’Olwen en accomplissant une série de tâches en apparence impossibles. Le cousin de Culhwch, le roi Arthur, l’aide dans ces tâches.

Au début du récit, lorsque Culhwch réalise qu’il aura besoin de l’aide de son cousin, il se rend à Celliwig pour solliciter son assistance. Là, il tente de convaincre le portier, Glewlwyd, de le laisser entrer.

Au cours de cet échange, le portier décrit la vie à Celliwig. Voici sa description :

« Le couteau est dans la viande, la boisson est dans la corne, et la liesse règne dans la salle d’Arthur, et nul ne peut y entrer s’il n’est fils de roi d’un pays privilégié, ou artisan venant apporter son art. Mais il y aura des rafraîchissements pour tes chiens et pour tes chevaux… et de quoi nourrir cinquante hommes te sera apporté dans la chambre des hôtes, où mangent l’étranger et les fils d’autres pays, qui ne viennent pas dans l’enceinte du palais d’Arthur… Une dame préparera ta couche et te bercera de ses chansons. »

D’après cette description, nous apprenons qu’Arthur possédait un palais à Celliwig. C’était un lieu d’accès restreint, ouvert seulement à ceux qui avaient le privilège de jouir de la faveur d’Arthur. On y buvait et on y faisait des festins.

Cependant, de tels luxes ne se limitaient pas au palais. Celliwig était un lieu où même les hôtes restés à l’extérieur étaient bien traités.

L’importance de Celliwig

Le récit suggère fortement que Celliwig se trouvait effectivement au centre politique du royaume d’Arthur. Cela apparaît dans le fait que, tandis qu’Arthur et ses hommes poursuivent un sanglier monstrueux (appelé Twrch Trwyth) à travers le sud du pays de Galles, Arthur déclare qu’il ne permettra pas au sanglier d’entrer en Cernyw.

Cela montre clairement que le Cernyw comptait beaucoup pour Arthur. Puisque le Cernyw était la région où se trouvait Celliwig, cela indique que Celliwig était manifestement située dans la partie la plus importante du territoire d’Arthur.

Comme nous l’avons vu plus haut, la triade 1 mentionne Celliwig comme cour royale d’Arthur en Cernyw. Cela indique qu’aucune autre cour du Cernyw n’était plus importante que Celliwig — sinon, les Triades galloises auraient sûrement mentionné cette autre cour au lieu de Celliwig.

Par conséquent, il apparaîtrait que Celliwig était la plus importante de toutes les cours royales du roi Arthur.

Celliwig dans l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth

On admet communément que l’Historia Regum Britanniae, rédigée par Geoffroy de Monmouth en 1137, ne mentionne pas la cour royale de Celliwig d’Arthur. Certes, elle n’y apparaît pas explicitement sous ce nom.

Cela ne signifie toutefois pas nécessairement que Geoffroy n’ait pas mentionné ce lieu. Après tout, il traduit régulièrement des toponymes gallois, parfois de manière à semer de sérieuses confusions.

Par exemple, il y a des raisons de croire qu’au moins certaines de ses références à Winchester, en Angleterre, sont en réalité des traductions erronées de « Caerwent », dans le sud-est du pays de Galles.

Dans cette ligne de raisonnement, existe-t-il dans le récit de Geoffroy sur la vie d’Arthur un site qui puisse être rattaché au Celliwig de la tradition galloise ? Par coïncidence, un tel lieu existe.

Partie des ruines romaines de Calleva Atrebatum, Silchester. Photo de Michael Dibb, CC-BY 2.0
Partie des ruines romaines de Calleva Atrebatum, Silchester. Photo de Michael Dibb, CC-BY 2.0

Dès le début du récit de Geoffroy de Monmouth sur la vie d’Arthur, au début du livre 9, nous trouvons la déclaration significative suivante :

« Uther Pendragon étant mort, la noblesse de plusieurs provinces s’assembla à Silchester et proposa à Dubricius, archevêque de la Légion, de consacrer Arthur, fils d’Uther, comme leur roi… Dubricius donc, s’affligeant des calamités de son pays, de concert avec les autres évêques, posa la couronne sur la tête d’Arthur. »

Selon ce passage, Arthur fut couronné à Silchester. Cette affirmation fascinante indique sûrement que Silchester était une partie très importante du royaume d’Arthur. Après tout, un roi était normalement couronné dans sa capitale ou dans sa cour royale la plus importante.

