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L'Atlantide se trouvait-elle vraiment dans l'océan Atlantique ?

Par Caleb Howells

La théorie la plus traditionnelle et intrinsèquement logique, à la lumière de l’interprétation conventionnelle du récit de Platon sur l’Atlantide, est peut-être qu’il s’agissait d’une vaste masse terrestre au milieu de l’océan Atlantique, aujourd’hui engloutie sous les flots. Bien que cela puisse sembler n’être qu’un simple fantasme, certains chercheurs modernes soutiennent que c’est bien là la vérité sur l’Atlantide. Mais existe-t-il réellement des preuves que la véritable Atlantide se trouvait dans l’océan Atlantique ? Quelles sont les preu supposées de cette théorie, et résistent-elles vraiment à un examen approfondi ?

Carte de l'Atlantide réalisée par Athanasius Kircher, 1664
Carte de l'Atlantide réalisée par Athanasius Kircher, 1664

Pourquoi l’Atlantide se serait-elle trouvée dans l’océan Atlantique ?

Quel est le principal fondement de cette théorie ? À la base, elle repose sur une lecture littérale du texte de Platon. Il a décrit l’Atlantide dans deux dialogues, le Timée et le Critias, tous deux rédigés au quatrième siècle avant notre ère. Le premier présente l’aperçu général de l’Atlantide qui forme la base de cette théorie :

« Il existait une île située devant le détroit que vous appelez les colonnes d’Héraclès ; cette île était plus grande que la Libye et l’Asie réunies, et elle était le chemin vers d’autres îles, depuis lesquelles on pouvait passer à tout le continent opposé qui entourait la véritable océan ; car cette mer qui se trouve à l’intérieur des colonnes d’Héraclès n’est qu’un port, à l’entrée étroite, tandis que l’autre est une véritable mer, et la terre qui l’entoure peut être très justement appelée un continent sans limites. »

Les colonnes d’Héraclès étaient le plus souvent placées au détroit de Gibraltar pour marquer les limites occidentales de l’activité grecque. Platon affirme ici que l’Atlantide était située « devant » ce détroit. Ainsi, l’interprétation traditionnelle de ce passage place l’Atlantide juste à l’extérieur de l’entrée de la mer Méditerranée.

Dans l’océan Atlantique

Dans la même veine, juste avant le passage mentionné ci-dessus, Platon place explicitement l’Atlantide dans la mer Atlantique. On l’interprète généralement comme une référence à l’océan Atlantique, car les sources grecques antiques désignaient effectivement parfois celui-ci sous le nom de « mer ».

Plus significatif encore : il semble que ce soit la seule étendue d’eau que les Grecs aient jamais qualifiée d’« Atlantique ». Ce fait concorde donc parfaitement avec l’idée que l’Atlantide se trouvait devant le détroit de Gibraltar.

Plus grande que la Libye et l’Asie réunies

Une autre considération qui impose que l’Atlantide se soit trouvée dans l’océan Atlantique plutôt que dans la mer Méditerranée est le fait que le récit de Platon la décrit comme étant « plus grande que la Libye et l’Asie réunies ».

Le mot traduit par « plus grande » est « meizon », qui est généralement compris comme signifiant « plus vaste » dans ce contexte. La référence à l’Asie, quant à elle, est habituellement comprise comme désignant uniquement l’Asie Mineure. La Libye, pour sa part, désignait normalement toute l’Afrique du Nord, ou l’Afrique du Nord à l’exclusion de l’Égypte.

Une île de la taille de l’Afrique du Nord (même sans l’Égypte) et de l’Asie Mineure serait donc immense. Elle serait assurément trop grande pour tenir dans la mer Méditerranée. Elle devait donc se trouver à l’extérieur. Cela semble confirmer l’interprétation de « devant les colonnes d’Héraclès » comme signifiant juste au-delà du détroit de Gibraltar.

Le chemin vers le continent opposé

Dans le passage cité plus haut, remarquez le fait que l’Atlantide était dite être « le chemin vers d’autres îles, depuis lesquelles on pouvait passer à tout le continent opposé qui entourait le véritable océan ».

Depuis une île hypothétique (en réalité, un continent) dans l’océan Atlantique non loin du détroit de Gibraltar, on aurait un passage bien plus aisé vers les îles situées sur le côté occidental de l’océan Atlantique, telles que les nombreuses îles de la mer des Caraïbes. Ce seraient logiquement les « autres îles » mentionnées dans la description de Platon.

Ensuite, à partir de ces autres îles, on pouvait facilement atteindre l’Amérique du Nord ou du Sud. Ensemble, elles formeraient « le continent opposé qui entourait le véritable océan ».

