L'Œil du Sahara était-il la véritable Atlantide ?
Par Caleb Howells
Une théorie récente sur l’Atlantide est devenue très populaire parmi les passionnés sur Internet. Cette théorie cherche à associer l’Atlantide à l’Œil du Sahara, autrefois appelé la structure de Richat. Il s’agit d’une structure fascinante d’Afrique du Nord-Ouest, découverte au XXe siècle. Elle présente des similitudes intéressantes avec la description que donne Platon de la métropole de l’Atlantide, ce qui a conduit beaucoup à conclure que ce doit être l’origine du récit. Certains affirment même qu’elle correspond exactement à ce que Platon a décrit. Mais cette affirmation, et celles qui l’entourent, résistent-elles vraiment à un examen approfondi ?

Qu’est-ce que l’Œil du Sahara ?
L’Œil du Sahara, ou structure de Richat, se trouve en Mauritanie, en Afrique du Nord-Ouest. C’est une structure circulaire singulière, composée de plusieurs anneaux concentriques. Son diamètre est d’environ 40 à 45 kilomètres. Son emplacement au milieu du désert, loin de toute implantation permanente, a également contribué au mystère qui entoure ce site.
La structure de Richat fut d’abord considérée par beaucoup comme un cratère d’impact, mais des recherches ultérieures ont révélé que cela ne pouvait pas être le cas. En réalité, les recherches géologiques ont montré que l’Œil du Sahara s’est probablement formé par une combinaison d’érosion et de soulèvement dû à une activité hydrothermale.
La théorie de l’Atlantide et l’Œil du Sahara
Il semble que tout site comportant des cercles concentriques soit immédiatement considéré comme un candidat possible pour l’Atlantide, et c’est exactement ce qui s’est produit dans le cas de la structure de Richat. La théorie selon laquelle elle serait liée au récit de Platon sur l’Atlantide repose fondamentalement sur une comparaison entre la disposition de la structure et les détails que Platon donne au sujet de la métropole de l’Atlantide. Avec le temps, des preuves supplémentaires ont également été avancées à l’appui de cette théorie.
La disposition de la structure de Richat
Platon décrit la métropole de l’Atlantide comme formée d’une petite île centrale entourée de trois zones concentriques de terre, avec de l’eau entre chaque zone. À cet égard, la structure de Richat, ou Œil du Sahara, semble correspondre remarquablement bien au récit de Platon.
Bien qu’elle se trouve au milieu du désert et qu’il n’y ait donc pas d’eau autour, la structure de Richat présente ce qu’on pourrait appeler une île au centre, entourée de trois anneaux concentriques de terrain soulevé. Si les espaces étaient remplis d’eau, cela correspondrait parfaitement à ce que Platon a décrit.
En outre, la taille de la structure correspondrait prétendument à ce que Platon a décrit. Selon les deux points exacts choisis, l’« île » intérieure et les deux anneaux de terre qui l’entourent mesurent environ 20 ou 21 kilomètres de diamètre.
Platon a dit que la colline au centre de la métropole de l’Atlantide se trouvait à 50 stades de la mer. Cela indiquerait un diamètre d’environ 18,5 kilomètres si le chiffre de 50 stades est pris depuis le centre de la colline centrale. S’il est pris depuis le bord de la colline, il faudrait alors également ajouter le diamètre de la colline elle-même. Dans tous les cas, il est clair que la mesure de la structure de Richat est raisonnablement proche du diamètre de la métropole de l’Atlantide.
Par ailleurs, Platon explique qu’il existait un canal traversant les anneaux de terre, menant de la mer à l’île centrale. Dans la structure de Richat, la terre entourant la dépression la plus externe, au-delà des deux anneaux de terre, est interrompue vers le sud-ouest de la structure, offrant une ouverture semblable à ce que Platon a décrit.
La couleur des pierres
Un point souvent mentionné dans les arguments en faveur d’un site donné comme étant la véritable Atlantide est la couleur des pierres utilisées pour les constructions. Platon dit que les Atlantes construisaient des bâtiments en pierres rouges, blanches et noires, qu’ils tiraient de carrières de la région.