Les indices que le Silchester de Geoffroy était en réalité Celliwig

Cela posé, considérons le nom romain de Silchester. La ville était connue sous le nom de Calleva, ou Calleva Atrebatum, toponyme signifiant « la ville boisée ».

Le respecté savant John Koch a qualifié le nom romain de Silchester de « philologiquement exploitable » comme équivalent du Celliwig de la tradition arthurienne, tout en notant que sa situation géographique ne correspond pas au fait que Celliwig était censée se trouver en Cernyw.

Néanmoins, le point important ici est que le nom constitue un rapprochement plausible. Mais en était-il de même à l’époque de Geoffroy de Monmouth ?

Les formes attestées au treizième siècle comprennent « Ciltestere » et « Cilcestre ». Geoffroy savait sans aucun doute que « cestre » désignait simplement un type d’établissement. Il pouvait donc aisément interpréter « Kelli Wic » comme le toponyme « Kelli » suivi du latin « vicus » ou de l’anglais « wich », désignant un établissement.

Il n’est donc nullement tiré par les cheveux d’imaginer que Geoffroy ait pu comprendre qu’il s’agissait du « Cilcestre » de son époque. Dans ces conditions, puisqu’il présente Silchester comme le lieu où Arthur fut fait roi, il est très probable qu’il s’agisse d’une référence au Celliwig de la tradition galloise.

Où se trouvait Celliwig ?

La plus grande question entourant Celliwig est sans aucun doute celle-ci : où se trouvait-elle ? L’emplacement exact de cette cour royale continue de diviser les savants aujourd’hui. Certains débattent même non seulement de son emplacement exact, mais même de sa situation générale en Bretagne.

Identifications courantes

Les identifications les plus courantes de Celliwig reposent sur la traduction habituelle de « Cernyw » par « Cornouailles ». C’est effectivement le mot gallois désignant cette région, de sorte que cette identification paraît en apparence logique. Cela étant, quels lieux les savants ont-ils proposés comme étant le véritable Celliwig ?

Callington

Le lieu peut-être le plus célèbre identifié à Celliwig est Callington, une ville de l’est des Cornouailles. Cette identification remonte à 1816, en raison de la ressemblance superficielle entre le nom de ce lieu et celui de la cour d’Arthur.

Dans les documents anciens, le nom de cette ville s’écrivait « Kellyton ». Cette forme est plus proche de « Celliwig » que le « Callington » moderne, ce qui facilite la compréhension d’un lien possible entre les deux noms. Un autre élément rendant cette hypothèse séduisante est la présence à proximité d’un fort de colline de l’âge du fer, appelé Cadson Bury.

Objections à cette identification

Un problème de cette identification est que le lien entre le nom « Kellyton » et « Celliwig » n’est pas très solide. L’élément « Celli », signifiant « bosquet », est très courant. De nombreux lieux des territoires brittoniques conservent ce même élément. Le nom seul ne présente donc rien de particulièrement notable concernant ce lieu.

Quant au fort de colline de l’âge du fer voisin, Cadson Bury, il n’aurait d’importance que s’il existait des preuves d’une réoccupation au sixième siècle, l’époque du roi Arthur. Ce ne semble pas être le cas.

Castle Canyke

Un autre lieu des Cornouailles qui a connu une certaine faveur est Castle Canyke. Il s’agit d’un fort de colline non loin de Bodmin, dans les Cornouailles. Le rapprochement proposé avec Celliwig repose principalement sur sa proximité avec des lieux portant le toponyme « Callywith ». Par exemple, à courte distance au nord-est de Castle Canyke se trouve Callywith Wood. Juste au nord-ouest de ce bois se trouve le toponyme Callywith à lui seul.

Hormis le « th » final, c’est essentiellement la même chose que « Celliwig ». Situé dans les Cornouailles, ce lieu constitue donc un candidat attrayant pour le véritable Celliwig de Cernyw.