Bien que les Amériques n’entourent pas littéralement l’océan Atlantique, elles en délimitent une portion importante. En fait, la pointe de l’Amérique du Sud frôle presque celle de l’Antarctique. Hormis la brèche du passage de Drake, ces continents auraient donné à tout explorateur de l’époque l’impression d’entourer l’océan.

Les preuves de ce continent disparu

L’idée qu’un continent ait existé dans l’océan Atlantique jusqu’à il y a seulement quelques milliers d’années est certes spectaculaire. C’est pourquoi l’écrasante majorité des savants ont rejeté la description de Platon comme étant entièrement fictive. Existe-t-il des preuves qu’il ait réellement existé tel que Platon l’a décrit ?

L’hyperdiffusionnisme

Un argument avancé par les partisans de cette théorie est que l’existence passée de l’Atlantide peut être perçue à travers les preuves d’un processus appelé hyperdiffusionnisme. Il s’agit de la diffusion d’une technologie ou de coutumes depuis un lieu d’origine unique vers de nombreux autres endroits du monde.

Selon eux, les preuves de la diffusion d’idées et de technologies identiques des deux côtés de l’océan Atlantique attestent l’existence d’un continent au milieu de cet océan, depuis lequel ces éléments se seraient répandus.

Le principal chercheur à avoir développé cette théorie fut Ignatius L Donnelly, un écrivain du XVIIIe siècle, auteur d’un ouvrage célèbre intitulé Atlantis: The Antediluvian World.

Les légendes du Déluge

Un argument découle de la prévalence des légendes de déluge partout dans le monde. Autrement dit, dans des cultures du monde entier, on trouve des récits d’un monde antérieur détruit par un grand déluge. L’exemple le plus célèbre est évidemment l’histoire du Déluge dans la Bible.

Cependant, en dehors de la Bible, des récits similaires se retrouvent dans toute la Méditerranée, en Europe du Nord, en Afrique, en Asie et même dans les Amériques. Par exemple, en Grèce, il existe la légende du déluge de Deucalion. Dans la Sumérie antique, il y avait la légende de Gilgamesh, qui contient une version remarquablement similaire au récit biblique.

Statue représentant Gilgamesh. Photo de Chris Waits, CC-BY 2.0
Statue représentant Gilgamesh. Photo de Chris Waits, CC-BY 2.0

En partant de l’idée que tous ces récits partagent une origine commune, tout en rejetant la notion qu’un déluge mondial ait jamais eu lieu, Donnelly soutenait que toutes ces histoires découlaient du fait que l’Atlantide avait sombré dans l’océan. Il affirmait que les survivants de la destruction avaient migré à travers le monde entier, emportant avec eux les récits de cet événement.

Le culte du soleil

Une autre preuve supposée est la prévalence du culte du soleil des deux côtés de l’océan Atlantique. Donnelly a mis en avant le culte solaire présent dans l’Égypte antique et a souligné qu’il existait également un culte du soleil au Pérou, en Amérique du Sud.

Les Incas vivaient au Pérou et vénéraient un dieu solaire nommé Inti. Il était le dieu principal des Incas, tout comme Ammon-Rê, une divinité solaire, fut le dieu principal des Égyptiens pendant une grande partie de leur histoire.

Ces faits ont été interprétés comme la preuve d’une origine commune située entre l’Afrique et l’Amérique du Sud, désignant l’existence de l’Atlantide.

Aztlan

Dans les récits historiques traditionnels des Aztèques, ce peuple et divers peuples voisins d’Amérique centrale sont décrits comme originaires d’un lieu appelé Aztlan. À certains égards, ce lieu possède une qualité mythique, semblable à celle de l’Atlantide.

Inutile de dire que le nom « Aztlan » est troublante ment proche du nom « Atlantide ». Sur cette base, Donnelly affirmait que les Aztèques d’Amérique centrale étaient originaires de l’Atlantide. Cette légende aztèque serait censée préserver une preuve indépendante et frappante de l’existence de l’île de Platon.

Les Açores

Les Açores sont un archipel appartenant au Portugal, situé dans l’océan Atlantique. Ils se trouvent très loin du continent, encore plus loin que l’île de Madère. Ils comptent neuf îles principales et un groupe d’îlots.

Donnelly et d’autres ont émis l’hypothèse que les Açores sont les vestiges de l’île de l’Atlantide. Ils ont été interprétés comme les sommets des montagnes d’un continent qui a depuis presque entièrement disparu dans l’océan.