Dans la structure de Richat et ses environs, il existe des roches noires, des roches rougeâtres et d’autres plus claires, que l’on pourrait qualifier de « blanches ». Sur cette base, cela correspondrait, en quelque sorte, à la description de Platon.
Une civilisation ancienne
Il n’existe aucune preuve survivante d’une grande civilisation dans cette région. Quelques artefacts ont toutefois été trouvés, attestant la présence d’au moins certains groupes de personnes à un moment du passé. Le fait que les archéologues ne sachent pas d’où viennent ces artefacts a été considéré comme significatif.
En outre, l’imagerie satellite a révélé au moins une structure artificielle. Aucune fouille n’a été effectuée, et les images ne révèlent que le contour basic de la structure, rien de plus. Les partisans de cette théorie soutiennent que l’événement de destruction (que nous examinerons plus loin) a effacé toutes les traces de la civilisation, dénudant l’implantation jusqu’au socle rocheux.
Les caractéristiques géographiques environnantes
Dans une partie du Critias, Platon mentionne qu’il y avait des montagnes au nord. Or il existe des montagnes au nord-ouest de la structure de Richat, ce qui donne du crédit à la théorie selon laquelle l’Œil du Sahara était l’Atlantide.
Par ailleurs, Platon mentionne que des rivières descendaient de ces montagnes. Il indique que les montagnes abritaient « de nombreux et riches villages de campagnards, ainsi que des fleuves et des lacs ». Il fait ensuite allusion à des « cours d’eau qui descendaient de la montagne ». Les montagnes voisines de l’Œil du Sahara sont totalement arides, mais on y distingue ce qui semble être des lits de rivières asséchés, indiquant qu’elles ont été traversées par des cours d’eau par le passé.
Une autre caractéristique géographique environnante est la célèbre plaine de l’Atlantide. Elle aurait été située au centre de l’île. Comme la métropole circulaire était également décrite comme étant au centre, un point de vue serait que la plaine se trouvait juste à côté de la métropole. Les partisans de la théorie de l’Œil du Sahara soulignent qu’il existe de grandes plaines désertiques à côté de la structure de Richat.

Atlas, premier roi de Maurétanie
Un élément de preuve en faveur de cette théorie qui semble particulièrement solide est le lien avec l’Atlantide. Platon explique que le premier roi de l’Atlantide était Atlas, fils de Poséidon. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle fut appelée Atlantide.
De nombreuses sources grecques classiques situent Atlas, le Titan de la mythologie grecque qui soutenait le ciel, en Maurétanie. Il était particulièrement associé au massif de l’Atlas, tout à fait dans l’angle nord-ouest de l’Afrique. Cette croyance se trouve déjà chez Hérodote. Étant donné que l’Œil du Sahara se trouve dans l’actuel pays de Mauritanie, beaucoup y ont vu un élément d’une importance considérable.
Dans certains témoignages plus tardifs, Atlas est même présenté comme le premier roi de Maurétanie. Inutile de le préciser, cela ressemble beaucoup à Atlas, fils de Poséidon, décrit par Platon comme le premier roi de l’Atlantide.
Le soutien d’une carte antique
Une autre preuve avancée à l’appui de cette théorie est une carte antique supposée qui montre le mot « Atlantes » en Afrique du Nord-Ouest, approximativement à l’emplacement de l’Œil du Sahara.
Cette carte, selon les partisans de cette théorie, aurait été créée par Hérodote, le prétendu père de l’histoire qui vivait au Ve siècle av. J.-C., avant même Platon. Cela semblerait être un soutien direct à la conclusion que l’Atlantide se trouvait dans cette région. Et dans cette partie de l’Afrique, la seule correspondance évidente avec les descriptions de Platon est l’Œil du Sahara, la structure de Richat.
Les preuves que la structure de Richat était autrefois une île
Un élément absolument crucial de cette théorie est la preuve alléguée que toute cette zone était autrefois entourée d’eau. Après tout, l’Atlantide était censée être une île, pas une ville au milieu du désert.