À la différence du cas de Callington, au moins un archéologue a soutenu qu’il existait des preuves d’un établissement des cinquième ou sixième siècles à l’intérieur de ce fort de colline de l’âge du fer. Si cela est exact, cela ouvre la possibilité sérieuse qu’il ait été utilisé par le roi Arthur.

En appui supplémentaire à cette identification, le chercheur arthurien August Hunt a fait remarquer qu’un autre toponyme voisin est Little Cutmadoc Farm. À ce propos, il a invoqué le poème gallois Arthur et l’Aigle, dans lequel le neveu d’Arthur, Eliwlod, est associé à un lieu appelé « Glyn Goet Kernyw », ou la « Vallée du bois de Cernyw ».

Sur cette base, il a soutenu que la préservation du nom de Madoc à proximité de Castle Canyke constituait un notable appui à l’hypothèse que ce soit là l’emplacement de Celliwig.

Objections à cette identification

Cette proposition est une identification assez raisonnable, logique et cohérente. L’argument ne présente aucun défaut majeur. Le seul problème est qu’il n’existe aucune preuve démontrable que « Callywith » fut anciennement « Celliwig », bien que les deux toponymes soient assurément proches.

Il importe toutefois de ne pas exagérer le dossier en faveur de cette identification. L’argument d’August Hunt fondé sur le poème Arthur et l’Aigle est truffé de failles. D’abord, le poème n’associe pas Eliwlod à Celliwig, et encore moins à son père Madoc.

Il va sans dire que le Cernyw était une région comptant plus d’un site notable. Comme nous l’avons vu, l’interprétation traditionnelle y voit les Cornouailles, qui comptent d’innombrables sites distincts et remarquables répartis sur tout son territoire.

Le fait qu’Eliwlod fût associé à la Vallée du bois de Cernyw ne signifie donc pas nécessairement qu’il eût un lien particulier avec Celliwig en Cernyw. En outre, on ne peut présumer que le lieu de résidence d’Eliwlod fût le même que celui de son père Madoc.

Jesus College MS 20, folio 1r, montrant « glyn goet kernyw » dans le poème Arthur et l'Aigle
Jesus College MS 20, folio 1r, montrant « glyn goet kernyw » dans le poème Arthur et l'Aigle

À la lumière de ces faits, le toponyme « Little Cutmadoc Farm » près de Castle Canyke n’a véritablement que très peu de signification.

Kelly Rounds

Un autre lieu populaire est Kelly Rounds, qui bénéficia du soutien prudent de la savante Rachel Bromwich. Il s’agit d’un fort de colline de l’âge du fer situé dans la paroisse d’Egloshayle, dans les Cornouailles.

Certaines sources soulignent que des céramiques romaines de l’époque des « Dark Ages » y ont été trouvées, ce qui suggère une réoccupation à l’époque d’Arthur. Cela aurait évidemment permis au site d’avoir été l’une des cours d’Arthur.

Objections à cette identification

En dépit de sa popularité, il y a vraiment très peu d’éléments à l’appui de cette identification. Tout comme pour Callington, le grand problème de cet argument est qu’il repose presque entièrement sur la première partie du nom « Celliwig », alors même qu’il s’agissait d’un élément toponymique très courant.

Qu’en est-il des preuves de réoccupation ? S’il est vrai que quelques céramiques de l’époque des Dark Ages ont été trouvées, elles ne sont pas abondantes. De fait, il semble que seuls deux fragments de céramique aient été mis au jour. S’il s’agissait de la cour de Celliwig, où se seraient tenus, dit-on, de grands festins, on s’attendrait sûrement à des preuves d’occupation bien plus nombreuses à l’époque d’Arthur.

Autrement dit, les preuves invoquées à l’appui de cette identification sont très faibles, et les preuves auxquelles on s’attendrait font défaut.

Hors des Cornouailles

Jusqu’ici, les lieux que nous avons examinés se trouvaient tous dans les Cornouailles, conformément à l’identification habituelle du Cernyw aux Cornouailles. Tous les savants n’acceptent toutefois pas cette interprétation standard. En réalité, il existe de très bonnes raisons de croire que le toponyme « Cernyw » a pu servir à désigner plusieurs autres régions.

Assurément, c’était bien le nom gallois des Cornouailles. Cependant, la raison pour laquelle ce nom existait est importante à comprendre. Les savants s’accordent généralement à dire qu’il dérivait manifestement du nom de la tribu qui habitait cette région, une tribu appelée les Cornovii.