Les objections à cette théorie

Malgré la popularité de cette théorie et son caractère apparemment intuitif en tant qu’explication de la légende de l’Atlantide, elle est réfutée sur pratiquement tous les points lorsque l’on examine les preuves de plus près.

Pas dans l’océan Atlantique

Premièrement, Platon a-t-il réellement placé l’Atlantide dans l’océan Atlantique ? Une lecture attentive de son récit suggère que non.

Le fait qu’elle soit décrite comme « plus grande que la Libye et l’Asie réunies » se comprend aisément dans le contexte de la grandeur en tant qu’entité politique, et non de la taille physique. Quant aux colonnes d’Héraclès, elles étaient placées à divers endroits dans l’Antiquité, et pas seulement à l’entrée de la mer Méditerranée.

De manière cruciale, Platon fait dire à Critias (citant peut-être les mots du prêtre égyptien qui a originellement raconté l’histoire) que, après que l’Atlantide eut sombré, elle est « devenue un obstacle infranchissable de boue pour les navigateurs qui vont d’ici vers quelque partie de la mer que ce soit ».

Que le « d’ici » de cette déclaration désigne l’Égypte ou la Grèce, il est évident que l’Atlantide n’aurait absolument pas pu affecter les voyages « vers quelque partie de la mer que ce soit » si elle se trouvait au milieu de l’océan Atlantique. Elle devait se trouver dans la Méditerranée, assez proche de l’Égypte ou de la Grèce (ou des deux) pour entraver la navigation après son engloutissement.

En réalité, les preuves indiquent donc que l’Atlantide ne se trouvait pas dans l’océan Atlantique. Ce fait à lui seul porte un coup fatal à cette théorie. Mais on peut aller plus loin.

La taille de l’Atlantide

Platon utilise le mot grec signifiant « continent » à plusieurs reprises dans ses écrits, y compris dans le Timée et le Critias. Or, dans ses passages sur l’Atlantide, il ne la désigne jamais comme un continent. Il la désigne toujours comme une île.

Cela étant, et compte tenu du fait que Platon l’a manifestement placée dans la Méditerranée, assez proche de l’Égypte ou de la Grèce pour perturber leur navigation, elle ne peut tout simplement pas avoir été un continent. Elle ne pouvait être qu’une simple île, exactement comme Platon l’affirmait.

Ce fait mine fortement une grande partie des autres preuves avancées à l’appui de cette théorie. Même si l’Atlantide avait été une île au milieu de l’océan Atlantique, elle aurait assurément été trop petite pour faciliter les voyages entre l’Est et l’Ouest. Cela affaiblit l’argument fondé sur l’hyperdiffusionnisme supposé.

Des légendes de déluge entièrement différentes

Le problème de l’utilisation des légendes de déluge pour tenter d’étayer le récit de l’Atlantide est que la grande majorité d’entre elles présentent très peu de similitudes avec l’histoire de l’Atlantide. Si de nombreuses légendes de déluge semblent effectivement liées entre elles, elles ne semblent pas liées au récit de Platon.

Destruction de l'Atlantide représentée par Nicholas Roerich, 1929
Destruction de l'Atlantide représentée par Nicholas Roerich, 1929

Par exemple, le récit biblique du Déluge et celui que l’on trouve dans les sources sumériennes sont frappants de similitude. Ils impliquent tous deux la construction d’une embarcation en bois semblable à un coffre, le sauvetage d’une unique famille et l’embarquement de représentants de tous les animaux. Le déluge de Deucalion de la mythologie grecque est lui aussi très similaire. En fait, diverses légendes de déluge à travers le monde préservent des détails semblables.

Pourtant, l’histoire de l’Atlantide est nettement différente. Rien n’indique une faveur divine accordée à une famille. Aucune allusion à la construction d’une arche ou au sauvetage des animaux. Même la nature du déluge lui-même diffère, puisque l’île aurait disparu sous la mer plutôt que d’avoir été inondée par la pluie.

Comment l’engloutissement de l’Atlantide aurait-il pu être à l’origine des légendes de déluge mondiales, alors qu’elles sont systématiquement si différentes de ce qui serait arrivé à l’Atlantide ?

Les problèmes du culte du soleil

Qu’en est-il du fait que les Égyptiens comme les Incas vénéraient le soleil ? Eh bien, comme pour de nombreux arguments fondés sur l’hyperdiffusionnisme, cela ignore la possibilité que des humains, en divers endroits du monde, conçoivent les mêmes idées de manière indépendante.

