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Gormant fils de Ricca, demi-frère du roi Arthur

Par Caleb Howells

Gormant fils de Ricca est un personnage de la légende arthurienne aussi intéressant qu’obscur. Bien qu’il n’apparaisse que dans une seule source, les informations le concernant montrent clairement qu’il était un personnage important au sein du royaume du roi Arthur. Qui était-il exactement ? Peut-on l’identifier à une figure historique, ou du moins à un personnage mieux attesté de la légende arthurienne ?

Images du manuscrit en langue galloise des XIVe-XVe siècles photographié en 1997 pour le projet 'Early Manuscripts at Oxford University'
Images du manuscrit en langue galloise des XIVe-XVe siècles photographié en 1997 pour le projet 'Early Manuscripts at Oxford University', Hywel Fychan ap Hywel Goch et autres, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Qui était Gormant fils de Ricca ?

Gormant fils de Ricca n’apparaît que dans une seule source médiévale, un récit gallois connu sous le nom de Culhwch and Olwen. La date exacte de sa composition fait débat, mais le consensus la situe aux alentours de 1100. Même s’il est postérieur à l’extrêmement influente Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, rédigée vers 1137, il dérive manifestement de traditions antérieures et indépendantes, de sorte que ses remarques sur les compagnons et les parents d’Arthur méritent d’être prises en considération.

Dans ce récit figure une longue section qui dresse une très vaste liste des alliés d’Arthur. En un passage, près du début, Gormant fils de Ricca y est mentionné. Toutefois, il réapparaît plus loin :

« Gormant fils de Ricca (frère d’Arthur du côté maternel ; le Penhynev de Cornouailles était son père). »

Voilà toute l’information dont nous disposons sur lui. Il était apparenté à Arthur et était manifestement un membre important de sa cour. Il n’apparaît dans aucun texte ultérieur.

La répétition de ce personnage n’est évidemment qu’une erreur.

Gormant ou son père étaient-ils le demi-frère du roi Arthur ?

On tient souvent pour acquis que Gormant était le demi-frère d’Arthur. Le texte n’est toutefois pas parfaitement clair sur ce point. En examinant la formulation de la citation ci-dessus, on constate qu’il est en réalité ambigu de savoir si le commentaire entre parenthèses doit s’appliquer à Gormant ou à son père, Ricca.

Malgré l’hypothèse communément admise selon laquelle le commentaire se rapporte à Gormant, il pourrait tout aussi bien concerner Ricca. En l’absence de toute autre apparition de Gormant ou de Ricca, nous ne disposons tout simplement pas d’assez de preuves pour trancher dans un sens ou dans l’autre.

Le Penhynev de Cornouailles

Comme on peut le voir dans la citation ci-dessus, soit le père de Gormant, soit le père de Ricca, est appelé le « Penhynev de Cornouailles ». Que cela signifie-t-il exactement ?

Le mot « penhynev » apparaît dans divers textes gallois. Il est particulièrement notable pour son emploi dans les Triades galloises en référence aux trois cours les plus importantes du royaume d’Arthur. Chaque cour était dirigée par un penhynev. Ce mot se traduit littéralement par « doyen en chef » (« chief elder »). On pourrait peut-être les comparer à des ducs, des personnages qui gouvernaient un territoire sous l’autorité suprême du roi.

Par conséquent, soit le père de Gormant, soit le père de Ricca, était le doyen en chef de cette partie du royaume d’Arthur.

Où se trouvait Cerniw ?

Le territoire en question est généralement traduit par « Cornwall » (Cornouailles), comme dans la traduction citée plus haut. En réalité, la situation est un peu plus compliquée que cela. Le mot réellement employé dans ce texte est « Cerniw ».

S’il est vrai qu’il s’agit du mot gallois désignant la Cornouailles (dont le nom cornique est « Kernow »), c’est aussi le nom d’un lieu du sud-est du pays de Galles. Cela se voit de manière évidente dans le cas de Glywys, une figure fondatrice éminente de cette région. Il porte l’épithète « Cerniw » dans les sources galloises et n’a pourtant aucune association connue avec la Cornouailles.

Même aujourd’hui, il existe encore un Coedkerniw (le bois de Cerniw) dans le Gwent. Le Livre de Llandaff mentionne un Llan Cerniu dans le nord du Gwent, ce qui suggère que « Cerniw » aurait pu désigner à l’origine le Gwent dans son ensemble. Les indices relatifs à Glywys viennent appuyer cette hypothèse.