Un autre Cernyw possible

Le fait crucial à reconnaître est que ce n’était pas la seule tribu de Bretagne à porter ce nom. Selon Ptolémée, deux autres tribus de Bretagne portaient ce nom. L’une se trouvait dans l’extrême nord, sa localisation exacte étant inconnue. D’après Culhwch and Olwen, il est évident que Celliwig se trouvait quelque part vers le sud de la Bretagne.

Plus important encore, Ptolémée révèle qu’une tribu des Midlands s’appelait les Cornovii. Elle occupait la zone frontalière entre le pays de Galles et l’Angleterre, au-dessus du Gloucestershire et probablement de la plus grande partie du Herefordshire. À l’époque romaine, sa capitale était Wroxeter, dans le Shropshire.

Sur la base de ce fait, il est tout à fait possible que le toponyme « Cernyw » — dérivé direct de « Cornovii » — ait également été appliqué à des lieux faisant partie du territoire de cette tribu des Midlands.

De surcroît, il existe des indices que ce nom tribal fut parfois aussi appliqué aux Dobunni, la tribu qui les bordait au sud. On en a déduit que les Dobunni étaient en réalité une branche des Cornovii des Midlands.

Par exemple, la ville de Wanborough, dans le Wiltshire, qui se trouvait sur le territoire des Dobunni, s’appelait Durocornovium, ce qui conserve clairement ce nom tribal. Précisons-le : ce lieu ne se trouvait pas à la frontière entre les Dobunni et les Cornovii au nord. Il était dans la partie méridionale du territoire des Dobunni.

Un autre site de la partie méridionale du territoire des Dobunni était Cirencester, connue à l’époque romaine sous le nom de Corinium Dobunnorum. On a suggéré que « Corinium » dérive de « Cornovii », par erreur pour « Cornium ».

Au vu de ces faits, le nom régional de « Cernyw » a pu être préservé n’importe où dans l’ancien territoire de la tribu des Cornovii ou, en effet, des Dobunni. S’ajoute ensuite le fait que ces tribus ont pu migrer durant la période post-romaine, élargissant encore cette aire géographique.

Des indices d’un Cernyw dans le sud-est du pays de Galles

Il existe cependant des preuves directes qui désignent spécifiquement le sud-est du pays de Galles comme l’un des seuls lieux (sinon le seul) où ce nom régional s’est préservé. D’abord, cela ressort des toponymes modernes.

Près de Newport, dans le Gwent, se trouve le toponyme Coedkernew, qui se traduit par « bois de Cernyw ». La ressemblance entre ce toponyme et la mention de Glyn Goet Kernyw (la Vallée du bois de Cernyw) est notable.

Des preuves venant des Triades galloises

Plus significatif encore est peut-être l’énoncé de la triade 26 des Triades galloises. Nous y trouvons la déclaration explicite que Penryn Awstin se trouvait en Cernyw. Ce lieu était dit faire face à Aber Tarogi, ou Troggy Brook, qui se trouve dans le Gwent. Penryn Awstin est généralement identifié aujourd’hui à Aust Cliff, à Bristol.

Cela signifierait que « Cernyw » était un terme pouvant s’appliquer aux terres situées juste en face du sud-est du pays de Galles, à peine à un mile de distance. Bien que cela ne se trouve pas sur la rive galloise de la Severn, il n’aurait rien eu d’inhabituel, à cette époque, qu’une région s’étende sur les deux rives du fleuve, à l’instar de la tribu des Dobunni elle-même.

Des preuves venant de personnages

Cette conclusion est encore renforcée par le fait que plusieurs personnages associés au sud-est du pays de Galles furent explicitement rattachés au toponyme « Cernyw ». Par exemple, la Descente des Hommes du Nord mentionne un certain Tudfwlch comme prince de Cernyw. Il était très probablement Teithfallt, roi du sud-est du pays de Galles.

Autre exemple : le roi Glywys. Il était le roi du Glywysing, équivalent pour l’essentiel à l’actuel Glamorgan, juste à l’ouest du Gwent. Il est appelé « Glywys Cerniw » et selon d’autres variantes dans certains documents médiévaux.