Les Atlantes régnaient sur une île principale, plusieurs autres, et des parties du continent. L’Atlantide elle-même aurait été située dans la « mer Atlantique ». Ainsi, cette théorie exige absolument que la structure de Richat ait été autrefois entourée d’eau.
À l’heure actuelle, la structure de Richat se trouve à environ 485 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les partisans de cette théorie soutiennent que tout l’angle nord-ouest du continent se trouvait autrefois dans la mer, et que l’activité sismique a provoqué l’élévation de cette portion du continent au fil des millénaires.
À titre de comparaison, ils ont fait remarquer que l’Antarctique s’élève à un rythme d’environ 41 millimètres par an. Après 11 600 ans (l’âge supposé de l’Atlantide selon le récit de Platon), cela représenterait 476 mètres, ce qui correspond à peu près à l’altitude de la structure de Richat.
L’activité sismique
Dans le cas de la structure de Richat, on sait qu’elle est fortement liée à l’activité sismique. Après tout, une certaine forme d’activité sismique a été partiellement responsable de sa création. Cette activité est spécifiquement liée au soulèvement.
Cela a été utilisé pour argumenter qu’il s’agit d’une zone connue d’activité de soulèvement, ce qui signifierait qu’il est tout à fait possible que cette région ait eu une altitude plus basse par le passé.
La présence de sel dans la structure de Richat
Un élément présenté comme preuve définitive que la structure de Richat contenait autrefois de l’eau de mer dans ses anneaux est la présence de sel au sein de la structure. L’argument est que cela ne pourrait être que le résultat d’eau de mer ayant rempli ces dépressions par le passé, avant de s’être évaporée après une longue période.
Il existe également un certain nombre d’autres sites dans la même région générale qui présentent de fortes concentrations de sel, comme à l’intérieur d’un cratère volcanique proche. En réalité, toute la région d’Afrique du Nord-Ouest compte de nombreux gisements de sel. Pour cette raison, elle constitue depuis longtemps un lieu d’une importance considérable dans le commerce du sel à travers l’Afrique. Cela est présenté comme une preuve que cette région entière était autrefois sous les eaux.
Entourée de lacs et de rivières
Une alternative à cette explication qui a été suggérée est que le mot « île » dans le récit de Platon n’était pas destiné à être compris comme une île au sens moderne du terme. Le mot utilisé par Platon était « nesos ». Il est normalement traduit par « île », mais il existe des preuves qu’il était aussi parfois utilisé pour « péninsule », en particulier avant l’époque d’Hérodote.
Par exemple, le Péloponnèse est une péninsule, mais son nom même signifie « île de Pélops ». Bien entendu, l’Afrique du Nord-Ouest n’est pas non plus une péninsule. Cependant, un chercheur affirme que le mot « nesos » pouvait également désigner « une terre au sein d’un continent, entourée de lacs, de rivières ou de sources ».
Sur la base de cette définition, on affirme que l’Œil du Sahara et la zone environnante ont pu être considérés comme un « nesos », ou une sorte d’« île », il y a environ 11 600 ans, à l’époque où se situerait prétendument l’histoire de l’Atlantide. À cette ère, les scientifiques pensent que l’Afrique connaissait une période humide, durant laquelle une grande partie du désert du Sahara était couverte d’une végétation luxuriante, de lacs et de rivières.

Les preuves d’une destruction par l’eau
L’un des éléments les plus célèbres et les plus importants du récit de l’Atlantide est le fait qu’elle fut anéantie par un grand événement destructeur. Selon Platon,
« il se produisit des violents tremblements de terre et des inondations ; et en un seul jour et une nuit de malheur… l’île de l’Atlantide disparut de même dans les profondeurs de la mer. »
Naturellement, une objection majeure à cette théorie est que l’Œil du Sahara n’est pas « dans les profondeurs de la mer ». En fait, comme nous l’avons vu précédemment, il se trouve à 485 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cependant, les partisans de cette théorie soutiennent que la description de Platon est compatible avec une Atlantide anéantie par un tsunami géant.