Dans Culhwch and Olwen lui-même, le même texte où apparaît Gormant, Arthur poursuit un sanglier monstrueux qui ravage le pays de Galles. La bête traverse le pays d’ouest en est. Arthur déclare alors qu’il ne lui permettra pas d’entrer en Cerniw. Cette déclaration est immédiatement suivie d’une description d’Arthur la poussant vers la Severn.

Cela montre clairement que le Cerniw du récit n’est pas la Cornouailles, puisque les actions d’Arthur poussent le sanglier davantage vers la Cornouailles, et non loin d’elle. En revanche, si l’on comprend Cerniw comme désignant le Gwent, alors les actions d’Arthur sont parfaitement logiques.

Lien avec les autres doyens en chef de Cerniw

Des faits mentionnés ci-dessus, il ressort que le père de Gormant ou le père de Ricca était le doyen en chef du Gwent. Mais même indépendamment de la véritable identification de Cerniw, cette information ouvre des pistes intéressantes concernant les liens de Gormant avec d’autres personnages.

Dans les Triades galloises, comme cela a déjà été mentionné, figure une description des trois principales cours du royaume d’Arthur. L’une d’elles est Gelliwig, qui aurait été située en Cerniw. Cependant, ni Gormant ni Ricca n’est nommé dans cette triade.

En fait, le doyen en chef de Cerniw dans cette triade est dit être Caradoc Freichfras. C’est un personnage qui apparaît dans de nombreuses sources arthuriennes, en particulier tardives. Cela soulève une possibilité intéressante.

Si c’était Gormant auquel s’appliquait le commentaire entre parenthèses de Culhwch and Olwen, cela signifierait que Ricca pourrait être identifié comme un autre nom de Caradoc. Sans être impossible, cette hypothèse ne dispose d’aucune preuve à l’appui. Il se peut simplement que Ricca et Caradoc aient été tous deux doyens en chef de Cerniw à des moments différents du règne d’Arthur.

En revanche, si le commentaire entre parenthèses de Culhwch and Olwen s’appliquait en réalité à Ricca, cela signifierait que c’était le père de Ricca qui était doyen en chef à Cerniw. Son père n’étant pas nommé dans les sources, cela laisse ouverte la possibilité de l’identifier à Caradoc.

Bien que cela paraisse plus plausible, il n’existe aucun témoignage d’un fils de Caradoc Freichfras nommé Ricca. Par conséquent, tout bien considéré, la conclusion la plus probable semble être que le père de Gormant ou le père de Ricca fut doyen en chef de Cerniw avant ou après Caradoc, et que les deux doyens n’étaient pas nécessairement apparentés.

Colonnes 240 - 241 du Livre rouge de Hergest, 1375 - 1425. Scan de l'édition en fac-similé de J. Gwenogvryn Evans (1890)
Colonnes 240 - 241 du Livre rouge de Hergest, 1375 - 1425. Scan de l'édition en fac-similé de J. Gwenogvryn Evans' (1890), Hywel Fychan fab Hywel Goch de Buellt, domaine public, via Wikimedia Commons

Comment Gormant ou Ricca étaient-ils le demi-frère du roi Arthur ?

Examinons à présent le lien unissant ces personnages au roi Arthur lui-même. Que la déclaration entre parenthèses de Culhwch and Olwen s’applique à Gormant ou à Ricca, remarquons que le sujet de la déclaration est dit demi-frère d’Arthur du côté maternel, et que le père de cet individu est décrit comme le doyen en chef de Cerniw.

Ces deux informations, prises ensemble, signifient logiquement que la mère d’Arthur fut, à un moment donné, mariée au doyen en chef de Cerniw.

Gorlois

De façon célèbre, Geoffroy de Monmouth raconte comment Uther, le père d’Arthur, avait rendu Igerna enceinte d’Arthur en se déguisant en son époux, Gorlois. Gorlois, pour sa part, y est présenté comme le souverain de la Cornouailles.

Sur la base de ces informations, il est assez courant d’associer Gormant et Ricca à Gorlois d’une manière ou d’une autre. Ricca est parfois interprété comme un autre nom de Gorlois. Le problème de cette interprétation est tout simplement qu’aucune preuve ne vient l’étayer.