Un autre exemple encore provient des documents relatifs à Brychan, un roi qui régnait sur le Brycheiniog, juste au nord du Glamorgan et du Gwent. Dans le Harleian MS 2414, folio 68v, son épouse Aurbost est appelée fille du prince de Kerniw. Vu la situation de Brychan, cela appuie la conclusion que le Kerniw, ou Cernyw, se trouvait quelque part près du sud-est du pays de Galles.

Jesus College MS 20, folio 34r, montrant Glywys à la fin de la ligne centrale
Jesus College MS 20, folio 34r, montrant Glywys à la fin de la ligne centrale

Cela serait aussi bien plus cohérent avec la position de Caradog Freichfras comme doyen en chef de Celliwig qu’avec un emplacement dans les Cornouailles. Comme mentionné plus haut, la tradition galloise associe Caradog au Radnorshire et au Herefordshire. Cela s’accorde parfaitement avec la localisation des Cornovii et des Dobunni en général.

L’association de Bedwini avec Celliwig en Cernyw va dans le même sens. Sur la côte sud du Gwent se trouve une zone appelée Bedwin Sands.

Comme indiqué plus haut, c’est une figure très énigmatique, absente de tout document historique. On peut toutefois sérieusement argumenter qu’il faut l’identifier à un personnage figurant dans le Livre de Llandaff du douzième siècle, nommé Bethin. Son nom correspond linguistiquement, à la différence de tout autre personnage attesté de l’époque. Notamment, il est dit avoir été le princeps de Lanndougarth, identifié comme Doward, dans le sud du Herefordshire.

Des preuves venant de la poésie

Un autre raisonnement invoqué en faveur d’un Cernyw gallois repose sur le poème Trawsganu Kynan Garwyn mab Broch, qui remonte peut-être au sixième siècle et aurait pu être composé par Taliesin. Dans ce poème, il est fait mention de Cynan Garwyn menaçant le Cernyw.

Naturellement, on a traditionnellement interprété cela comme une référence à un conflit entre Cynan et la région des Cornouailles. Ce pourrait effectivement être le cas, puisque Geoffroy de Monmouth, dans l’Historia Regum Britanniae, présente Aurelius Conan (presque certainement Cynan Garwyn) comme le tueur de Constantin de Dumnonia.

Cependant, puisque Cynan Garwyn était le roi du Powys, qui occupait une grande partie de la frontière orientale du pays de Galles, un Cernyw situé dans le sud-est du pays de Galles a plus de sens d’un point de vue géographique. Il se serait trouvé pour ainsi dire au seuil de Cynan. Malheureusement, le poème ne fournissant aucun détail supplémentaire, il est impossible de déterminer quel Cernyw est visé.

Des preuves venant de Culhwch and Olwen

Les récits arthuriens en prose galloise apportent également un appui à une localisation dans le sud-est du pays de Galles pour le Cernyw où se trouvait Celliwig. Un exemple particulièrement notable est Culhwch and Olwen. Ce récit décrit une chasse au sanglier à travers la moitié méridionale du pays de Galles, d’ouest en est.

Après avoir poursui le sanglier Twrch Trwyth depuis le Dyfed jusqu’à la région juste au-dessus du Glamorgan, en se dirigeant vers l’est, Arthur déclare ce qui suit :

« Twrch Trwyth a tué beaucoup de mes hommes, mais, par la valeur des guerriers, tant que je vivrai, il n’entrera pas en Cernyw. Et je ne le poursuivrai plus davantage : je me dresserai contre lui, vie pour vie. »

Sur ce, Arthur fait pousser Twrch Trwyth par ses hommes jusqu’à le précipiter dans la Severn. Puisque le sanglier est montré comme capable de traverser l’eau sans difficulté, il est évident que ce n’était pas dans le but de le noyer. C’était plutôt clairement afin de changer sa direction.

Si Arthur ne voulait pas que le sanglier se rende dans les Cornouailles, alors cette action est exactement l’inverse de ce à quoi on se serait attendu, puisqu’elle eut pour effet de rapprocher le sanglier des Cornouailles. Auparavant, Twrch Trwyth ne se dirigeait pas de ce côté.