Cette théorie soutient qu’un tsunami venu de la mer Atlantique a balayé l’Afrique du Nord-Ouest et a complètement détruit la civilisation atlante qui y existait autrefois. La preuve principale de cela est le fait que l’imagerie satellite de la région montre ce qui semble être du sable balayé à travers toute la région par de l’eau en mouvement.
La date de cette destruction
Une autre question cruciale est celle de savoir quand cette destruction par l’eau a eu lieu. La destruction de l’Atlantide, selon le récit de Platon, s’est produite il y a environ 11 600 ans. Fait intéressant, une éruption d’un volcan proche (le même qui présente des dépôts de sel dans son cratère, mentionné plus haut) a laissé la zone environnante brûlée et marquée par le matériel volcanique.
Cette éruption est censée s’être produite il y a environ 11 000 ans, ce qui correspond à peu près à la date de l’Atlantide. De manière significative, les écoulements de sable apparemment balayés par l’eau passent juste à côté et semblent en fait couper le bord extérieur du matériau environnant sombre d’un côté du volcan.
Cela signifierait que l’écoulement d’eau qui a emporté le sable a traversé cette région à une date postérieure ou égale à celle de l’éruption volcanique. Cela situerait le tsunami apparent à peu près à la bonne époque pour l’histoire de l’Atlantide.
Les problèmes de cette théorie
Malgré les affirmations courantes selon lesquelles l’Œil du Sahara correspond exactement à la description de l’Atlantide dans le récit de Platon, c’est loin d’être le cas. Examinons maintenant une déconstruction des preuves susmentionnées et voyons en quoi elles sont défectueuses.
Les mesures
Bien qu’il puisse sembler, à première vue, qu’il existe une correspondance étonnante entre la taille de l’Atlantide et celle de la structure de Richat, cela repose sur un tri très sélectif des données. La mesure donnée pour le diamètre de la métropole de l’Atlantide est d’environ 100 stades, plus le diamètre de la colline centrale si Platon ne l’avait pas déjà incluse dans la mesure.
Cette mesure comprend les trois anneaux de terre environnants et les trois anneaux d’eau qui les séparaient. Ainsi, l’île circulaire tout entière, zones de terre et d’eau comprises, avait un diamètre de 100 stades, soit environ 18,5 kilomètres.
Bien que cela soit présenté comme une correspondance avec la structure de Richat, la mesure donnée pour cette structure ne prend en réalité en compte que les deux premiers anneaux de terrain soulevé. Lorsque l’on inclut la dépression et la crête finale situées au-delà de ces deux anneaux (pour correspondre à la description de Platon de trois anneaux de terre et d’eau), on constate que le diamètre est en réalité d’environ 41 kilomètres. C’est plus du double de la taille décrite par Platon.
Le passage extérieur
La correspondance supposée entre le canal décrit par Platon et la brèche dans la dernière crête de terrain soulevé de la structure de Richat ne fonctionne pas non plus. Platon décrit ce canal comme traversant les trois anneaux de terre, afin de permettre l’accès à l’île centrale depuis la mer.
En revanche, la brèche dans la crête extérieure n’est que cela : une brèche dans la crête extérieure. Elle ne traverse pas les trois crêtes, contrairement à la description de Platon d’un canal traversant les trois anneaux de terre.
Aucune trace d’une civilisation ancienne
Les arguments utilisés par les partisans de cette théorie sont quelque peu contradictoires. D’une part, l’absence de preuves de vestiges d’une civilisation ancienne ici est expliquée par le tsunami massif qui aurait balayé la région, arrachant l’implantation jusqu’au socle rocheux.
D’autre part, les partisans de cette théorie ont tenté d’utiliser comme preuve l’image satellite d’un unique bâtiment anguleux pour montrer qu’il y avait une implantation ici. Évidemment, les deux arguments ne peuvent pas être vrais en même temps. Si le tsunami a tout emporté, alors le bâtiment révélé par l’imagerie satellite ne peut pas provenir de l’implantation en question. Mais s’il provient bien de la civilisation atlante, alors on s’attendrait à trouver bien plus de traces partout dans la structure de Richat qu’il n’y en a en réalité.