Dans d’autres cas, on constate que la tradition galloise fournit des noms alternatifs pour les personnages de Geoffroy. Par exemple, Anna, la sœur d’Arthur, épouse de Lot et mère de Gauvain, est nommée « Gwyar » dans les textes gallois. Or, il n’existe aucun exemple où le nom de Gorlois soit remplacé par « Ricca » dans les récits gallois le concernant. Sans rejeter entièrement cette théorie, cela la rend moins probable.

Le père de Ricca

Une interprétation bien plus plausible est que la déclaration concernant la demi-fraternité avec Arthur s’appliquait en réalité à Ricca, et non à son fils Gormant. Cela signifierait que c’est le père de Ricca, et non Ricca lui-même, qui fut l’époux précédent ou ultérieur de la mère d’Arthur.

Cela contourne complètement le problème du nom, puisque le nom du père de Ricca n’est tout simplement pas mentionné. Il se pourrait donc que Gormant ait été le petit-fils de Gorlois, Ricca étant le fils que Gorlois avait eu d’Igerna.

Bien qu’il s’agisse d’une théorie raisonnable, elle n’est pas sans difficultés. Comme nous l’avons vu, le Cerniw qui figure parmi les composantes du royaume d’Arthur dans Culhwch and Olwen est presque certainement le Cerniw du Gwent (ou synonyme du Gwent), et non la Cornouailles. En revanche, Gorlois est indubitablement présenté comme le souverain de la Cornouailles, puisque l’une de ses principales cours est Tintagel.

Bien entendu, il est possible que le récit ait simplement employé « Cerniw » de deux manières différentes. Néanmoins, cette difficulté affaiblit quelque peu cette théorie.

Frioc, frère d’Athrwys

Une possibilité négligée est suggérée par la théorie selon laquelle le roi Arthur peut être identifié au Athrwys historique, fils de Meurig, un puissant roi du sud-est du pays de Galles. Sans faire l’unanimité, cette théorie séduit à bien des égards.

Dans le Livre de Llandaff, rédigé au XIIe siècle, nous voyons qu’Athrwys est enregistré comme ayant un frère nommé Frioc. Leur lien exact n’est défini avec aucune précision.

Une altération bien attestée dans les registres généalogiques médiévaux était la réduction des groupes de consonnes. On trouve de nombreux exemples de noms commençant par plus d’une consonne perdant la première. Il existe aussi quantité d’exemples de groupes de voyelles abrégés de la même façon.

Un exemple est Briacat ap Pasgen. Son nom apparaît dans un registre sous la forme « Riagath », le « B » initial ayant été omis. Beaucoup d’autres exemples de ce type d’altération existent. Concernant la réduction des groupes de voyelles, un exemple est Briafael ap Llywarch, dont le nom apparaît sous la forme « Biuael » (le « u » y représente le « f » de l’orthographe standard).

Il existe également de nombreux exemples d’une voyelle supplémentaire (normalement « o » ou « a ») ajoutée à la fin d’un nom.

Ces faits à l’esprit, il est tout à fait possible que Frioc, le frère d’Athrwys, ait été le Ricca historique, demi-frère du roi Arthur.

Le père de Ricca, doyen en chef de Cerniw

Une des raisons pour lesquelles cette théorie est attrayante est que la mère d’Athrwys était Onbrawst, une princesse d’Ergyng. Ce royaume, l’Ergyng, était limitrophe du Gwent. Dès lors, l’idée qu’Onbrawst ait d’abord été mariée au doyen en chef de Cerniw dans le Gwent est entièrement plausible.

Fait intéressant, certains chercheurs soutiennent que le Caradoc enregistré comme doyen en chef de Cerniw dans les Triades galloises était en réalité Caradoc, frère d’Onbrawst, mentionné dans le Livre de Llandaff. Si tel était le cas, cela signifierait que Caradoc et le père de Ricca, tous deux doyens en chef de Cerniw sous le règne d’Arthur, étaient beaux-frères.

Gormant dans le Livre de Llandaff

Si Frioc fut le Ricca historique, qu’en est-il de Gormant, fils de Ricca ? Pouvons-nous l’identifier lui aussi à un membre de cette dynastie ? Malheureusement, Frioc n’apparaît dans aucune des généalogies médiévales, et le Livre de Llandaff ne fournit aucune information sur ses enfants.

Néanmoins, il existe un personnage figurant dans l’une des listes de témoins qui pourrait, sur la base de la chronologie, plausiblement être un fils de Frioc. Il apparaît dans une liste de témoins attachée à une donation de terres supervisée par l’évêque Ufelfyw, l’un des évêques contemporains du roi Meurig.