En revanche, les actions d’Arthur prennent tout leur sens si l’on interprète le Cernyw d’Arthur comme une région du sud-est du pays de Galles, car c’était précisément la direction dans laquelle se dirigeait le sanglier.

Certains pourraient objecter à cet argument que le Twrch Trwyth est censé être finalement parvenu dans les Cornouailles quelque temps après avoir traversé sur l’autre rive de la Severn. Or ce n’est pas ce que dit réellement le texte.

Ce que le texte dit vraiment, c’est que les hommes d’Arthur poussèrent le sanglier dans la Severn. Le sanglier est alors dit avoir « repris pied sur la terre ferme », avant de se précipiter vers le Cernyw. Rien dans l’expression « repris pied sur la terre ferme » n’indique qu’il ait traversé la Severn. On peut tout aussi logiquement l’interpréter comme signifiant qu’il parvint à regagner la rive d’où on l’avait poussé, c’est-à-dire qu’il se trouvait encore sur la rive galloise de la Severn.

D’après le récit de Culhwch and Olwen, il est clair que le Cernyw qui préoccupait Arthur n’était pas les Cornouailles. Il s’agissait nécessairement du Cernyw du sud-est du pays de Galles.

Celliwig dans le sud-est du pays de Galles

À la lumière des arguments qui précèdent, il est évident que nous devons chercher un Celliwig dans cette région. Par heureux hasard, il existe un lieu connu sous ce nom à quelques miles d’Abergavenny, dans le Gwent. Selon l’historien Scott Lloyd, quatre documents seigneuriaux du dixième siècle font mention d’un certain « Gelli-Wig » dans cette zone, étroitement associé à Llanvetherine.

Étant donné que ce lieu se trouvait au sein de ce qui était manifestement une région appelée Cernyw à l’époque médiévale, il s’agit presque certainement du Celliwig de la tradition arthurienne.

L’emplacement exact de la cour d’Arthur reste à établir. À proximité se dresse White Castle, construit par les Normands. Aurait-il été édifié sur un site antérieur, peut-être la cour royale de Celliwig ? De futures fouilles permettront peut-être de confirmer ou d’écarter cette hypothèse. En tout état de cause, le Celliwig d’Arthur se trouvait manifestement dans ou près de Llanvetherine.

Conclusion

En conclusion, la cour de Celliwig du roi Arthur était dite se trouver dans une région appelée Cernyw, habituellement identifiée aux Cornouailles. Elle était l’une de ses cours royales les plus importantes. Caradog Freichfras en était le doyen en chef, tandis que l’évêque Bedwini en était l’évêque en chef.

Celliwig a été identifiée à plusieurs lieux différents, pour la plupart dans les Cornouailles. Les propositions les plus populaires incluent Kelly Rounds et Callington. Cependant, une abondance d’éléments suggère qu’il existait une région dans le sud-est du pays de Galles, peut-être à cheval sur le Gwent et l’Ergyng (qui couvrait une grande partie du Gloucestershire et du Herefordshire), nommée Cernyw. La matière arthurienne indique que c’était là le Cernyw du territoire d’Arthur. Dans ces conditions, Celliwig était presque certainement Llanvetherine, consignée dans les documents médiévaux sous le nom de Gelli-Wig.

Sources

Bartrum, Peter, A Welsh Classical Dictionary, 1993

Bromwich, Rachel, Trioedd Ynys Prydein: The Triads of the Island of Britain, 2014

Howells, Caleb, King Arthur: The Man Who Conquered Europe, 2019

Charles-Edwards, T M, Wales and the Britons: 350-1064, 2012

Lloyd, Scott, The Arthurian Place Names of Wales, 2017

Reno, Frank, The Historic King Arthur: Authenticating the Celtic Hero of Post-Roman Britain, 1996

Fulford, Michael, Silchester Revealed: The Iron Age and Roman Town of Calleva, 2021

Strange, Oliver, The Lost Land of the Cornovii, 2025

https://web.archive.org/web/20220117114409/http://www.arthuriana.org/gazetteer.htm

https://mistshadows.blogspot.com/2018/02/the-location-of-kelliwic.html

https://epns.nottingham.ac.uk/browse/Gloucestershire/Cirencester/53285ad5b47fc40ab3001ac7-Cirencester

Par Caleb Howells

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