Quant aux rares artefacts isolés qui ont été trouvés, ils indiquent eux aussi que s’il y avait réellement eu ici une civilisation puissante par le passé, on en trouverait des traces au-delà d’un ou deux types d’artefacts simples. Les preuves, telles qu’elles se présentent, sont donc bien plus compatibles avec des groupes de passage de nomades relativement simples, dont il y en avait beaucoup dans le désert du Sahara.
La plaine inexistante

La plaine proche de l’Œil du Sahara qui correspondrait prétendument à la plaine de l’Atlantide décrite par Platon est tout simplement inexistante. C’est-à-dire que cette région est certes entourée de plaines, dans la mesure où elle se trouve dans le désert. Le désert s’ouvre vers l’est en ce qu’on pourrait qualifier de plaine, mais elle n’est nullement délimitée par des caractéristiques environnantes.
Ce n’est qu’une terre vide qui s’ouvre dans toutes les directions. Cela n’a rien à voir avec la plaine rectangulaire entourée de montagnes, aux mesures précises, décrite par Platon.
La vérité derrière Atlas, premier roi de Maurétanie
La correspondance entre ce site et l’existence d’Atlas, premier roi de Maurétanie, semble au premier abord une preuve frappante. Elle s’effondre toutefois dès qu’on l’examine de plus près. Premièrement, le personnage d’Atlas dans le récit de Platon n’est pas présenté comme la même personne qu’Atlas de la mythologie grecque classique.
L’Atlas de Platon est un demidieu, fils de Poséidon et d’une femme mortelle. En revanche, l’Atlas de la mythologie grecque est un Titan, une race antérieure aux dieux. Il est le fils du Titan Japet. Plutôt que de recevoir une île à gouverner, sa fonction est de soutenir le ciel. Les deux personnages n’ont aucun lien entre eux.
Par ailleurs, Atlas le Titan n’a pas toujours été situé en Afrique du Nord-Ouest. En fait, il existe des preuves qu’il était à l’origine placé sur la côte ouest de la Grèce, en Thesprotie ou à proximité notamment, ainsi que dans d’autres lieux du monde grec. Comme le note l’Encyclopedia Britannica :
« Dans l’Odyssée d’Homère, chant I, Atlas semble avoir été une créature marine qui soutenait les piliers maintenant séparés le ciel et la terre. On pensait qu’ils reposaient dans la mer immédiatement au-delà de l’horizon la plus occidentale, mais plus tard le nom d’Atlas fut transféré à une chaîne de montagnes du nord-ouest de l’Afrique. »
De plus, la Maurétanie dont Atlas fut plus tard décrit comme le roi n’était pas le même lieu que l’actuel pays de Mauritanie. Le pays actuel se trouve bien plus au sud que le territoire antique. De l’Œil du Sahara à la partie la plus méridionale du massif de l’Atlas, il y a plus de 800 kilomètres. Jusqu’à sa partie principale, la distance peut être considérée comme bien supérieure à 1500 kilomètres. C’est plus que la distance entre Barcelone et Berlin.
La « carte » plaçant l’Atlantide en Afrique du Nord-Ouest
L’argument selon lequel il existerait une carte antique plaçant l’Atlantide en Afrique du Nord-Ouest est tout aussi confus. La carte en question a été créée longtemps après l’époque d’Hérodote, mais elle est fondée sur la description écrite du monde donnée par Hérodote.
La mention des « Atlantes » sur la carte ne renvoie pas à un lieu. Un coup d’œil au reste de la carte montre que, comme d’innombrables autres noms qui y figurent, il s’agit du nom d’un peuple, et non d’un endroit. Dans ses Histoires, Hérodote décrit un peuple d’Afrique du Nord-Ouest qui vivait près du mont Atlas (un sommet marquant du massif de l’Atlas).
C’est parce qu’ils vivaient à côté du mont Atlas qu’ils étaient appelés les Atlantes. Si l’on pouvait certes argumenter en faveur d’un lien entre ce nom et l’Atlantide de Platon, ce lien ne serait réellement pas plus grand que celui de n’importe quel autre peuple ou lieu associé à Atlas, dont il y en avait à l’origine beaucoup.