Le personnage en question se nomme Gurbud. Dans le Livre de Llandaff, on voit « Gur », « Guor » et « Gor » employés indifféremment pour un même nom. De plus, « b » et « m » étaient souvent interchangeables, tous deux servant à représenter un son « v ». Ainsi, la première partie du nom de Gurbud correspond clairement à la première partie du nom de Gormant.

La lettre « t » était fréquemment échangée avec « d », et inversement. Ces faits à l’esprit, la seule différence majeure entre « Gurbud » et « Gormant » est la présence du « n » dans ce dernier. Celui-ci a pu être omis par erreur du premier nom, ou bien être intrusif dans le second.

Malheureusement, nous ne pouvons être certains de cette identification, car le Livre de Llandaff ne mentionne pas le père de Gurbud. Il n’en demeure pas moins nettement possible que le légendaire Gormant ait été ce Gurbud historique, et que son père Ricca ait été le Frioc historique, frère d’Athrwys fils de Meurig.

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Description fournie par 500px : Ceci est une image libre diffusée sous Creative Commons Attribution 2.0 Generic, Giuseppe Milo, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

Gormant était-il l’ennemi d’Arthur ?

Une autre théorie, parfois évoquée, est que Gormant pourrait être identifié à Gormund, un roi d’Afrique mentionné par Geoffroy de Monmouth. Celui-ci apparaît dans son récit de la période suivant la mort d’Arthur.

Sous le règne de Ceredic, l’un des successeurs d’Arthur, Geoffroy décrit comment Gormund voyagea depuis l’Afrique jusqu’en Irlande puis gagna la Bretagne, y causant des destructions considérables. Il a également été suggéré que ce roi pourrait être identifié à Guerdmund, un ancêtre des rois de Mercie, mais cela est impossible pour des raisons chronologiques.

Cette théorie explique la prétendue filiation de Gormant comme une erreur née de son lieu d’origine. Le terme « fils de Ricca » se dirait « ap Ricca » en gallois, « ap » signifiant « fils de ». Cela présente une certaine ressemblance avec « Africa » (Afrique). Par conséquent, selon cette théorie, le lieu d’origine de Gormant aurait été interprété à tort comme une référence à sa filiation.

Le problème évident de cette théorie est que si Gormant était en réalité Gormund, un roi venu d’Afrique, alors il ne peut évidemment pas avoir été le demi-frère d’Arthur, pas plus que son père n’a pu être le doyen en chef de Cerniw.

Uther Pendragon, père du roi Arthur, par Howard Pyle, tiré de The Story of King Arthur and His Knights de Howard Pyle, Charles Scribners, New York, 1903
Uther Pendragon, père du roi Arthur, par Howard Pyle, tiré de The Story of King Arthur and His Knights de Howard Pyle, Charles Scribners, New York, 1903, Howard Pyle, domaine public, via Wikimedia Commons

Conclusion

En conclusion, Gormant fils de Ricca était un parent d’Arthur. Soit Gormant lui-même était le demi-frère d’Arthur, soit son père Ricca l’était. Le père du demi-frère d’Arthur était le doyen en chef de Cerniw. Comme nous l’avons vu, plusieurs théories existent quant à l’identification de ces figures avec des personnages d’autres sources.

La théorie la plus répandue est qu’il était un fils de Gorlois, le souverain de la Cornouailles. Cette théorie est toutefois quelque peu affaiblie par le fait que la source de ce personnage, Culhwch and Olwen, emploie « Cerniw » principalement en référence au sud-est du pays de Galles plutôt qu’à la Cornouailles.

Une autre théorie repose sur l’identification du roi Arthur à l’Athrwys ap Meurig historique. Elle identifie Ricca à Frioc et Gormant à Gurbud, un personnage mentionné dans le Livre de Llandaff à la même époque que Frioc. Une troisième théorie, de loin la plus fragile, est que Gormant était Gormund, le roi d’Afrique mentionné par Geoffroy de Monmouth.

Sources

Rickard, P, Britain in Medieval French Literature, 1952

Bartrum, Peter, A Welsh Classical Dictionary, 1993

Howells, Caleb, King Arthur: The Man Who Conquered Europe, 2019

https://nightbringer.se/the-legend-of-king-arthur/arthurian-characters/g-arthurian-characters/gormund/

https://www.maryjones.us/ctexts/culhwch.html

https://nightbringer.se/the-legend-of-king-arthur/arthurian-characters/r-arthurian-characters/rica/

Par Caleb Howells

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