Le culte du soleil n’est pas une idée unique qui exigerait une explication lorsqu’on la retrouve en des lieux différents. C’est un concept très élémentaire : le soleil est cette immense lumière brillante dans le ciel qui donne chaleur et lumière à toute chose. Il est parfaitement naturel que les cultures antiques l’aient regardé avec révérence.

De plus, le culte du soleil chez les Incas n’apparaît que longtemps après que Platon ait écrit son récit de l’Atlantide. Pourquoi auraient-ils attendu des milliers d’années avant d’employer ce prétendu vestige de la religion de l’Atlantide ?

Aztlan n’a pas pu être l’Atlantide

Il existe de très bonnes raisons pour lesquelles Aztlan, la patrie légendaire des Aztèques, n’a tout simplement pas pu être l’Atlantide. Un problème majeur est le fait qu’Aztlan n’est jamais décrite comme une île dans la mer. Elle est présentée comme un lieu d’où le peuple est parti en effectuant une longue marche. Elle était donc manifestement accessible par voie terrestre. Elle ne pouvait pas être une île au milieu de l’océan Atlantique.

Il est vrai que certaines illustrations anciennes d’Aztlan la représentaient comme une île et montrent des gens naviguant vers le continent. Cependant, ces illustrations montrent clairement qu’elle se trouvait dans une étendue d’eau entièrement entourée par les terres. Autrement dit, tout au plus se trouvait-elle sur une petite île dans un lac.

Un autre coup dur porté à cette preuve est le fait que la migration depuis Aztlan est effectivement datée dans les récits historiques aztèques. Elle eut lieu en 1064 ou 1065 de notre ère, il y a seulement environ mille ans. Inutile de dire que cela ne peut absolument rien avoir à voir avec la légende de l’Atlantide telle que l’a consignée Platon vers 360 avant notre ère.

Le problème des Açores

Qu’en est-il de l’idée que les Açores sont les vestiges d’un continent bien plus vaste ? Si cette supposition a pu séduire au XIXe siècle, la science moderne l’a définitivement réfutée.

Une observation importante est que les Açores sont des îles volcaniques. Elles sont littéralement constituées de matière volcanique. Ces îles ne sont pas composées de roches que l’on trouve sur les continents.

Mais l’Atlantide aurait-elle pu être un continent très inhabituel ? Là encore, la science moderne réfute cette idée. Les analyses des fonds marins autour des Açores montrent qu’ils descendent vers un plateau situé à environ 1000 mètres sous le niveau de la mer.

Affirmer que ce plateau se trouvait à l’origine au-dessus du niveau de la mer, formant ainsi un continent ou du moins une île de taille conséquente, nécessiterait un processus géologique capable de l’enfoncer de plus de 1000 mètres en quelques milliers d’années seulement. Aucun processus naturel ne pourrait faire cela.

Plus significatif encore : certaines îles des Açores comportent des plages soulevées qui datent de l’époque pléistocène. Elles montrent que, il y a des milliers d’années, les îles étaient en réalité plus basses qu’elles ne le sont aujourd’hui. Des plages qui se trouvaient autrefois au niveau de la mer sont aujourd’hui beaucoup plus hautes – jusqu’à 250 mètres au-dessus du niveau de la mer dans certains cas.

Cela prouve que les Açores ne sont pas les vestiges d’une île plus vaste qui aurait existé dans l’océan Atlantique il y a quelques milliers d’années.

Conclusion

En résumé, la théorie selon laquelle l’Atlantide était une grande île ou un continent au milieu de l’océan Atlantique est superficiellement l’interprétation la plus évidente du récit de Platon. Pourtant, en examinant les détails de plus près, on constate qu’elle est en réalité contredite par les informations fournies par Platon. Ses affirmations la situent à l’intérieur de la mer Méditerranée, et non à l’extérieur.

En outre, les preuves supposées à l’appui de cette théorie reposent sur des éléments fragiles, comme le culte du soleil commun au Pérou et à l’Égypte, ou sur des preuves qui s’effondrent sous un examen plus approfondi, comme le lien avec la légende d’Aztlan. Quant à l’idée que les Açores sont les vestiges d’une masse terrestre engloutie, elle est réfutée par la recherche océanographique moderne.

Sources

Donnelly, Ignatius L., Atlantis: The Antediluvian World, 1882

Schuchert, Charles, Atlantis and the Permanency of the North Atlantic Ocean Bottom, 1917

Azevedo, J M M and Ferreira, M R Portugal, Volcanic gaps and subaerial records of palaeo-sea-levels on Flores Island (Azores): tectonic and morphological implications, 1999

https://atlantipedia.ie/samples/azores/

https://atlantipedia.ie/samples/donnelly-ignatius-loyola/

Par Caleb Howells

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