Du reste, ce peuple était placé par Hérodote aux environs du mont Atlas, à bien plus de 1500 kilomètres de l’Œil du Sahara.
La structure de Richat était-elle vraiment une île ?
L’un des éléments les plus cruciaux de cette théorie est l’affirmation selon laquelle la structure de Richat était à l’origine une île, toute la région d’Afrique du Nord-Ouest se trouvant au niveau de la mer il y a des milliers d’années. Comme nous l’avons vu, une preuve principale avancée à l’appui est la présence de grandes quantités de sel à l’intérieur de la structure de Richat.
Le problème de cet argument est qu’il n’exige pas que la structure de Richat ait été autrefois au niveau de la mer. La mer n’est pas la source ultime du sel. En fait, la mer en contient parce que les rivières l’y entraînent depuis les terres, où le sel se trouve naturellement.
D’importants gisements de sel peuvent se former par l’assèchement de lacs. L’imagerie satellite montre bien que des rivières coulaient autrefois le long des montagnes autour de la structure de Richat, il n’est donc pas improbable qu’il y ait eu des étendues d’eau à l’intérieur de la structure de Richat pendant la période humide africaine. En s’évaporant, cette eau aurait laissé des dépôts de sel au sein de la structure. Néanmoins, rien de tout cela n’indique que cette partie du continent se trouvait autrefois au niveau de la mer.
Les failles des arguments
Considérons également l’argument selon lequel l’Antarctique s’élève à un rythme de 41 millimètres par an. Cela signifie-t-il que la même chose aurait pu se produire en Afrique du Nord-Ouest ? En réalité, si cela se produit avec l’Antarctique, c’est parce que sa couverture de glace fond. Ainsi, le poids qui pèse sur elle diminue, permettant au continent de rebondir.
Le processus proposé pour expliquer l’élévation de l’Afrique du Nord-Ouest relevant d’un processus complètement différent, la vitesse d’élévation de l’Antarctique est sans pertinence et ne peut être utilisée comme preuve.
Le processus proposé en l’occurrence est l’activité volcanique. Comme la structure de Richat semble avoir été formée par du magma sous la surface poussant la roche vers le haut, on argumente que la région est associée à un soulèvement. D’où la logique selon laquelle il est plausible que l’Afrique du Nord-Ouest ait été poussée vers le haut au fil des millénaires.
Le défaut évident de cette logique est le fait que le soulèvement en question n’a concerné que la structure de Richat elle-même, et non toute la portion nord-ouest du continent africain.
« Nesos » ne signifiait-il pas vraiment une île ?

Qu’en est-il de l’argument selon lequel le mot utilisé par Platon, « nesos », ne signifiait pas vraiment « île » ? Selon ce raisonnement, la structure de Richat était une « île » en ce sens qu’elle se trouvait dans une zone entourée de lacs et de rivières.
Il y a deux problèmes à cela. Le premier est que cette définition moins connue de « nesos » semble provenir de Stavros Papamarinopoulos, un chercheur sur l’Atlantide qui soutient que l’Atlantide se trouvait en Espagne. Si l’utilisation de « nesos » pour « péninsule » est légitime, l’idée qu’il ait pu désigner toute région entourée de lacs et de rivières n’est pas une affirmation bien documentée.
Même si l’on accepte cette définition, le récit de Platon l’exclut. Il situe clairement l’île de l’Atlantide dans la « mer Atlantique ». Si le « nesos » de l’Atlantide se trouvait dans la mer Atlantique, alors le « nesos » en question devait être une véritable île, ou peut-être une péninsule, mais rien de moins.
Platon oppose également les îles gouvernées par l’Atlantide aux « parties du continent », qu’elle gouvernait aussi. Cela montre, là encore, que l’île de l’Atlantide ne faisait pas elle-même partie d’un continent.
Le problème de la destruction supposée
Nous rencontrons un autre problème avec cette théorie en ce qui concerne la destruction supposée. La preuve du tsunami géant ayant balayé l’Afrique du Nord-Ouest est principalement l’aspect du sable de la région vu du ciel. Il semble réellement que l’eau ait balayé le sol.
Un problème est que cela contredit l’idée que la structure de Richat était à l’origine une île. Si les terres environnantes d’Afrique du Nord-Ouest se trouvaient sous la mer il y a des milliers d’années, au moment où cette destruction supposée a eu lieu, alors le tsunami n’aurait pas pu balayer ces terres, puisqu’elles se trouvaient déjà sous l’eau.
Par conséquent, les partisans de cette théorie ne peuvent faire qu’une chose parmi deux. Ils peuvent soit argumenter que l’Atlantide n’était pas une île, ce qui leur permettrait d’utiliser l’aspect des terres entourant l’Œil du Sahara comme preuve du tsunami supposé. Soit argumenter que les terres environnantes étaient sous l’eau. Ils ne peuvent toutefois pas défendre les deux à la fois, car elles s’excluent mutuellement.
Comme nous venons de le voir, Platon a définitivement décrit l’Atlantide comme une île, ou tout au moins une péninsule, puisqu’il la place dans la « mer Atlantique ». Ainsi, l’argument selon lequel l’Œil du Sahara correspondrait à l’Atlantide même sans être une île n’est tout simplement pas viable.
Ainsi, la preuve supposée d’une destruction par l’eau, si elle doit réellement être interprétée comme telle, constitue en réalité une preuve contre l’identification de l’Œil du Sahara à l’Atlantide, puisqu’elle indiquerait que l’implantation hypothétique qui s’y trouvait était sur la terre ferme lorsqu’elle fut détruite.
Les explications alternatives de l’aspect du sable
La réalité, cependant, est que l’aspect des terres environnantes tel qu’on le voit sur les images satellite n’est pas la preuve d’un méga-tsunami ayant balayé la région. Un examen attentif des preuves montre que cet aspect est causé par le vent. En fait, ce que l’on voit sur les terres environnantes est en réalité un champ de dunes dont la NASA a effectué une brève analyse.
Parmi les commentaires intéressants figurent les suivants :
« Des dunes de sable étendues se trouvent dans cette région et l’interaction entre la topographie du socle rocheux, le vent et le sable en mouvement est manifeste dans cette scène. Notez en particulier comment le champ de dunes s’arrête généralement de manière abrupte avant les falaises, le vent venu du nord-est (en haut à droite) contournant apparemment la falaise, balayant des zones nettes près de la base de la falaise (en particulier au niveau de la pointe de falaise au nord-ouest, en haut à gauche, de la structure de Richat). »
Comme nous pouvons le voir, l’environnement entourant l’Œil du Sahara s’explique bien comme un phénomène causé par un environnement balayé par les vents, et non par les eaux.
Conclusion
La théorie selon laquelle l’Œil du Sahara, ou la structure de Richat, serait à l’origine de l’Atlantide repose principalement sur des similitudes perçues entre la structure et la description que donne Platon de la métropole de l’Atlantide. Cette théorie ne tient pas compte de la majorité des autres informations fournies par Platon, en se concentrant presque entièrement sur la description de la métropole. Pour cette raison, la théorie de l’Œil du Sahara échoue totalement à prendre en compte des aspects tels que la guerre contre les Grecs, la chasse aux taureaux et l’empire naval.
Cependant, même les similitudes supposées avec la métropole de l’Atlantide reposent sur un tri très sélectif des preuves, et dans certains cas elles sont mutuellement contradictoires. Par exemple, on ne peut pas argumenter à la fois que la conception de la structure et que sa taille correspondent à l’Atlantide. De même, l’argument selon lequel cette structure était autrefois entourée d’eau et que l’aspect des terres environnantes montre qu’un tsunami a balayé cette zone repose sur deux idées qui s’excluent mutuellement.
Sources
https://www.siwasaltgroup.com/sahara-salt
https://atlantipedia.ie/samples/island-peninsula-or-continent/
https://www.britannica.com/topic/Atlas-Greek-mythology
https://www.arcus-atlantis.org.uk/atlantis/atlanteans-in-africa.html
https://theness.com/neurologicablog/no-atlantis-has-not-been-discovered-in-north-africa/







